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Séminaire Philosophie/Arts et littérature

Que peut le récit ?

Vanessa BRITO

dateDate : 22/01/2021 heure Début : 10h -> Fin : 12h  Visioconférence

nota beneConsulter le lien dans la rubrique « Modifications de programme »

lieu Adresse : Lien Teams à copier dans votre navigateur avant la séance

Résumé : Semestre 1
Séminaire organisé avec le Mucem, le Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur et les Beaux-Arts de Marseille.

Semestre 2
Séminaire organisé avec le Mucem, le Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur et les Beaux-Arts de Marseille - INSEAMM.


Semestre 1
Dans sa leçon inaugurale du Collège de France, Patrick Boucheron nous rappelait ceci : « ce que peut l’histoire, c’est aussi de faire droit aux futurs non advenus, à leurs potentialités inabouties ». Faire l’histoire des futurs non advenus reviendrait en quelque sorte à « désévidentialiser l’histoire » mais aussi à se résoudre à « discriminer l’héritage ». Nombre d’artistes et de cinéastes travaillent aujourd’hui à partir d’archives pour déployer les potentialités de projets inaboutis, abandonnés ou censurés. En cherchant à activer les récits potentiels contenus dans des images d’archive ou dans des notes pour des œuvres à venir, ils s’attachent à imaginer les suites possibles d’un projet interrompu, récupérant toute une gamme de présences spectrales, de voix et d’aspirations que l’histoire de l’art ou du cinéma n’a pas pu prendre en charge. Ainsi, nous avons vu dans le séminaire de l’année dernière comment Éric Baudelaire reprend les annotations d’Antonioni pour dépayser l’imaginaire lié à son cinéma, ou encore comment Silvia Maglioni et Graeme Thompson reprennent un scénario non tourné de Félix Guattari pour tenter d’épuiser les possibles de ce film potentiel, c’est-à-dire d’explorer sa résistance à devenir œuvre, à être autre chose qu’un processus de désœuvrement. Leur démarche nous donne à penser philosophiquement le geste de la reprise qui sera, cette année, au centre de notre réflexion sur les potentialités narratives. Ce geste traverse l’histoire de l’art et du cinéma selon différentes modalités qu’il nous faudra relever pour mieux saisir les enjeux des démarches mises en œuvre par certains artistes. Si l’on pense aux cadavres-exquis, aux tableaux peints à plusieurs mains ou aux démarches scriptologiques que nous venons de citer, on s’aperçoit que reprendre un projet, c’est aussi détourner un élan initial, y introduire des bifurcations et des discontinuités qui le réinventent et lui donnent une nouvelle orientation. Étant donné que nous sommes dans une période de reprise, ce séminaire cherchera à penser la signification et les implications de ce geste, qui n’est pas une simple répétition du passé mais une réinvention de l’avenir.

Semestre 2
La question du récit est aujourd’hui au centre de nombreux ouvrages où l’histoire retrouve un caractère expérimental. Essais d’ego-histoire, histoires globales et croisées, histoires contrefactuelles et histoires des possibles sont à l’origine de multiples expériences de narration à travers lesquelles on cherche à attraper ce qui d’habitude échappe à l’énonciation historique. Ces nouvelles écritures de l’histoire renouvellent non seulement l’historiographie, mais aussi la muséographie et les choix narratifs de l’art contemporain. Elles amènent conservateurs et commissaires d’exposition à imaginer un musée global et décolonisé, à s’intéresser à l’histoire de la circulation des objets, à privilégier des documents et des sources iconographiques qui permettent de nous émanciper des récits identitaires, nationaux et européocentrés. Ces nouvelles écritures de l'histoire trouvent des échos dans des projets curatoriaux et scénographiques qui cherchent à faire valoir l’idée d’une contemporanéité temporelle et à nous faire éprouver la pluralité du passé, nous laissant entrevoir ses futurs non-advenus, ses potentialités inaccomplies. Elles dialoguent aussi avec des pratiques artistiques qui réfléchissent aux usages possibles du raisonnement contrefactuel dans l’espace expositif, en performant des archives, en rejouant des événements ou des procès historiques. Enfin, elles résonnent avec les narrations spéculatives construites par des pratiques filmiques qui font appel à la fabulation pour démultiplier le réel et éviter de réduire le possible au probable.
En éclairant ce vaste champ d’expérimentations narratives, ce séminaire cherche à saisir comment ces différents gestes et opérations critiques sont repris et transposés d’un média à un autre, créant de nouvelles alliances entre des savoirs et pratiques artistiques. Il réunit artistes, historiens et commissaires d’exposition pour interroger, avec eux, les effets de connaissance que ces gestes produisent.
Semestre 1
Intervenants :
- Vendredi 23 octobre : Vanessa Brito, CIPh
- Jeudi 29 octobre : Uriel Orlow, artiste, professeur au Royal College of Art et à la Haute école d’art de Zurich
- Vendredi 30 octobre : Uriel Orlow, artiste, professeur au Royal College of Art et à la Haute école d’art de Zurich
- Vendredi 27 novembre : Romain Bertrand, historien, directeur de recherche au Centre de recherches internationales (CERI, Sciences Po-CNRS)
- Samedi 28 novembre : Romain Bertrand, historien, directeur de recherche au Centre de recherches internationales (CERI, Sciences Po-CNRS)
- Jeudi 17 décembre : Fabrizio Terranova, cinéaste, professeur à l’École de Recherche Graphique à Bruxelles, responsable du Master « Récits et Expérimentation/Narration Spéculative  »
- Vendredi 18 décembre : Fabrizio Terranova, cinéaste, professeur à l’École de Recherche Graphique à Bruxelles, responsable du Master « Récits et Expérimentation/Narration Spéculative »

Pour cette première séance de ce début d'année, intégralement sur Teams, vous sont proposés deux rendez-vous articulés l'un à l'autre :

- Vendredi 22 janvier (10h00-12h00)

Projection en ligne du film de Pauline Julier, Naturales Historiae (2019, 56 minutes), suivie d'une discussion avec la réalisatrice.
Avec Bruno Latour, Philippe Descola et Jun Wang.

À travers différentes histoires naturelles tournées entre la Chine, la France et l'Italie, Naturales Historiae interroge nos manières de penser et représenter la Nature. Chaque chapitre explore une situation d'êtres humains aux prises avec la Nature et ses images, qui révèle leurs obsessions et ébranle nos certitudes. 

- Vendredi 22 janvier (14h00-16h00)

Conférence-performance de Pauline Julier et Clément Postec, suivie d'une discussion avec les artistes. 

Curiosity, rover en mission sur Mars, est-il (ou est-elle ?) mû par le désir de connaissance, ou l'outil sacrifié d'une expansion coloniale ? Pour ne pas abandonner les espaces extra planétaires aux seules puissances économiques, Pauline Julier et Clément Postec créent Perseverance Valley : un cycle de recherches (film, livre, installations, performances) pour expérimenter d'autres points de vue : celui des scientifiques, des rovers (astromobiles en français), de la matière ou des choses elles-mêmes. À la fois état des lieux de la conquête spatiale et manifeste pour des narratologies alternatives, les artistes explorent Mars, du sol du désert d'Atacama au centre de pilotage de la Nasa à Los Angeles, parcourant les formes délirantes de nos batteries et consciences, boostées au lithium. 

Clément Postec et Pauline Julier collaborent depuis leur rencontre en 2016 au sein du SPEAP, laboratoire en arts et politique de Sciences-Po Paris, fondé par Bruno Latour. Pauline Julier est artiste et cinéaste. Ses films et installations ont été présentés dans des festivals, des centres d'art et des institutions du monde entier, parmi lesquels le Centre Pompidou à Paris, DOCLisboa, le Tokyo Wonder Site, le Museum of Modern Art en Tanzanie ou encore au Pera Museum Musée à Istanbul. Clément Postec est conseiller artistique et réalisateur. Ses films ont été présentés en France (Mac Val, Fresnoy, Rencontres Paris-Berlin-Madrid, Collège des Bernardins), au Canada (Festival du nouveau cinéma), en Bosnie-Herzégovine et en Italie. Son dernier film Sakina a été montré à l'occasion du festival Côté Court 2020.  

