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Diogo SARDINHA

Ancien(ne) Directeur de programme Portugal  du 1/07/2010  au 30/06/2016

Direction de programme : Violence et politique : L'émeute comme forme de mouvement sauvage

Résumé : Le début du XXIe siècle français restera marqué par l’ampleur des émeutes des banlieues, à l’automne 2005. Ces événements ont suscité nombre de publications en sociologie, science politique et histoire, cette dernière s’étant intéressée aux mouvements insurrectionnels du passé, par rapport auxquels elle a tenté de dégager les similitudes et les écarts avec le présent. Pour la philosophie, il s’agit de partir de cette réflexion à la croisée des savoirs, en vue d’examiner les liens entre la violence et la politique.
Les soulèvements populaires sont envisagés ici comme des formes de mouvement sauvage, expression dépourvue de toute connotation péjorative. Lévi-Strauss a enlevé du mot sauvage ses relents d’insulte, montrant que ceux qui ont trop souvent été appelés sauvages ne sont ni incultes ni barbares, mais possèdent une culture et un langage en rien inférieurs à ceux des « civilisés ». Il n’en reste pas moins que d’autres « sauvages » semblent apparaître aujourd’hui non plus à l’extérieur de la « civilisation », mais en son intérieur, sous la figure des « bandes », des « casseurs », de « la racaille ». Un premier effort consistera à revendiquer, à l’encontre de la morale courante d’où sort ce vocabulaire, une nouvelle pensée sauvage qui rompe avec les partages hâtifs. Ces partages sont élaborés non seulement par le sens commun, mais encore par la philosophie, y compris la plus critique : on étudiera l’exemple de Kant et de ce qu’il écrit au sujet du peuple, de la nation, de la populace et de la canaille.
En outre, l’émeute sera envisagée dans un sens très proche de son étymologie – motus, le mouvement. Meute et émeute gardent la trace de cette origine latine commune, à laquelle elles ajoutent une charge indubitablement violente. Toutefois, elles ne véhiculent pas la même forme de violence. Meute signifie une troupe de chiens courants dressés pour la chasse et, au figuré, bande, troupe de gens attachée à la poursuite, à la perte de quelqu’un. En contrepartie, émeute acquiert le sens de soulèvement populaire, avec une idée de violence et sans celle de contenu politique, à la différence de révolution et même de révolte, explique le Dictionnaire historique de la langue française. Il y a ainsi d’un côté une violence dressée, lancée à l’encontre d’une proie, que ce soit une bête ou bien une personne ; et de l’autre côté une violence dont la cible n’est pas clairement définie, dans la mesure où l’émeute est un éclatement collectif contre une situation d’oppression.
Partant de ces notions, il est temps de repenser les liens entre la subjectivité, l’humanité et l’émancipation, concepts centraux pour la réflexion sociale contemporaine.