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Seloua LUSTE BOULBINA

Ancien(ne) Directeur de programme du 1/07/2010  au 30/06/2016

Direction de programme : La décolonisation des savoirs

Résumé : Dans l’émergence des questionnements contemporains dans les domaines qui touchent à la vie sociale, culturelle et politique, il est un problème qui mérite d’être pleinement et sérieusement traité : celui de la décolonisation des savoirs. La décolonisation, en effet, ne concerne pas seulement la politique mais aussi la culture. Elle ne concerne pas seulement l’imaginaire mais, également, la rationalité. Ainsi, de nombreux discours scientifiques restent encore aujourd’hui marqués, dans leur langage si ce n’est dans leur discours, par la subalternisation de certaines populations comme de certaines questions et de certains problèmes. Le propos, ici, n’est pas d’entreprendre une critique systématique ni de dresser un inventaire de ces façons problématiques de penser et de faire. Il est de tracer les éléments d’une généalogie alternative qui parte des auteurs et des penseurs qui, parmi les premiers, se sont efforcés de penser autrement, c’est-à-dire aussi dans un autre langage, les réalités coloniales et postcoloniales.
Le projet est à l’intersection d’intersections car il envisage d’effectuer la recherche par la littérature autant que par l’examen de textes théoriques considérés comme outils de référence. Philosophie, littérature et sciences humaines sont sollicitées dans ce projet qui engage une politique de la rationalité. Les marges du savoir peuvent, ainsi, être volontairement placées au centre supposé, ce faisant, le déplacer voire le faire, dans ce déplacement, disparaître. Le fil directeur de la recherche est celui de la subjectivation. Je regarderai comment l’histoire, coloniale en particulier, est traitée, notamment dans l’œuvre de Kateb Yacine et d’Assia Djebar et pour examiner, ce faisant, la décolonisation par la littérature. J’étudierai, de façon comparative, des auteurs novateurs dans ces questions : Frantz Fanon et Edward Saïd d’abord, Edouard Glissant et Stuart Hall ensuite, pour déterminer les catégories générales à partir desquelles des savoirs décolonisés peuvent être à la fois conçus et construits. J’examinerai par quelles voies le travail philosophique de Jacques Derrida peut aboutir à une conception ouverte de savoirs décolonisés dans lesquels les sujets retrouvent leur véritable mesure. C’est aussi, tels sont les enjeux, une façon de se demander ce qu’est un objet philosophique et de savoir comment traduire des expériences différentes, voire opposées, dans un langage commun.