Semestre 2
Intervenants :
- Jeudi 18 et vendredi 19 février : Elise Florenty et Marcel Türkowsky (artistes et cinéastes) : projection de Conversion avec un Cactus (2017) ; présentation d’Ollin Blood (en cours de tournage) et du travail de recherche artistique qui a accompagné la réalisation de ces deux films.
- Jeudi 18 et vendredi 19 mars : Aliocha Imhoff et Kantuta Quirós (théoriciens, commissaires d’exposition, co-fondateurs de la plateforme curatoriale le peuple qui manque) : projection du film Les Impatients (2018) ; Les scénographies de la parole (conférence-débat).
- Vendredi 23 avril : Sophie Orlando (historienne de l’art, enseignante à la Villa Arson) et Olga Rozenblum (commissaire d’exposition, productrice, professeure à la HEAD Genève) : Les récits impliqués de l’art (table ronde).

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Séminaire Philosophie/Arts et littérature

Que peut le récit ?

Vanessa BRITO

dateDate : 22/01/2021 heure Début : 14h -> Fin : 16h  Visioconférence

nota beneConsulter le lien dans la rubrique « Modifications de programme »

lieu Adresse : Salle Meltem, PRÉSENTIEL ANNULÉ, Mucem, 201 Quai du Port (entrée fort Saint-Jean), 13002 Marseille.

Résumé : Semestre 1
Séminaire organisé avec le Mucem, le Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur et les Beaux-Arts de Marseille.

Semestre 2
Séminaire organisé avec le Mucem, le Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur et les Beaux-Arts de Marseille - INSEAMM.


Semestre 1
Dans sa leçon inaugurale du Collège de France, Patrick Boucheron nous rappelait ceci : « ce que peut l’histoire, c’est aussi de faire droit aux futurs non advenus, à leurs potentialités inabouties ». Faire l’histoire des futurs non advenus reviendrait en quelque sorte à « désévidentialiser l’histoire » mais aussi à se résoudre à « discriminer l’héritage ». Nombre d’artistes et de cinéastes travaillent aujourd’hui à partir d’archives pour déployer les potentialités de projets inaboutis, abandonnés ou censurés. En cherchant à activer les récits potentiels contenus dans des images d’archive ou dans des notes pour des œuvres à venir, ils s’attachent à imaginer les suites possibles d’un projet interrompu, récupérant toute une gamme de présences spectrales, de voix et d’aspirations que l’histoire de l’art ou du cinéma n’a pas pu prendre en charge. Ainsi, nous avons vu dans le séminaire de l’année dernière comment Éric Baudelaire reprend les annotations d’Antonioni pour dépayser l’imaginaire lié à son cinéma, ou encore comment Silvia Maglioni et Graeme Thompson reprennent un scénario non tourné de Félix Guattari pour tenter d’épuiser les possibles de ce film potentiel, c’est-à-dire d’explorer sa résistance à devenir œuvre, à être autre chose qu’un processus de désœuvrement. Leur démarche nous donne à penser philosophiquement le geste de la reprise qui sera, cette année, au centre de notre réflexion sur les potentialités narratives. Ce geste traverse l’histoire de l’art et du cinéma selon différentes modalités qu’il nous faudra relever pour mieux saisir les enjeux des démarches mises en œuvre par certains artistes. Si l’on pense aux cadavres-exquis, aux tableaux peints à plusieurs mains ou aux démarches scriptologiques que nous venons de citer, on s’aperçoit que reprendre un projet, c’est aussi détourner un élan initial, y introduire des bifurcations et des discontinuités qui le réinventent et lui donnent une nouvelle orientation. Étant donné que nous sommes dans une période de reprise, ce séminaire cherchera à penser la signification et les implications de ce geste, qui n’est pas une simple répétition du passé mais une réinvention de l’avenir.

Semestre 2
La question du récit est aujourd’hui au centre de nombreux ouvrages où l’histoire retrouve un caractère expérimental. Essais d’ego-histoire, histoires globales et croisées, histoires contrefactuelles et histoires des possibles sont à l’origine de multiples expériences de narration à travers lesquelles on cherche à attraper ce qui d’habitude échappe à l’énonciation historique. Ces nouvelles écritures de l’histoire renouvellent non seulement l’historiographie, mais aussi la muséographie et les choix narratifs de l’art contemporain. Elles amènent conservateurs et commissaires d’exposition à imaginer un musée global et décolonisé, à s’intéresser à l’histoire de la circulation des objets, à privilégier des documents et des sources iconographiques qui permettent de nous émanciper des récits identitaires, nationaux et européocentrés. Ces nouvelles écritures de l'histoire trouvent des échos dans des projets curatoriaux et scénographiques qui cherchent à faire valoir l’idée d’une contemporanéité temporelle et à nous faire éprouver la pluralité du passé, nous laissant entrevoir ses futurs non-advenus, ses potentialités inaccomplies. Elles dialoguent aussi avec des pratiques artistiques qui réfléchissent aux usages possibles du raisonnement contrefactuel dans l’espace expositif, en performant des archives, en rejouant des événements ou des procès historiques. Enfin, elles résonnent avec les narrations spéculatives construites par des pratiques filmiques qui font appel à la fabulation pour démultiplier le réel et éviter de réduire le possible au probable.
En éclairant ce vaste champ d’expérimentations narratives, ce séminaire cherche à saisir comment ces différents gestes et opérations critiques sont repris et transposés d’un média à un autre, créant de nouvelles alliances entre des savoirs et pratiques artistiques. Il réunit artistes, historiens et commissaires d’exposition pour interroger, avec eux, les effets de connaissance que ces gestes produisent.
Semestre 1
Intervenants :
- Vendredi 23 octobre : Vanessa Brito, CIPh
- Jeudi 29 octobre : Uriel Orlow, artiste, professeur au Royal College of Art et à la Haute école d’art de Zurich
- Vendredi 30 octobre : Uriel Orlow, artiste, professeur au Royal College of Art et à la Haute école d’art de Zurich
- Vendredi 27 novembre : Romain Bertrand, historien, directeur de recherche au Centre de recherches internationales (CERI, Sciences Po-CNRS)
- Samedi 28 novembre : Romain Bertrand, historien, directeur de recherche au Centre de recherches internationales (CERI, Sciences Po-CNRS)
- Jeudi 17 décembre : Fabrizio Terranova, cinéaste, professeur à l’École de Recherche Graphique à Bruxelles, responsable du Master « Récits et Expérimentation/Narration Spéculative  »
- Vendredi 18 décembre : Fabrizio Terranova, cinéaste, professeur à l’École de Recherche Graphique à Bruxelles, responsable du Master « Récits et Expérimentation/Narration Spéculative »

Pour cette première séance de ce début d'année, intégralement sur Teams, vous sont proposés deux rendez-vous articulés l'un à l'autre :

- Vendredi 22 janvier (10h00-12h00)

Projection en ligne du film de Pauline Julier, Naturales Historiae (2019, 56 minutes), suivie d'une discussion avec la réalisatrice.
Avec Bruno Latour, Philippe Descola et Jun Wang.

À travers différentes histoires naturelles tournées entre la Chine, la France et l'Italie, Naturales Historiae interroge nos manières de penser et représenter la Nature. Chaque chapitre explore une situation d'êtres humains aux prises avec la Nature et ses images, qui révèle leurs obsessions et ébranle nos certitudes. 

- Vendredi 22 janvier (14h00-16h00)

Conférence-performance de Pauline Julier et Clément Postec, suivie d'une discussion avec les artistes. 

