Lucile Mons
Actuelle Directrice de programme du 01/07/2025 au 30/06/2031
Direction de programme : Lectures contemporaines du deuil freudien / Pertes et chagrins écologiques
Résumé : L’idée de cette recherche est d’abord née de l’observation, dans la philosophie contemporaine et plus généralement dans les sciences sociales, de la mise en question du rapport entre vivants et morts dans l’héritage de la modernité. Cette question est explorée à travers de nombreux aspects, souvent en rapport – de près ou de loin – avec la dimension écologique. Or, la lecture freudienne du deuil, développée dans Deuil et mélancolie (1917) est souvent un élément de ce questionnement : que ce soit pour être critiquée ou pour servir de point d’appui, elle est en tout cas une référence. Il en va de même pour l’envers du deuil dans le texte freudien, la mélancolie : on ne compte pas les utilisations philosophiques de cette catégorie initialement clinique pour parler d’un rapport au monde ou d’une situation dans lequel la perte de l’objet n’est pas surmontée.
Différents auteurs tentent de penser la perte écologique, notre rapport à cette dernière et les affects qu’elle suscite (à ce titre on peut noter par exemple l’émergence de l’expression « ecological grief » dans la littérature anglo-saxonne). Cette interrogation se situe aussi bien sur le plan descriptif que sur celui d’une tentative de définir comment nous devrions nous rapporter à la perte écologique.
L’objectif de ce projet sera de chercher à comprendre ce que les différentes lectures contemporaines du deuil freudien – même lorsque la référence à ce dernier semble accessoire – peuvent apporter à la compréhension du deuil. Nous nous demanderons comment produire d’autres descriptions du rapport à la perte que l’alternative deuil/mélancolie, qui amène selon nous à un appauvrissement des compréhensions de la perte mais aussi à un détournement de la catégorie clinique de mélancolie, la vidant parfois de son sens. Y a-t-il un au-delà du couple deuil/mélancolie, qui puisse nous aider à repenser le rapport à la perte ? Précisément parce que notre monde est et sera marqué par la disparition, il est nécessaire de produire d’autres analyses et descriptions.
L’un des objets de cette proposition est de tenter une interpellation de la théorie psychanalytique. Les questions climatiques et écologiques sont – du moins en France – quasiment absentes du champ psychanalytique. Quels liens une pratique de la parole pourrait-elle entretenir avec des entités non humaines ? Et, en effet, en quoi ces entités auraient-elles d’une quelconque manière une inscription inconsciente ? Les implications cliniques de ces questions sont aussi très concrètes : elles amènent à envisager le statut que pourrait avoir l’inquiétude, le chagrin ou le deuil écologiques dans une cure analytique.