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Claire PAGÈS

Actuel(le) Directeur de programme du 01/07/2013  au 30/06/2019

Direction de programme : Au croisement du psychique et du social

Résumé : Nous posons la question de savoir comment les dimensions humaines du psychique et du social interfèrent entre elles. D’une part, dans quelle mesure et comment la vie psychique vient modifier des mécanismes sociaux généraux, si bien qu’il faut apprendre à les connaître si on veut comprendre certains phénomènes d’abord étiquetés comme phénomènes « sociaux » ? D’autre part, comment et jusqu’à quel point les changements socio-historiques ont-ils une incidence sur la façon dont se déroule la vie psychique de l’individu ? Sont-ils à même de modifier les destins psychiques de ses représentations gouvernés pour partie par ses mécanismes inconscients ?
Or, ces interférences entre psychique et social, c’est-à-dire aussi l’existence pour bien des phénomènes, en particulier des symptômes et des souffrances, d’une causalité mixte, résolument psychosociale, a souvent été occultée. En effet, la psychanalyse « traditionnelle » a été accusée d’être porteuse d’une conception « internaliste » de l’homme et, par conséquent, de ne pas prendre acte de ce que nous proposons d’appeler le « déterminant d’extériorité » qui intervient dans les pratiques et surtout les souffrances de celui-ci. Quel remaniement cette profonde remise en cause doit-elle alors imposer ? Mais il existe aussi des schèmes d’analyse présents au sein de cette même psychanalyse qui témoignent d’une prise en compte de ce déterminant social et auxquels il serait intéressant de faire retour. En outre, ce parcours exige de revenir sur la prise en compte de la dimension proprement psychique chez les théoriciens du social. Est-il toujours et adéquatement fait droit et place à ce qui n’est pas de l’ordre de la seule détermination sociale mais qui ressortit à la logique affective sous-jacente, au travail du fantasme, etc. ?
- Cela engage d’abord une réflexion sur la modification sociohistorique et culturelle des processus psychiques. Qu’est-ce qui, dans la vie affective, obéit à des processus psychiques transhistoriques qui confèrent aux sentiments une certaine universalité ? Et qu’est-ce qui, au sein des affects, est déterminé par un contexte historique ?
- Cette question induit ensuite une réflexion sur la modification des catégories cliniques permettant de décrire et de diagnostiquer les troubles psychiques. Si les mécanismes inconscients de défense se déplacent et changent de forme au cours de l’histoire – selon l’idée suivant laquelle on ne souffre pas de la même manière et de la même chose à toutes les époques – les catégories nosographiques sont conduites à se modifier elles aussi.
- Enfin, il faut interroger les limites de la perméabilité de la vie psychique inconsciente au social, soit les résistances de l’inconscient aux incidences du socio-historique. En effet, à affirmer sans cesse la constitution intersubjective des processus individuels, la texture interindividuelle du sujet, on finit par perdre de vue l’existence de phénomènes et de souffrances irréductibles à cette causalité sociale même diffuse. Il existe une causalité proprement intrapsychique selon laquelle les personnes souffrent aussi parfois de leurs propres fantasmes, du pouvoir qu’a l’esprit de se rendre lui-même malade.