Curiosity, rover en mission sur Mars, est-il (ou est-elle ?) mû par le désir de connaissance, ou l'outil sacrifié d'une expansion coloniale ? Pour ne pas abandonner les espaces extra planétaires aux seules puissances économiques, Pauline Julier et Clément Postec créent Perseverance Valley : un cycle de recherches (film, livre, installations, performances) pour expérimenter d'autres points de vue : celui des scientifiques, des rovers (astromobiles en français), de la matière ou des choses elles-mêmes. À la fois état des lieux de la conquête spatiale et manifeste pour des narratologies alternatives, les artistes explorent Mars, du sol du désert d'Atacama au centre de pilotage de la Nasa à Los Angeles, parcourant les formes délirantes de nos batteries et consciences, boostées au lithium. 

Clément Postec et Pauline Julier collaborent depuis leur rencontre en 2016 au sein du SPEAP, laboratoire en arts et politique de Sciences-Po Paris, fondé par Bruno Latour. Pauline Julier est artiste et cinéaste. Ses films et installations ont été présentés dans des festivals, des centres d'art et des institutions du monde entier, parmi lesquels le Centre Pompidou à Paris, DOCLisboa, le Tokyo Wonder Site, le Museum of Modern Art en Tanzanie ou encore au Pera Museum Musée à Istanbul. Clément Postec est conseiller artistique et réalisateur. Ses films ont été présentés en France (Mac Val, Fresnoy, Rencontres Paris-Berlin-Madrid, Collège des Bernardins), au Canada (Festival du nouveau cinéma), en Bosnie-Herzégovine et en Italie. Son dernier film Sakina a été montré à l'occasion du festival Côté Court 2020.  

Semestre 2
Intervenants :
- Jeudi 18 et vendredi 19 février : Elise Florenty et Marcel Türkowsky (artistes et cinéastes) : projection de Conversion avec un Cactus (2017) ; présentation d’Ollin Blood (en cours de tournage) et du travail de recherche artistique qui a accompagné la réalisation de ces deux films.
- Jeudi 18 et vendredi 19 mars : Aliocha Imhoff et Kantuta Quirós (théoriciens, commissaires d’exposition, co-fondateurs de la plateforme curatoriale le peuple qui manque) : projection du film Les Impatients (2018) ; Les scénographies de la parole (conférence-débat).
- Vendredi 23 avril : Sophie Orlando (historienne de l’art, enseignante à la Villa Arson) et Olga Rozenblum (commissaire d’exposition, productrice, professeure à la HEAD Genève) : Les récits impliqués de l’art (table ronde).

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Séminaire Philosophie/Arts et littérature

Que peut le récit ? Pratiques historiennes, artistiques et curatoriales

Vanessa BRITO

dateDate : 18/02/2021 heure Début : 18h30 -> Fin : 20h  O.K.

lieu Adresse : Plateau multimédia, Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur, 20 boulevard de Dunkerque, 13002 Marseille

Résumé : Semestre 1
Séminaire organisé avec le Mucem, le Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur et les Beaux-Arts de Marseille.

Semestre 2
Séminaire organisé avec le Mucem, le Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur et les Beaux-Arts de Marseille - INSEAMM.


Semestre 1
Dans sa leçon inaugurale du Collège de France, Patrick Boucheron nous rappelait ceci : « ce que peut l’histoire, c’est aussi de faire droit aux futurs non advenus, à leurs potentialités inabouties ». Faire l’histoire des futurs non advenus reviendrait en quelque sorte à « désévidentialiser l’histoire » mais aussi à se résoudre à « discriminer l’héritage ». Nombre d’artistes et de cinéastes travaillent aujourd’hui à partir d’archives pour déployer les potentialités de projets inaboutis, abandonnés ou censurés. En cherchant à activer les récits potentiels contenus dans des images d’archive ou dans des notes pour des œuvres à venir, ils s’attachent à imaginer les suites possibles d’un projet interrompu, récupérant toute une gamme de présences spectrales, de voix et d’aspirations que l’histoire de l’art ou du cinéma n’a pas pu prendre en charge. Ainsi, nous avons vu dans le séminaire de l’année dernière comment Éric Baudelaire reprend les annotations d’Antonioni pour dépayser l’imaginaire lié à son cinéma, ou encore comment Silvia Maglioni et Graeme Thompson reprennent un scénario non tourné de Félix Guattari pour tenter d’épuiser les possibles de ce film potentiel, c’est-à-dire d’explorer sa résistance à devenir œuvre, à être autre chose qu’un processus de désœuvrement. Leur démarche nous donne à penser philosophiquement le geste de la reprise qui sera, cette année, au centre de notre réflexion sur les potentialités narratives. Ce geste traverse l’histoire de l’art et du cinéma selon différentes modalités qu’il nous faudra relever pour mieux saisir les enjeux des démarches mises en œuvre par certains artistes. Si l’on pense aux cadavres-exquis, aux tableaux peints à plusieurs mains ou aux démarches scriptologiques que nous venons de citer, on s’aperçoit que reprendre un projet, c’est aussi détourner un élan initial, y introduire des bifurcations et des discontinuités qui le réinventent et lui donnent une nouvelle orientation. Étant donné que nous sommes dans une période de reprise, ce séminaire cherchera à penser la signification et les implications de ce geste, qui n’est pas une simple répétition du passé mais une réinvention de l’avenir.

Semestre 2
La question du récit est aujourd’hui au centre de nombreux ouvrages où l’histoire retrouve un caractère expérimental. Essais d’ego-histoire, histoires globales et croisées, histoires contrefactuelles et histoires des possibles sont à l’origine de multiples expériences de narration à travers lesquelles on cherche à attraper ce qui d’habitude échappe à l’énonciation historique. Ces nouvelles écritures de l’histoire renouvellent non seulement l’historiographie, mais aussi la muséographie et les choix narratifs de l’art contemporain. Elles amènent conservateurs et commissaires d’exposition à imaginer un musée global et décolonisé, à s’intéresser à l’histoire de la circulation des objets, à privilégier des documents et des sources iconographiques qui permettent de nous émanciper des récits identitaires, nationaux et européocentrés. Ces nouvelles écritures de l'histoire trouvent des échos dans des projets curatoriaux et scénographiques qui cherchent à faire valoir l’idée d’une contemporanéité temporelle et à nous faire éprouver la pluralité du passé, nous laissant entrevoir ses futurs non-advenus, ses potentialités inaccomplies. Elles dialoguent aussi avec des pratiques artistiques qui réfléchissent aux usages possibles du raisonnement contrefactuel dans l’espace expositif, en performant des archives, en rejouant des événements ou des procès historiques. Enfin, elles résonnent avec les narrations spéculatives construites par des pratiques filmiques qui font appel à la fabulation pour démultiplier le réel et éviter de réduire le possible au probable.
En éclairant ce vaste champ d’expérimentations narratives, ce séminaire cherche à saisir comment ces différents gestes et opérations critiques sont repris et transposés d’un média à un autre, créant de nouvelles alliances entre des savoirs et pratiques artistiques. Il réunit artistes, historiens et commissaires d’exposition pour interroger, avec eux, les effets de connaissance que ces gestes produisent.
Semestre 1
Intervenants :
- Vendredi 23 octobre : Vanessa Brito, CIPh
- Jeudi 29 octobre : Uriel Orlow, artiste, professeur au Royal College of Art et à la Haute école d’art de Zurich
- Vendredi 30 octobre : Uriel Orlow, artiste, professeur au Royal College of Art et à la Haute école d’art de Zurich
- Vendredi 27 novembre : Romain Bertrand, historien, directeur de recherche au Centre de recherches internationales (CERI, Sciences Po-CNRS)
- Samedi 28 novembre : Romain Bertrand, historien, directeur de recherche au Centre de recherches internationales (CERI, Sciences Po-CNRS)
- Jeudi 17 décembre : Fabrizio Terranova, cinéaste, professeur à l’École de Recherche Graphique à Bruxelles, responsable du Master « Récits et Expérimentation/Narration Spéculative  »
- Vendredi 18 décembre : Fabrizio Terranova, cinéaste, professeur à l’École de Recherche Graphique à Bruxelles, responsable du Master « Récits et Expérimentation/Narration Spéculative »

Pour cette première séance de ce début d'année, intégralement sur Teams, vous sont proposés deux rendez-vous articulés l'un à l'autre :

- Vendredi 22 janvier (10h00-12h00)

Projection en ligne du film de Pauline Julier, Naturales Historiae (2019, 56 minutes), suivie d'une discussion avec la réalisatrice.
Avec Bruno Latour, Philippe Descola et Jun Wang.

