Rachel Guillas
Actuelle Directrice de programme du 01/07/2025 au 30/06/2031
Direction de programme : Les nouveaux chantiers de l’intention. Le critère subjectif à l’épreuve de la déconstruction (Droit, Psychanalyse, Philosophie)
Résumé : Au confluent de la philosophie, de la psychanalyse et du droit, ce projet consiste à interroger la procédure judiciaire en reconsidérant sa pierre angulaire : l’idée d’intention. Le Code pénal français conditionne en effet la qualification de crime ou de délit à la présence d’un « critère subjectif » : « il n’y a pas de crime ou de délit sans l’intention de le commettre ». Il n’offre pourtant aucune définition de cette intention et la doctrine la réduit à des critères prétendument objectifs. Une étude de l’histoire du droit révèle à la fois qu’aucun système judiciaire européen depuis l’Antiquité n’a pu se passer de l’intention et que les juristes ont en toujours été très incommodés. Comment, en effet, concilier les impératifs de certitude et de vérité ou encore de neutralité et d’objectivité défendus par le droit et ce critère embarrassant mais néanmoins indispensable ?
À chaque époque, les règles procédurales la recherche d’un équilibre entre un idéal de justice et des nécessités de maintien de l’ordre public, mais aussi l’influence d’autres disciplines. Aussi, en procédure, de l’Antiquité à la fin du XIXe siècle, les apports de la philosophie, de la théologie, de la rhétorique et plus récemment de la psychologie ou de la sociologie y sont décelables. Pourtant, le droit contemporain est resté inébranlable après la révolution du sujet et par conséquent de la responsabilité et de l’intention qui a été menée au XXe siècle. Il a par conséquent préféré ignorer cette pierre d’angle défectueuse à l’origine d’un déséquilibre de l’édifice procédural et qui nécessite probablement une déconstruction.
Ce projet propose donc d’inquiéter cette préconception juridique de l’intention à l’aide de la psychanalyse, de la phénoménologie, de la philosophie analytique, de la philosophie française contemporaine et en premier lieu celle de Derrida. Au-delà de leur diversité voire de leurs désaccords, toutes ces approches tendent à faire vaciller les piliers de l’édifice procédural : le sujet responsable, la temporalité dans laquelle est supposée s’inscrire l’intention – antécédente à l’action et cause de cette dernière –, la centralité de l’expression des motifs et mobiles, le crédit qui est apporté à cette parole sur soi et enfin la capacité du juge à interpréter les signes et les indices qui lui permettraient de percer le secret de la conscience. L’objectif de cette enquête est donc de sortir du droit pour mieux y revenir, interrogeant certaines de ses évidences afin de le rendre à son inquiétante étrangeté.