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Evelyne GROSSMAN

Ancien(ne) Directeur de programme du 1/07/2004  au 30/06/2010

Direction de programme : Vérités de la littérature

Résumé : Hypothèse dont j’aimerais partir : tout un courant de la pensée moderne (où se croisent littérature, philosophie, psychanalyse) se définit comme une passion de l’interprétation à mesure même que semble perdue la croyance en la vérité, – une interprétation infinie s’exerçant à travers la langue et l’écriture.
L’œuvre d’art travaille “là où la vérité manque”, dit Blanchot, dans l’entrelacs du oui et du non, “le flux et le reflux de l’ambiguïté essentielle”. Cet “espace littéraire”, comme le nomme Blanchot, est proche de ceux qu’explorent Jacques Derrida au titre de la “déconstruction” ou Gilles Deleuze lorsqu’il définit le philosophe moderne comme un inventeur de concepts (« pensée est création, non pas volonté de vérité »).
On sait les reproches qui ont pu être adressés, à tort ou à raison, à tel ou tel de ces discours : tentation du nihilisme, irresponsabilité politique, discours de l’équivalence généralisée, perte des « valeurs », retrait mélancolique. Et pourtant, dans ces espaces d’écriture intenables, attentifs à l’impensé des discours de la vérité, à la fêlure des mots, à l’équivocité du sens, le vrai est ce qui pourra, peut-être, suggère Blanchot, « avoir lieu », loin de toute pétrification en dogme, vérité révélée, corps de doctrine...
On tentera l’analyse de ces événements de pensée – au sens où Derrida définit l’événement comme l’imprévisible, l’incalculable – qui surviennent dans un certain nombre d’écritures littéraires et philosophiques modernes. Il faudra par exemple réfléchir à la remise en question des partages entre vrai et faux, vérité et erreur, à laquelle ces écritures se livrent ; on pourra y voir une invite à envisager de nouveaux régimes de pensée et d’écriture. Il faudra en outre essayer de repenser la subversion des partages catégoriels qu’elles mettent en pratique, redistribuant les échanges entre discours philosophiques, littéraires et psychanalytiques, du point de vue de la vérité. En ce sens ces écritures nous suggèrent peut-être d’inventer d’autres pratiques, borderline ou post-identitaires, de la vérité.