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Guillaume SIBERTIN-BLANC

Ancien(ne) Directeur de programme du 1/07/2010  au 30/06/2016

Direction de programme : Les modes critiques de subjectivation

Résumé : Sous différentes tendances, la pensée politique contemporaine s'est vue polarisée depuis une dizaiane d'année par un questionnement sur les modes de constitution de la subjectivité : on demande comment ils ont pris dans des rapports de pouvoir multiples qui en déterminent les formes, les crises et les transformations ; on interroge aussi la façon dont ils sont partie prenante dans ces rapports, y suscitent des exigences imprévues, en conditionnent les antagonismes et les devenirs. Ce questionnement réactive à bien des égards - les référents discursifs changeant - des problèmes intensément élaborés au fil des années 1960-1970, et peut peut-être même s'interpréter comme l'effet après-coup de leur irrésolution ou de leur impasses. Ce qui ne signifie pas qu'il n'ait sa spécificité, et ses coordonnées actuelles propres, dont l'investigation en cours se décline inévitablement au multiple. On peut en repérer bien des signes : la réappropriation de l'héritage de la «théorie critique» de l'École de Francfort et de la sociologie de la «reconnaissance»; le renouveau de recherches post-marxistes sur les modes de subjectivation immanents aux luttes collectives et sur la «surdétermination» des identités qui s'y cristallisent ; le développement des études post-coloniales et des Subaltern Studies renouvelant la compréhension des mécanismes d'intériorisation subjective des rapports de domination et de résistance; les tentatives d'élaboration de nouveaux paradigmes pour penser des formes de subjectivité structurellement «précaires» ou «vulnérables» sur fond de conflits de normativité psychique et sociale... Cette diversité témoigne de la vitalité théorique suscitée par ce questionnement, au risque aussi de l’éclectisme. Nous proposons de développer un programme de recherche se donnant pour objectif de cartographier ce champ protéiforme de la pensée politique contemporaine, d'en préciser les principales lignes de forces, d'en différencier les tendances et les présupposés, afin d'en mieux cerner lignes de convergence et de démarcation, dans leur implications théoriques et politiques.
Ce programme se développerait sur deux axes méthodologiques principaux :
A/ Une cartographie des principaux paradigmes théoriques légués par l'histoire du XXe siècle pour penser les mécanisme d'incorporation subjective des tensions et des antagonismes du monde contemporain : la prolétarisation, la colonisation, la "#minoration"#, dont il conviendra, à travers l'examen des divers courants de recherche susmentionnés et leur confrontation, d'interroger les liens complexes (de prolongement, d'intériorisation et de différenciation).
B/ La construction de certains opérateurs transversaux permettant d'analyser concrètement ces processus de subjectivation critiques en tenant compte de la pluralité des variables historiques et des conjonctures qui en déterminent les conditions : l'espace (ou la territorialisation de la subjectivité), le langage (ou l'assignation du sujet dans le discours), la violence (ou la constitution du sujet dans les rapports de violence, en tant qu'il en répond, l'exerce ou la subit).