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Bernard STEVENS

Ancien(ne) Directeur de programme du 01/07/1992  au 30/06/1998

Direction de programme : L'ontologie négative : une approche de l'école de Kyôto

Résumé : Fondée par Nishida dans les années 1920 et poursuivie par de nombreux disciples jusque dans les années 1960, l'école de Kyôto est foncièrement issue de la tradition spirituelle zen, considérée au Japon à la fois comme l'héritière la plus pure du bouddhisme mahayana et comme l'un des éléments centraux dans le façonnement de la culture et du caractère japonnais. L'effort de Nishida et de ses principaux disciples (Tanabe et Nishitani) a été de suivre l'enseignement de la philosophie occidentale pour pouvoir exprimer conceptuellement cette pensée zen et la mettre en dialogue avec la tradition métaphysique occidentale. C'est ainsi que Tanabe et Nishitani, parmi d'autres, vinrent étudier en Allemagne le Kantisme, le hégélianisme, la pensée de Nietzsche surtout la phénoménologie - et ce auprès de Husserl et de Heidegger. La source première de leur pensée, les tenants de l'école de Kyôto la voient principalement dans l'expression philosophique du bouddhisme indien, et plus précisément dans le courant madhyamika dont Nagarjuna (150-250) est le principal représentant. Celui-ci est connu pour avoir thématisé la notion de Sûnyatâ - notion que l'on traduit généralement par “vacuité” ou par “néant”, mais dont la teneur sémantique est au moins aussi plurivoque que le concept occidental d'«être». Enrichi par son contact avec le taoïsme chinois, le courant madhyamika a contribué à donner naissance au Chan, dont est directement issu le zen. Voulant assumer activement ce riche héritage oriental, l'école de Kyôto fera preuve d'une originalité remarquable à plusieurs égards notamment dans sa manière d'appliquer la notion de sûnyata, comprise ici comme «néant», à une méditation sur le nihil, inscrit au coeur du nihilisme en lequel Nietzsche et Heidegger avaient vu une caractéristique majeure de l'époque contemporaine - époque techicienne, «tombée hors de l'être».