À travers différentes histoires naturelles tournées entre la Chine, la France et l'Italie, Naturales Historiae interroge nos manières de penser et représenter la Nature. Chaque chapitre explore une situation d'êtres humains aux prises avec la Nature et ses images, qui révèle leurs obsessions et ébranle nos certitudes. 

- Vendredi 22 janvier (14h00-16h00)

Conférence-performance de Pauline Julier et Clément Postec, suivie d'une discussion avec les artistes. 

Curiosity, rover en mission sur Mars, est-il (ou est-elle ?) mû par le désir de connaissance, ou l'outil sacrifié d'une expansion coloniale ? Pour ne pas abandonner les espaces extra planétaires aux seules puissances économiques, Pauline Julier et Clément Postec créent Perseverance Valley : un cycle de recherches (film, livre, installations, performances) pour expérimenter d'autres points de vue : celui des scientifiques, des rovers (astromobiles en français), de la matière ou des choses elles-mêmes. À la fois état des lieux de la conquête spatiale et manifeste pour des narratologies alternatives, les artistes explorent Mars, du sol du désert d'Atacama au centre de pilotage de la Nasa à Los Angeles, parcourant les formes délirantes de nos batteries et consciences, boostées au lithium. 

Clément Postec et Pauline Julier collaborent depuis leur rencontre en 2016 au sein du SPEAP, laboratoire en arts et politique de Sciences-Po Paris, fondé par Bruno Latour. Pauline Julier est artiste et cinéaste. Ses films et installations ont été présentés dans des festivals, des centres d'art et des institutions du monde entier, parmi lesquels le Centre Pompidou à Paris, DOCLisboa, le Tokyo Wonder Site, le Museum of Modern Art en Tanzanie ou encore au Pera Museum Musée à Istanbul. Clément Postec est conseiller artistique et réalisateur. Ses films ont été présentés en France (Mac Val, Fresnoy, Rencontres Paris-Berlin-Madrid, Collège des Bernardins), au Canada (Festival du nouveau cinéma), en Bosnie-Herzégovine et en Italie. Son dernier film Sakina a été montré à l'occasion du festival Côté Court 2020.  

Semestre 2
Intervenants :
- Jeudi 18 et vendredi 19 février : Elise Florenty et Marcel Türkowsky (artistes et cinéastes) : projection de Conversion avec un Cactus (2017) ; présentation d’Ollin Blood (en cours de tournage) et du travail de recherche artistique qui a accompagné la réalisation de ces deux films.
- Jeudi 18 et vendredi 19 mars : Aliocha Imhoff et Kantuta Quirós (théoriciens, commissaires d’exposition, co-fondateurs de la plateforme curatoriale le peuple qui manque) : projection du film Les Impatients (2018) ; Les scénographies de la parole (conférence-débat).
- Vendredi 23 avril : Sophie Orlando (historienne de l’art, enseignante à la Villa Arson) et Olga Rozenblum (commissaire d’exposition, productrice, professeure à la HEAD Genève) : Les récits impliqués de l’art (table ronde).

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Séminaire Philosophie/Arts et littérature

Que peut le récit ? Pratiques historiennes, artistiques et curatoriales

Vanessa BRITO

dateDate : 19/02/2021 heure Début : 14h -> Fin : 16h  O.K.

lieu Adresse : Salle Meltem, Mucem, 201 Quai du Port (entrée fort Saint-Jean), 13002 Marseille

Résumé : Semestre 1
Séminaire organisé avec le Mucem, le Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur et les Beaux-Arts de Marseille.

Semestre 2
Séminaire organisé avec le Mucem, le Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur et les Beaux-Arts de Marseille - INSEAMM.


Semestre 1
Dans sa leçon inaugurale du Collège de France, Patrick Boucheron nous rappelait ceci : « ce que peut l’histoire, c’est aussi de faire droit aux futurs non advenus, à leurs potentialités inabouties ». Faire l’histoire des futurs non advenus reviendrait en quelque sorte à « désévidentialiser l’histoire » mais aussi à se résoudre à « discriminer l’héritage ». Nombre d’artistes et de cinéastes travaillent aujourd’hui à partir d’archives pour déployer les potentialités de projets inaboutis, abandonnés ou censurés. En cherchant à activer les récits potentiels contenus dans des images d’archive ou dans des notes pour des œuvres à venir, ils s’attachent à imaginer les suites possibles d’un projet interrompu, récupérant toute une gamme de présences spectrales, de voix et d’aspirations que l’histoire de l’art ou du cinéma n’a pas pu prendre en charge. Ainsi, nous avons vu dans le séminaire de l’année dernière comment Éric Baudelaire reprend les annotations d’Antonioni pour dépayser l’imaginaire lié à son cinéma, ou encore comment Silvia Maglioni et Graeme Thompson reprennent un scénario non tourné de Félix Guattari pour tenter d’épuiser les possibles de ce film potentiel, c’est-à-dire d’explorer sa résistance à devenir œuvre, à être autre chose qu’un processus de désœuvrement. Leur démarche nous donne à penser philosophiquement le geste de la reprise qui sera, cette année, au centre de notre réflexion sur les potentialités narratives. Ce geste traverse l’histoire de l’art et du cinéma selon différentes modalités qu’il nous faudra relever pour mieux saisir les enjeux des démarches mises en œuvre par certains artistes. Si l’on pense aux cadavres-exquis, aux tableaux peints à plusieurs mains ou aux démarches scriptologiques que nous venons de citer, on s’aperçoit que reprendre un projet, c’est aussi détourner un élan initial, y introduire des bifurcations et des discontinuités qui le réinventent et lui donnent une nouvelle orientation. Étant donné que nous sommes dans une période de reprise, ce séminaire cherchera à penser la signification et les implications de ce geste, qui n’est pas une simple répétition du passé mais une réinvention de l’avenir.

Semestre 2
La question du récit est aujourd’hui au centre de nombreux ouvrages où l’histoire retrouve un caractère expérimental. Essais d’ego-histoire, histoires globales et croisées, histoires contrefactuelles et histoires des possibles sont à l’origine de multiples expériences de narration à travers lesquelles on cherche à attraper ce qui d’habitude échappe à l’énonciation historique. Ces nouvelles écritures de l’histoire renouvellent non seulement l’historiographie, mais aussi la muséographie et les choix narratifs de l’art contemporain. Elles amènent conservateurs et commissaires d’exposition à imaginer un musée global et décolonisé, à s’intéresser à l’histoire de la circulation des objets, à privilégier des documents et des sources iconographiques qui permettent de nous émanciper des récits identitaires, nationaux et européocentrés. Ces nouvelles écritures de l'histoire trouvent des échos dans des projets curatoriaux et scénographiques qui cherchent à faire valoir l’idée d’une contemporanéité temporelle et à nous faire éprouver la pluralité du passé, nous laissant entrevoir ses futurs non-advenus, ses potentialités inaccomplies. Elles dialoguent aussi avec des pratiques artistiques qui réfléchissent aux usages possibles du raisonnement contrefactuel dans l’espace expositif, en performant des archives, en rejouant des événements ou des procès historiques. Enfin, elles résonnent avec les narrations spéculatives construites par des pratiques filmiques qui font appel à la fabulation pour démultiplier le réel et éviter de réduire le possible au probable.
En éclairant ce vaste champ d’expérimentations narratives, ce séminaire cherche à saisir comment ces différents gestes et opérations critiques sont repris et transposés d’un média à un autre, créant de nouvelles alliances entre des savoirs et pratiques artistiques. Il réunit artistes, historiens et commissaires d’exposition pour interroger, avec eux, les effets de connaissance que ces gestes produisent.
Semestre 1
Intervenants :
- Vendredi 23 octobre : Vanessa Brito, CIPh
- Jeudi 29 octobre : Uriel Orlow, artiste, professeur au Royal College of Art et à la Haute école d’art de Zurich
- Vendredi 30 octobre : Uriel Orlow, artiste, professeur au Royal College of Art et à la Haute école d’art de Zurich
- Vendredi 27 novembre : Romain Bertrand, historien, directeur de recherche au Centre de recherches internationales (CERI, Sciences Po-CNRS)
- Samedi 28 novembre : Romain Bertrand, historien, directeur de recherche au Centre de recherches internationales (CERI, Sciences Po-CNRS)
- Jeudi 17 décembre : Fabrizio Terranova, cinéaste, professeur à l’École de Recherche Graphique à Bruxelles, responsable du Master « Récits et Expérimentation/Narration Spéculative  »
- Vendredi 18 décembre : Fabrizio Terranova, cinéaste, professeur à l’École de Recherche Graphique à Bruxelles, responsable du Master « Récits et Expérimentation/Narration Spéculative »

