Katrin Becker
Actuelle Directrice de programme du 01/07/2025 au 30/06/2031
Direction de programme : Reconfigurations symboliques : droit et culture à l’ère algorithmique
Résumé : Les technologies émergentes imprègnent aujourd’hui en profondeur les institutions et le domaine juridique, entraînant une reconfiguration majeure des fondements symboliques de notre culture. À l’ère de la computation et de la dématérialisation, les piliers traditionnels de la légitimité juridique – le corps, le temps et l’espace – se trouvent perturbés par l’essor de la blockchain et de l’intelligence artificielle, qui redéfinissent de manière inédite le cadre normatif.
La blockchain offre une forme de registre numérique décentralisé, où les transactions et les contrats sont validés par des mécanismes automatisés, sans l’intervention d’une autorité centrale. Cette évolution mène à la création d’espaces juridiques virtuels, indépendants des cadres géographiques et culturels traditionnels, et redéfinit ainsi la notion de souveraineté et de légitimité juridique. En parallèle, l’intelligence artificielle, avec ses modèles de langage avancés, commence à suppléer ou à assister les juristes dans leurs fonctions d’interprétation et de prise de décision. L’analyse des données massives permet de produire des décisions juridiques fondées sur des calculs statistiques, remettant en question la nature même du jugement juridique, qui était historiquement lié à la présence physique et à l’interprétation humaine.
Cette reconfiguration des fondements symboliques du droit soulève des interrogations profondes quant à la légitimité, l’autorité et la dynamique même de la justice. De nouvelles conceptions de ce qu’il faut comprendre par corpus juridiques, temporalités et sujets de droit émergent ici, déclenchant une « querelle du symbolique » : aux côtés du « Tiers symbolique » classique, ancré dans l’entrelacement du temps, de l’espace et du corps et dans le travail interprétatif qui les articule, surgit désormais un autre Tiers – le calcul algorithmique – qui suggère qu’en mobilisant des algorithmes avancés et des données massives, il sera possible d’instaurer une forme de droit neutre et démythologisée.
En transcendant les approches universitaires classiques, le projet Reconfigurations symboliques : Droit et culture à l’ère algorithmique se propose d’examiner, sous l’angle philosophique, éthique et épistémologique, ces mutations profondes. Il s’intéresse autant aux dérives possibles d’une automatisation du droit qu’aux opportunités d’une démocratie juridique rénovée, fondée sur un équilibre entre présence humaine, ritualité et puissance algorithmique.