Conférence de Pierre Rosavallon 2019-2020 S2

Le populisme : tout le monde en parle, mais personne ne l’a vraiment théorisé jusqu’à présent. Il n’est en effet le plus souvent appréhendé que négativement, comme le symptôme et l’expression de tous les problèmes du présent (les inégalités galopantes, le désenchantement démocratique, le sentiment de mal-représentation, l’impuissance publique). Il est du même coup resté un mot en caoutchouc, voire un mot douteux, tant il ne fait dans bien des cas qu’exprimer le retour des vieilles peurs des puissants et des instruits face à un peuple assimilé à une populace menaçante. Il faut l’appréhender autrement pour en prendre la pleine mesure : le comprendre comme un ensemble de propositions qui ont leur cohérence pour répondre aux problèmes contemporains. C’est à cette condition qu’il pourra être compris pour ce qu’il est, au-delà de son caractère « dégagiste », et critiqué de façon pertinente dans des termes qui permettent de lui opposer une alternative aux désordres du présent.

02-11-2020