Pour cette première séance de ce début d'année, intégralement sur Teams, vous sont proposés deux rendez-vous articulés l'un à l'autre :

- Vendredi 22 janvier (10h00-12h00)

Projection en ligne du film de Pauline Julier, Naturales Historiae (2019, 56 minutes), suivie d'une discussion avec la réalisatrice.
Avec Bruno Latour, Philippe Descola et Jun Wang.

À travers différentes histoires naturelles tournées entre la Chine, la France et l'Italie, Naturales Historiae interroge nos manières de penser et représenter la Nature. Chaque chapitre explore une situation d'êtres humains aux prises avec la Nature et ses images, qui révèle leurs obsessions et ébranle nos certitudes. 

- Vendredi 22 janvier (14h00-16h00)

Conférence-performance de Pauline Julier et Clément Postec, suivie d'une discussion avec les artistes. 

Curiosity, rover en mission sur Mars, est-il (ou est-elle ?) mû par le désir de connaissance, ou l'outil sacrifié d'une expansion coloniale ? Pour ne pas abandonner les espaces extra planétaires aux seules puissances économiques, Pauline Julier et Clément Postec créent Perseverance Valley : un cycle de recherches (film, livre, installations, performances) pour expérimenter d'autres points de vue : celui des scientifiques, des rovers (astromobiles en français), de la matière ou des choses elles-mêmes. À la fois état des lieux de la conquête spatiale et manifeste pour des narratologies alternatives, les artistes explorent Mars, du sol du désert d'Atacama au centre de pilotage de la Nasa à Los Angeles, parcourant les formes délirantes de nos batteries et consciences, boostées au lithium. 

Clément Postec et Pauline Julier collaborent depuis leur rencontre en 2016 au sein du SPEAP, laboratoire en arts et politique de Sciences-Po Paris, fondé par Bruno Latour. Pauline Julier est artiste et cinéaste. Ses films et installations ont été présentés dans des festivals, des centres d'art et des institutions du monde entier, parmi lesquels le Centre Pompidou à Paris, DOCLisboa, le Tokyo Wonder Site, le Museum of Modern Art en Tanzanie ou encore au Pera Museum Musée à Istanbul. Clément Postec est conseiller artistique et réalisateur. Ses films ont été présentés en France (Mac Val, Fresnoy, Rencontres Paris-Berlin-Madrid, Collège des Bernardins), au Canada (Festival du nouveau cinéma), en Bosnie-Herzégovine et en Italie. Son dernier film Sakina a été montré à l'occasion du festival Côté Court 2020.  

Semestre 2
Intervenants :
- Jeudi 18 et vendredi 19 février : Elise Florenty et Marcel Türkowsky (artistes et cinéastes) : projection de Conversion avec un Cactus (2017) ; présentation d’Ollin Blood (en cours de tournage) et du travail de recherche artistique qui a accompagné la réalisation de ces deux films.
- Jeudi 18 et vendredi 19 mars : Aliocha Imhoff et Kantuta Quirós (théoriciens, commissaires d’exposition, co-fondateurs de la plateforme curatoriale le peuple qui manque) : projection du film Les Impatients (2018) ; Les scénographies de la parole (conférence-débat).
- Vendredi 23 avril : Sophie Orlando (historienne de l’art, enseignante à la Villa Arson) et Olga Rozenblum (commissaire d’exposition, productrice, professeure à la HEAD Genève) : Les récits impliqués de l’art (table ronde).

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Séminaire Philosophie/Arts et littérature

Que peut le récit ? Pratiques historiennes, artistiques et curatoriales

Vanessa BRITO

dateDate : 18/03/2021 heure Début : 18h30 -> Fin : 20h  O.K.

lieu Adresse : Plateau multimédia, Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur, 20 boulevard de Dunkerque, 13002 Marseille

Résumé : Semestre 1
Séminaire organisé avec le Mucem, le Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur et les Beaux-Arts de Marseille.

Semestre 2
Séminaire organisé avec le Mucem, le Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur et les Beaux-Arts de Marseille - INSEAMM.


Semestre 1
Dans sa leçon inaugurale du Collège de France, Patrick Boucheron nous rappelait ceci : « ce que peut l’histoire, c’est aussi de faire droit aux futurs non advenus, à leurs potentialités inabouties ». Faire l’histoire des futurs non advenus reviendrait en quelque sorte à « désévidentialiser l’histoire » mais aussi à se résoudre à « discriminer l’héritage ». Nombre d’artistes et de cinéastes travaillent aujourd’hui à partir d’archives pour déployer les potentialités de projets inaboutis, abandonnés ou censurés. En cherchant à activer les récits potentiels contenus dans des images d’archive ou dans des notes pour des œuvres à venir, ils s’attachent à imaginer les suites possibles d’un projet interrompu, récupérant toute une gamme de présences spectrales, de voix et d’aspirations que l’histoire de l’art ou du cinéma n’a pas pu prendre en charge. Ainsi, nous avons vu dans le séminaire de l’année dernière comment Éric Baudelaire reprend les annotations d’Antonioni pour dépayser l’imaginaire lié à son cinéma, ou encore comment Silvia Maglioni et Graeme Thompson reprennent un scénario non tourné de Félix Guattari pour tenter d’épuiser les possibles de ce film potentiel, c’est-à-dire d’explorer sa résistance à devenir œuvre, à être autre chose qu’un processus de désœuvrement. Leur démarche nous donne à penser philosophiquement le geste de la reprise qui sera, cette année, au centre de notre réflexion sur les potentialités narratives. Ce geste traverse l’histoire de l’art et du cinéma selon différentes modalités qu’il nous faudra relever pour mieux saisir les enjeux des démarches mises en œuvre par certains artistes. Si l’on pense aux cadavres-exquis, aux tableaux peints à plusieurs mains ou aux démarches scriptologiques que nous venons de citer, on s’aperçoit que reprendre un projet, c’est aussi détourner un élan initial, y introduire des bifurcations et des discontinuités qui le réinventent et lui donnent une nouvelle orientation. Étant donné que nous sommes dans une période de reprise, ce séminaire cherchera à penser la signification et les implications de ce geste, qui n’est pas une simple répétition du passé mais une réinvention de l’avenir.

