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Sophie Djigo

Actuelle Directrice de programme    du 01/07/2025  au 30/06/2031

Direction de programme : Repenser les solidarités en régime de frontières

Résumé : Le point de départ de ce projet est une triple perplexité : l’embarras conceptuel que constitue la notion de solidarité, mot ordinaire largement utilisé, dans un sens imprécis et des usages multiples, voire contradictoires ou concurrents ; la référence systématique au travail de Durkheim dans les usages académiques de la notion ; le fait social de la criminalisation des solidarités. Le recoupement de ces trois éléments conduit au paradoxe suivant : si la solidarité constitue l’indispensable ciment de la société moderne, comment se fait-il qu’on assiste à une montée en puissance de processus de criminalisation des solidarités ? L’approche descriptive ne suffit pas à rendre compte de la polysémie du concept, ni de la pluralité de ses usages, encore moins de ce paradoxe.

Pour clarifier le concept de solidarité, il faut analyser son inscription dans un régime de frontières qui organise la distribution de la légitimité et le partage entre ce qui est acceptable et ce qui est indésirable, voire criminel et interdit. Le champ d’extension d’un tel régime de frontières ne se borne pas aux frontières nationales, mais opère à différents niveaux de la société, sur la base de multiples critères de différenciation, fabriquant des catégories et des hiérarchies. La criminalisation ne porte pas seulement sur les actes d’un individu, mais sur l’individu en tant que membre d’un groupe. En ce sens, c’est bien un certain type de liens de solidarités qui fait l’objet de la répression et de la disqualification, sur le plan moral, politique et social. Identifier, dans une démarche de philosophie du langage, les idiomes qui obscurcissent le sens du concept de solidarité doit nous permettre d’en obtenir une meilleure compréhension et de rendre intelligible les motifs de la légitimation/criminalisation.

Si le gouvernement possède le monopole de la solidarité légitime, il institue tacitement le critère de l’allégeance et de la soumission comme ligne de partage des solidarités légitimes ou non. A contrario, les formes de solidarités critiques ou en résistance aux politiques actuelles font l’objet d’une criminalisation. Les terrains d’analyse de ce phénomène sont multiples : zones-frontières, quartiers populaires, communautés musulmanes, chercheurs et enseignants critiques... Une approche de philosophie de terrain, en dialogue avec les sciences sociales, et en particulier, la sociologie et le droit, tentera d’explorer ces phénomènes et d’en tirer une conception plus robuste de la solidarité, en envisageant d’autres instances de légitimation.