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Emmanuel BAROT

Ancien(ne) Directeur de programme du 1/07/2007  au 30/06/2013

Direction de programme : Sciences dialectiques

Résumé : L’objectif du programme est d’examiner à la lumière de travaux récents les rapports variés entre sciences et dialectiques, tels qu’ils peuvent se tramer en philosophie des mathématiques d’un côté, en philosophie des sciences sociales de l’autre.
On partira d’une double distinction comme hypothèse de travail. (a) L’on distingue d’une part les conceptions philosophiques du vrai des conceptions épistémologiques, les dernières rabattant la question du vrai à celle des conditions pour l’essentiel « correspondantistes » de l’objectivité du savoir, les premières redoublant a contrario cette formulation scolastique de la vérité par une méditation sur le vrai comme procès advenant au réel et à la pensée en et au-delà du champ de l’objectivation. (b) D’autre part, dans le rapport sciences-dialectiques, on rappelle que l’histoire nous lègue une opposition entre deux types de postures : entre celles qui, en faveur du régime du faire-science objectif, ou à l’opposé, du régime de la rationalité dialectique, militent pour une non-contamination mutuelle, et donc pour leur extériorité réciproque, et celles qui, au contraire, sous des modalités variables, plaident pour leurs mises à l’épreuve respectives, et donc pour un dialogue présumé fécond.
La charnière entre les deux séminaires du programme sera la méditation de la Critique de la raison dialectique de Sartre, avec au centre, une expérience de transfert conceptuel de son dispositif portant sur l’être social, dans le champ de la philosophie des mathématiques.
(I) Le programme, dans son premier séminaire de « philosophie des mathématiques », réouvrira d’abord le « dossier Hegel » pour examiner ce que nous livre la Science de la logique sur le mathématique. Cet examen sera ensuite poursuivi par celui des tentatives actuelles de sa formalisation logique, visant à la justifier en partie en opposition avec l’esprit hégélien lui-même. Enfin on relèvera ses instructifs écarts et ses proximités avec l’étonnante dialectique néo-platonicienne d’A. Lautman. Revenant à l’idée spinoziste de l’immanence du vrai aux pratiques théoriques, on procèdera donc à cette lecture transposante de la Critique de Sartre et du fétichisme de la marchandise pensé par Marx, pour voir si l’interprétation du devenir mathématique comme procès pratico-inerte sans objet ni sujet pourrait faire sens dans le débat actuel.
(II) La lecture, reprise en son sens « légitime », de la Critique où Sartre examine les conditions de l’appréhension de la vérité en histoire à partir d’une étude des formes structurelles et processuelles de la socialité, nous amènera au second séminaire de « Philosophie des sciences sociales » du programme. Entre Machiavel, Marx et Foucault, on examinera alors les réquisits attachés à l’idée d’une science de l’homme dûment refondée, et l’on s’interrogera en particulier sur cet exercice d’une « science de l’homme Flaubert » que représente l’immense L’idiot de la famille de Sartre. Le fil directeur sera toujours alors le statut et le rôle de la dialectique comme opérateur entre le philosophique et le scientifique, que l’on s’efforcera de poussera dans ses ressorts heuristiques par l’étude socio-anthropologique des phénomènes idéologique et utopique.
Peut-être fera-t-on finalement surgir, avec Foucault, l’idée selon laquelle le politique serait lieu de vérité, et avec Sartre, qu’il le serait comme manifestation d’un Etre social qui ne peut être Etre qu’en se faisant dépassement humain de ‘soi’ toujours déjà englué dans ses productions. Se demander si la rationalité dialectique, en cette hypothèse, pourrait œuvrer à une nouvelle interface entre sciences et politique, serait alors un objet de choix pour les débats attendus et souhaités dans ce programme.