Semestre 2
La question du récit est aujourd’hui au centre de nombreux ouvrages où l’histoire retrouve un caractère expérimental. Essais d’ego-histoire, histoires globales et croisées, histoires contrefactuelles et histoires des possibles sont à l’origine de multiples expériences de narration à travers lesquelles on cherche à attraper ce qui d’habitude échappe à l’énonciation historique. Ces nouvelles écritures de l’histoire renouvellent non seulement l’historiographie, mais aussi la muséographie et les choix narratifs de l’art contemporain. Elles amènent conservateurs et commissaires d’exposition à imaginer un musée global et décolonisé, à s’intéresser à l’histoire de la circulation des objets, à privilégier des documents et des sources iconographiques qui permettent de nous émanciper des récits identitaires, nationaux et européocentrés. Ces nouvelles écritures de l'histoire trouvent des échos dans des projets curatoriaux et scénographiques qui cherchent à faire valoir l’idée d’une contemporanéité temporelle et à nous faire éprouver la pluralité du passé, nous laissant entrevoir ses futurs non-advenus, ses potentialités inaccomplies. Elles dialoguent aussi avec des pratiques artistiques qui réfléchissent aux usages possibles du raisonnement contrefactuel dans l’espace expositif, en performant des archives, en rejouant des événements ou des procès historiques. Enfin, elles résonnent avec les narrations spéculatives construites par des pratiques filmiques qui font appel à la fabulation pour démultiplier le réel et éviter de réduire le possible au probable.
En éclairant ce vaste champ d’expérimentations narratives, ce séminaire cherche à saisir comment ces différents gestes et opérations critiques sont repris et transposés d’un média à un autre, créant de nouvelles alliances entre des savoirs et pratiques artistiques. Il réunit artistes, historiens et commissaires d’exposition pour interroger, avec eux, les effets de connaissance que ces gestes produisent.
Semestre 1
Intervenants :
- Vendredi 23 octobre : Vanessa Brito, CIPh
- Jeudi 29 octobre : Uriel Orlow, artiste, professeur au Royal College of Art et à la Haute école d’art de Zurich
- Vendredi 30 octobre : Uriel Orlow, artiste, professeur au Royal College of Art et à la Haute école d’art de Zurich
- Vendredi 27 novembre : Romain Bertrand, historien, directeur de recherche au Centre de recherches internationales (CERI, Sciences Po-CNRS)
- Samedi 28 novembre : Romain Bertrand, historien, directeur de recherche au Centre de recherches internationales (CERI, Sciences Po-CNRS)
- Jeudi 17 décembre : Fabrizio Terranova, cinéaste, professeur à l’École de Recherche Graphique à Bruxelles, responsable du Master « Récits et Expérimentation/Narration Spéculative  »
- Vendredi 18 décembre : Fabrizio Terranova, cinéaste, professeur à l’École de Recherche Graphique à Bruxelles, responsable du Master « Récits et Expérimentation/Narration Spéculative »

Pour cette première séance de ce début d'année, intégralement sur Teams, vous sont proposés deux rendez-vous articulés l'un à l'autre :

- Vendredi 22 janvier (10h00-12h00)

Projection en ligne du film de Pauline Julier, Naturales Historiae (2019, 56 minutes), suivie d'une discussion avec la réalisatrice.
Avec Bruno Latour, Philippe Descola et Jun Wang.

À travers différentes histoires naturelles tournées entre la Chine, la France et l'Italie, Naturales Historiae interroge nos manières de penser et représenter la Nature. Chaque chapitre explore une situation d'êtres humains aux prises avec la Nature et ses images, qui révèle leurs obsessions et ébranle nos certitudes. 

- Vendredi 22 janvier (14h00-16h00)

Conférence-performance de Pauline Julier et Clément Postec, suivie d'une discussion avec les artistes. 

Curiosity, rover en mission sur Mars, est-il (ou est-elle ?) mû par le désir de connaissance, ou l'outil sacrifié d'une expansion coloniale ? Pour ne pas abandonner les espaces extra planétaires aux seules puissances économiques, Pauline Julier et Clément Postec créent Perseverance Valley : un cycle de recherches (film, livre, installations, performances) pour expérimenter d'autres points de vue : celui des scientifiques, des rovers (astromobiles en français), de la matière ou des choses elles-mêmes. À la fois état des lieux de la conquête spatiale et manifeste pour des narratologies alternatives, les artistes explorent Mars, du sol du désert d'Atacama au centre de pilotage de la Nasa à Los Angeles, parcourant les formes délirantes de nos batteries et consciences, boostées au lithium. 

Clément Postec et Pauline Julier collaborent depuis leur rencontre en 2016 au sein du SPEAP, laboratoire en arts et politique de Sciences-Po Paris, fondé par Bruno Latour. Pauline Julier est artiste et cinéaste. Ses films et installations ont été présentés dans des festivals, des centres d'art et des institutions du monde entier, parmi lesquels le Centre Pompidou à Paris, DOCLisboa, le Tokyo Wonder Site, le Museum of Modern Art en Tanzanie ou encore au Pera Museum Musée à Istanbul. Clément Postec est conseiller artistique et réalisateur. Ses films ont été présentés en France (Mac Val, Fresnoy, Rencontres Paris-Berlin-Madrid, Collège des Bernardins), au Canada (Festival du nouveau cinéma), en Bosnie-Herzégovine et en Italie. Son dernier film Sakina a été montré à l'occasion du festival Côté Court 2020.  

Semestre 2
Intervenants :
- Jeudi 18 et vendredi 19 février : Elise Florenty et Marcel Türkowsky (artistes et cinéastes) : projection de Conversion avec un Cactus (2017) ; présentation d’Ollin Blood (en cours de tournage) et du travail de recherche artistique qui a accompagné la réalisation de ces deux films.
- Jeudi 18 et vendredi 19 mars : Aliocha Imhoff et Kantuta Quirós (théoriciens, commissaires d’exposition, co-fondateurs de la plateforme curatoriale le peuple qui manque) : projection du film Les Impatients (2018) ; Les scénographies de la parole (conférence-débat).
- Vendredi 23 avril : Sophie Orlando (historienne de l’art, enseignante à la Villa Arson) et Olga Rozenblum (commissaire d’exposition, productrice, professeure à la HEAD Genève) : Les récits impliqués de l’art (table ronde).

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Séminaire Philosophie/Arts et littérature

Que peut le récit ? Pratiques historiennes, artistiques et curatoriales

Vanessa BRITO

dateDate : 19/03/2021 heure Début : 14h -> Fin : 16h  O.K.

lieu Adresse : Salle Meltem, Mucem, 201 Quai du Port (entrée fort Saint-Jean), 13002 Marseille

Résumé : Semestre 1
Séminaire organisé avec le Mucem, le Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur et les Beaux-Arts de Marseille.

Semestre 2
Séminaire organisé avec le Mucem, le Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur et les Beaux-Arts de Marseille - INSEAMM.


Semestre 1
Dans sa leçon inaugurale du Collège de France, Patrick Boucheron nous rappelait ceci : « ce que peut l’histoire, c’est aussi de faire droit aux futurs non advenus, à leurs potentialités inabouties ». Faire l’histoire des futurs non advenus reviendrait en quelque sorte à « désévidentialiser l’histoire » mais aussi à se résoudre à « discriminer l’héritage ». Nombre d’artistes et de cinéastes travaillent aujourd’hui à partir d’archives pour déployer les potentialités de projets inaboutis, abandonnés ou censurés. En cherchant à activer les récits potentiels contenus dans des images d’archive ou dans des notes pour des œuvres à venir, ils s’attachent à imaginer les suites possibles d’un projet interrompu, récupérant toute une gamme de présences spectrales, de voix et d’aspirations que l’histoire de l’art ou du cinéma n’a pas pu prendre en charge. Ainsi, nous avons vu dans le séminaire de l’année dernière comment Éric Baudelaire reprend les annotations d’Antonioni pour dépayser l’imaginaire lié à son cinéma, ou encore comment Silvia Maglioni et Graeme Thompson reprennent un scénario non tourné de Félix Guattari pour tenter d’épuiser les possibles de ce film potentiel, c’est-à-dire d’explorer sa résistance à devenir œuvre, à être autre chose qu’un processus de désœuvrement. Leur démarche nous donne à penser philosophiquement le geste de la reprise qui sera, cette année, au centre de notre réflexion sur les potentialités narratives. Ce geste traverse l’histoire de l’art et du cinéma selon différentes modalités qu’il nous faudra relever pour mieux saisir les enjeux des démarches mises en œuvre par certains artistes. Si l’on pense aux cadavres-exquis, aux tableaux peints à plusieurs mains ou aux démarches scriptologiques que nous venons de citer, on s’aperçoit que reprendre un projet, c’est aussi détourner un élan initial, y introduire des bifurcations et des discontinuités qui le réinventent et lui donnent une nouvelle orientation. Étant donné que nous sommes dans une période de reprise, ce séminaire cherchera à penser la signification et les implications de ce geste, qui n’est pas une simple répétition du passé mais une réinvention de l’avenir.

