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Philippe SIMAY

Ancien(ne) Directeur de programme du 1/07/2004  au 30/06/2010

Direction de programme : Tradition et contestation : Eléments pour une éthique de la transmission

Résumé : Longtemps négligée, la notion de tradition occupe aujourd’hui une place centrale en philosophie comme en anthropologie. Dans de multiples controverses, cette notion est cependant mobilisée comme un argument d’autorité. Si l’invocation de la tradition connaît une inflation sans précédent, philosophes et anthropologues n’en questionnent pas nécessairement la nature, les implications, les impensés. Quel que soit l’usage fait de cette notion, nul ne semble douter que la tradition renvoie à quelque chose d’ancien, se transmettant de génération en génération. Pour certains, cette ancienneté devrait fonder des politiques religieuses, sociales ou culturelles. Or, depuis plus de cinquante ans, les sciences sociales font la critique d’une telle représentation « substantialiste » de la tradition. De nombreux travaux contestent non seulement l’idée selon laquelle la tradition possède des propriétés intrinsèques, comme l’ancienneté ou la continuité mais, plus encore, récusent son caractère prospectif. Différents auteurs ont ainsi souligné les « illusions rétrospectives », les « inventions » ou le travail de « fabrication » qui constituent la tradition. Pour une large part, ces approches novatrices ont été ignorées des philosophes. Elles demandent à être prises en compte du point de vue du statut philosophique de la tradition.
Ce programme propose d’étudier la tradition d’un point de vue philosophique, en abordant cette question à partir des acquis des sciences sociales, notamment de l’anthropologie. Il s’agit moins de revenir de manière critique sur les lectures philosophiques de la tradition, et sur les malentendus auxquels elles ont donné lieu, que de questionner parallèlement les perspectives anthropologiques. Car, bien souvent, le point de vue de l’anthropologie sur la tradition consiste moins à dépasser la position « substantialiste » du philosophe qu’à l’inverser. De fait, la perspective anthropologique reste tributaire de représentations culturelles et politiques inhérentes au substantialisme. Ce sont ces représentations, et les pratiques de recherches qui en dérivent, que nous souhaitons d’abord interroger. Par suite, nous proposerons une autre approche de la tradition qui permet d’en renouveler la compréhension et l’expérience. Cette approche repose sur trois arguments qu’il s’agira de défendre et d’illustrer : a) la tradition n’est pas une chose transmise de main en main ; b) elle ne se confond pas avec l’institution qui la représente ; c) elle n’est pas un principe de conformité mais une puissance de contestation. Tous ces arguments contribueront à la défense de la thèse centrale de ce programme de recherche : la tradition n’est pas une chose qui se puisse posséder, elle est une modalité du rapport au passé qui accepte la contestation qui nous vient de lui.