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Pénélope Dufourt

Actuelle Directrice de programme    du 01/07/2025  au 30/06/2031

Direction de programme : Des droits humains pluriversels aux éthiques du care : vers une théorie du care juridique.

Résumé : Les réflexions contemporaines qui portent sur la décolonialité du savoir interrogent le droit international et les droits humains quant à leur caractère censément universel. Certains courants critiques dénoncent une forme d’impérialisme culturel au cœur de la construction du droit international des droits humains. Si l’on prend au sérieux ces critiques, comment continuer à promouvoir, dès lors, des valeurs qui se veulent humanistes à l’échelle internationale, sans être taxé de néocolonialisme ?


Le projet de recherche vise à esquisser des réponses possibles à ce problème en soulignant ce que les éthiques du care pourraient apporter à une appréhension des droits humains dite « pluriverselle ».

L’enjeu d’une telle réflexion n’est pas d’œuvrer à faire perdurer un ordre politique libéral existant construit sur un passé de domination épistémique. Plutôt, il s’agit d’approfondir l’intuition de certains philosophes qui cherchent à promouvoir une philosophie pluriverselle pour les droits humains en lieu et place d’une vision faussement universaliste. Une conception « pluriverselle » implique pour le droit international des droits humains une ambition nouvelle, celle de participer à développer les conditions d’un dialogue interculturel plus global, afin de « décoloniser » les mentalités et les paradigmes épistémiques dominants au sein du droit.

Cette appréhenion pluriverselle appelle, selon nous, à penser un usage pluraliste de notre rationalité et à dégager de nouveaux fondements épistémologiques pour le droit international des droits humains. Dans ce contexte, le corpus des éthiques du care dévoilent l’importance de prendre en compte la dimension sensible de la rationalité pour effectuer des jugements moraux. Ce corpus permet de reconnaître les fondements affectifs nécessaires au développement d’une éthique de la responsabilité qui serait fondée sur une rationalité relationnelle conscience des injustices épistémiques. En cela, les éthiques du care pourraient, semble-t-il, nous aider à penser une nouvelle appréhension du raisonnement juridique pour lutter contre la pérennisation des injustices épistémiques au sein du droit et de la philosophie des droits humains.
En effet, avec la crise de l’universalisme, il ne s’agit plus d’imposer une morale et des valeurs universelles surplombantes, mais plutôt, dans notre effort de décentrement pluraliste, il peut être envisageable de penser une éthique au cœur des droits humains qui pourrait être conceptualisée par la notion de « care juridique ». C’est l’affirmation que nous aimerions approfondir au sein de ce projet de recherche. Il serait ainsi intéressant de tracer les jalons d’une théorie du care juridique et ses implications pour continuer à penser les droits humains au XXIème siècle.