Semestre 2
La question du récit est aujourd’hui au centre de nombreux ouvrages où l’histoire retrouve un caractère expérimental. Essais d’ego-histoire, histoires globales et croisées, histoires contrefactuelles et histoires des possibles sont à l’origine de multiples expériences de narration à travers lesquelles on cherche à attraper ce qui d’habitude échappe à l’énonciation historique. Ces nouvelles écritures de l’histoire renouvellent non seulement l’historiographie, mais aussi la muséographie et les choix narratifs de l’art contemporain. Elles amènent conservateurs et commissaires d’exposition à imaginer un musée global et décolonisé, à s’intéresser à l’histoire de la circulation des objets, à privilégier des documents et des sources iconographiques qui permettent de nous émanciper des récits identitaires, nationaux et européocentrés. Ces nouvelles écritures de l'histoire trouvent des échos dans des projets curatoriaux et scénographiques qui cherchent à faire valoir l’idée d’une contemporanéité temporelle et à nous faire éprouver la pluralité du passé, nous laissant entrevoir ses futurs non-advenus, ses potentialités inaccomplies. Elles dialoguent aussi avec des pratiques artistiques qui réfléchissent aux usages possibles du raisonnement contrefactuel dans l’espace expositif, en performant des archives, en rejouant des événements ou des procès historiques. Enfin, elles résonnent avec les narrations spéculatives construites par des pratiques filmiques qui font appel à la fabulation pour démultiplier le réel et éviter de réduire le possible au probable.
En éclairant ce vaste champ d’expérimentations narratives, ce séminaire cherche à saisir comment ces différents gestes et opérations critiques sont repris et transposés d’un média à un autre, créant de nouvelles alliances entre des savoirs et pratiques artistiques. Il réunit artistes, historiens et commissaires d’exposition pour interroger, avec eux, les effets de connaissance que ces gestes produisent.
Semestre 1
Intervenants :
- Vendredi 23 octobre : Vanessa Brito, CIPh
- Jeudi 29 octobre : Uriel Orlow, artiste, professeur au Royal College of Art et à la Haute école d’art de Zurich
- Vendredi 30 octobre : Uriel Orlow, artiste, professeur au Royal College of Art et à la Haute école d’art de Zurich
- Vendredi 27 novembre : Romain Bertrand, historien, directeur de recherche au Centre de recherches internationales (CERI, Sciences Po-CNRS)
- Samedi 28 novembre : Romain Bertrand, historien, directeur de recherche au Centre de recherches internationales (CERI, Sciences Po-CNRS)
- Jeudi 17 décembre : Fabrizio Terranova, cinéaste, professeur à l’École de Recherche Graphique à Bruxelles, responsable du Master « Récits et Expérimentation/Narration Spéculative  »
- Vendredi 18 décembre : Fabrizio Terranova, cinéaste, professeur à l’École de Recherche Graphique à Bruxelles, responsable du Master « Récits et Expérimentation/Narration Spéculative »

Pour cette première séance de ce début d'année, intégralement sur Teams, vous sont proposés deux rendez-vous articulés l'un à l'autre :

- Vendredi 22 janvier (10h00-12h00)

Projection en ligne du film de Pauline Julier, Naturales Historiae (2019, 56 minutes), suivie d'une discussion avec la réalisatrice.
Avec Bruno Latour, Philippe Descola et Jun Wang.

À travers différentes histoires naturelles tournées entre la Chine, la France et l'Italie, Naturales Historiae interroge nos manières de penser et représenter la Nature. Chaque chapitre explore une situation d'êtres humains aux prises avec la Nature et ses images, qui révèle leurs obsessions et ébranle nos certitudes. 

- Vendredi 22 janvier (14h00-16h00)

Conférence-performance de Pauline Julier et Clément Postec, suivie d'une discussion avec les artistes. 

Curiosity, rover en mission sur Mars, est-il (ou est-elle ?) mû par le désir de connaissance, ou l'outil sacrifié d'une expansion coloniale ? Pour ne pas abandonner les espaces extra planétaires aux seules puissances économiques, Pauline Julier et Clément Postec créent Perseverance Valley : un cycle de recherches (film, livre, installations, performances) pour expérimenter d'autres points de vue : celui des scientifiques, des rovers (astromobiles en français), de la matière ou des choses elles-mêmes. À la fois état des lieux de la conquête spatiale et manifeste pour des narratologies alternatives, les artistes explorent Mars, du sol du désert d'Atacama au centre de pilotage de la Nasa à Los Angeles, parcourant les formes délirantes de nos batteries et consciences, boostées au lithium. 

Clément Postec et Pauline Julier collaborent depuis leur rencontre en 2016 au sein du SPEAP, laboratoire en arts et politique de Sciences-Po Paris, fondé par Bruno Latour. Pauline Julier est artiste et cinéaste. Ses films et installations ont été présentés dans des festivals, des centres d'art et des institutions du monde entier, parmi lesquels le Centre Pompidou à Paris, DOCLisboa, le Tokyo Wonder Site, le Museum of Modern Art en Tanzanie ou encore au Pera Museum Musée à Istanbul. Clément Postec est conseiller artistique et réalisateur. Ses films ont été présentés en France (Mac Val, Fresnoy, Rencontres Paris-Berlin-Madrid, Collège des Bernardins), au Canada (Festival du nouveau cinéma), en Bosnie-Herzégovine et en Italie. Son dernier film Sakina a été montré à l'occasion du festival Côté Court 2020.  

Semestre 2
Intervenants :
- Jeudi 18 et vendredi 19 février : Elise Florenty et Marcel Türkowsky (artistes et cinéastes) : projection de Conversion avec un Cactus (2017) ; présentation d’Ollin Blood (en cours de tournage) et du travail de recherche artistique qui a accompagné la réalisation de ces deux films.
- Jeudi 18 et vendredi 19 mars : Aliocha Imhoff et Kantuta Quirós (théoriciens, commissaires d’exposition, co-fondateurs de la plateforme curatoriale le peuple qui manque) : projection du film Les Impatients (2018) ; Les scénographies de la parole (conférence-débat).
- Vendredi 23 avril : Sophie Orlando (historienne de l’art, enseignante à la Villa Arson) et Olga Rozenblum (commissaire d’exposition, productrice, professeure à la HEAD Genève) : Les récits impliqués de l’art (table ronde).

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Séminaire Philosophie/Arts et littérature

Que peut le récit ? Pratiques historiennes, artistiques et curatoriales

Vanessa BRITO

dateDate : 23/04/2021 heure Début : 14h -> Fin : 16h  O.K.

lieu Adresse : Salle Meltem, Mucem, 201 Quai du Port (entrée fort Saint-Jean), 13002 Marseille

Résumé : Semestre 1
Séminaire organisé avec le Mucem, le Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur et les Beaux-Arts de Marseille.

Semestre 2
Séminaire organisé avec le Mucem, le Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur et les Beaux-Arts de Marseille - INSEAMM.


Semestre 1
Dans sa leçon inaugurale du Collège de France, Patrick Boucheron nous rappelait ceci : « ce que peut l’histoire, c’est aussi de faire droit aux futurs non advenus, à leurs potentialités inabouties ». Faire l’histoire des futurs non advenus reviendrait en quelque sorte à « désévidentialiser l’histoire » mais aussi à se résoudre à « discriminer l’héritage ». Nombre d’artistes et de cinéastes travaillent aujourd’hui à partir d’archives pour déployer les potentialités de projets inaboutis, abandonnés ou censurés. En cherchant à activer les récits potentiels contenus dans des images d’archive ou dans des notes pour des œuvres à venir, ils s’attachent à imaginer les suites possibles d’un projet interrompu, récupérant toute une gamme de présences spectrales, de voix et d’aspirations que l’histoire de l’art ou du cinéma n’a pas pu prendre en charge. Ainsi, nous avons vu dans le séminaire de l’année dernière comment Éric Baudelaire reprend les annotations d’Antonioni pour dépayser l’imaginaire lié à son cinéma, ou encore comment Silvia Maglioni et Graeme Thompson reprennent un scénario non tourné de Félix Guattari pour tenter d’épuiser les possibles de ce film potentiel, c’est-à-dire d’explorer sa résistance à devenir œuvre, à être autre chose qu’un processus de désœuvrement. Leur démarche nous donne à penser philosophiquement le geste de la reprise qui sera, cette année, au centre de notre réflexion sur les potentialités narratives. Ce geste traverse l’histoire de l’art et du cinéma selon différentes modalités qu’il nous faudra relever pour mieux saisir les enjeux des démarches mises en œuvre par certains artistes. Si l’on pense aux cadavres-exquis, aux tableaux peints à plusieurs mains ou aux démarches scriptologiques que nous venons de citer, on s’aperçoit que reprendre un projet, c’est aussi détourner un élan initial, y introduire des bifurcations et des discontinuités qui le réinventent et lui donnent une nouvelle orientation. Étant donné que nous sommes dans une période de reprise, ce séminaire cherchera à penser la signification et les implications de ce geste, qui n’est pas une simple répétition du passé mais une réinvention de l’avenir.

Semestre 2
La question du récit est aujourd’hui au centre de nombreux ouvrages où l’histoire retrouve un caractère expérimental. Essais d’ego-histoire, histoires globales et croisées, histoires contrefactuelles et histoires des possibles sont à l’origine de multiples expériences de narration à travers lesquelles on cherche à attraper ce qui d’habitude échappe à l’énonciation historique. Ces nouvelles écritures de l’histoire renouvellent non seulement l’historiographie, mais aussi la muséographie et les choix narratifs de l’art contemporain. Elles amènent conservateurs et commissaires d’exposition à imaginer un musée global et décolonisé, à s’intéresser à l’histoire de la circulation des objets, à privilégier des documents et des sources iconographiques qui permettent de nous émanciper des récits identitaires, nationaux et européocentrés. Ces nouvelles écritures de l'histoire trouvent des échos dans des projets curatoriaux et scénographiques qui cherchent à faire valoir l’idée d’une contemporanéité temporelle et à nous faire éprouver la pluralité du passé, nous laissant entrevoir ses futurs non-advenus, ses potentialités inaccomplies. Elles dialoguent aussi avec des pratiques artistiques qui réfléchissent aux usages possibles du raisonnement contrefactuel dans l’espace expositif, en performant des archives, en rejouant des événements ou des procès historiques. Enfin, elles résonnent avec les narrations spéculatives construites par des pratiques filmiques qui font appel à la fabulation pour démultiplier le réel et éviter de réduire le possible au probable.
En éclairant ce vaste champ d’expérimentations narratives, ce séminaire cherche à saisir comment ces différents gestes et opérations critiques sont repris et transposés d’un média à un autre, créant de nouvelles alliances entre des savoirs et pratiques artistiques. Il réunit artistes, historiens et commissaires d’exposition pour interroger, avec eux, les effets de connaissance que ces gestes produisent.
Semestre 1
Intervenants :
- Vendredi 23 octobre : Vanessa Brito, CIPh
- Jeudi 29 octobre : Uriel Orlow, artiste, professeur au Royal College of Art et à la Haute école d’art de Zurich
- Vendredi 30 octobre : Uriel Orlow, artiste, professeur au Royal College of Art et à la Haute école d’art de Zurich
- Vendredi 27 novembre : Romain Bertrand, historien, directeur de recherche au Centre de recherches internationales (CERI, Sciences Po-CNRS)
- Samedi 28 novembre : Romain Bertrand, historien, directeur de recherche au Centre de recherches internationales (CERI, Sciences Po-CNRS)
- Jeudi 17 décembre : Fabrizio Terranova, cinéaste, professeur à l’École de Recherche Graphique à Bruxelles, responsable du Master « Récits et Expérimentation/Narration Spéculative  »
- Vendredi 18 décembre : Fabrizio Terranova, cinéaste, professeur à l’École de Recherche Graphique à Bruxelles, responsable du Master « Récits et Expérimentation/Narration Spéculative »

Pour cette première séance de ce début d'année, intégralement sur Teams, vous sont proposés deux rendez-vous articulés l'un à l'autre :

- Vendredi 22 janvier (10h00-12h00)

Projection en ligne du film de Pauline Julier, Naturales Historiae (2019, 56 minutes), suivie d'une discussion avec la réalisatrice.
Avec Bruno Latour, Philippe Descola et Jun Wang.

À travers différentes histoires naturelles tournées entre la Chine, la France et l'Italie, Naturales Historiae interroge nos manières de penser et représenter la Nature. Chaque chapitre explore une situation d'êtres humains aux prises avec la Nature et ses images, qui révèle leurs obsessions et ébranle nos certitudes. 

- Vendredi 22 janvier (14h00-16h00)

Conférence-performance de Pauline Julier et Clément Postec, suivie d'une discussion avec les artistes. 

Curiosity, rover en mission sur Mars, est-il (ou est-elle ?) mû par le désir de connaissance, ou l'outil sacrifié d'une expansion coloniale ? Pour ne pas abandonner les espaces extra planétaires aux seules puissances économiques, Pauline Julier et Clément Postec créent Perseverance Valley : un cycle de recherches (film, livre, installations, performances) pour expérimenter d'autres points de vue : celui des scientifiques, des rovers (astromobiles en français), de la matière ou des choses elles-mêmes. À la fois état des lieux de la conquête spatiale et manifeste pour des narratologies alternatives, les artistes explorent Mars, du sol du désert d'Atacama au centre de pilotage de la Nasa à Los Angeles, parcourant les formes délirantes de nos batteries et consciences, boostées au lithium. 

Clément Postec et Pauline Julier collaborent depuis leur rencontre en 2016 au sein du SPEAP, laboratoire en arts et politique de Sciences-Po Paris, fondé par Bruno Latour. Pauline Julier est artiste et cinéaste. Ses films et installations ont été présentés dans des festivals, des centres d'art et des institutions du monde entier, parmi lesquels le Centre Pompidou à Paris, DOCLisboa, le Tokyo Wonder Site, le Museum of Modern Art en Tanzanie ou encore au Pera Museum Musée à Istanbul. Clément Postec est conseiller artistique et réalisateur. Ses films ont été présentés en France (Mac Val, Fresnoy, Rencontres Paris-Berlin-Madrid, Collège des Bernardins), au Canada (Festival du nouveau cinéma), en Bosnie-Herzégovine et en Italie. Son dernier film Sakina a été montré à l'occasion du festival Côté Court 2020.  

Semestre 2
Intervenants :
- Jeudi 18 et vendredi 19 février : Elise Florenty et Marcel Türkowsky (artistes et cinéastes) : projection de Conversion avec un Cactus (2017) ; présentation d’Ollin Blood (en cours de tournage) et du travail de recherche artistique qui a accompagné la réalisation de ces deux films.
- Jeudi 18 et vendredi 19 mars : Aliocha Imhoff et Kantuta Quirós (théoriciens, commissaires d’exposition, co-fondateurs de la plateforme curatoriale le peuple qui manque) : projection du film Les Impatients (2018) ; Les scénographies de la parole (conférence-débat).
- Vendredi 23 avril : Sophie Orlando (historienne de l’art, enseignante à la Villa Arson) et Olga Rozenblum (commissaire d’exposition, productrice, professeure à la HEAD Genève) : Les récits impliqués de l’art (table ronde).

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