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Hicham-Stéphane AFEISSA

Ancien(ne) Directeur de programme du 1/07/2010  au 30/06/2011

Direction de programme : La communauté des êtres de nature. Pour une philosophie de l'environnement

Résumé : L’enquête que nous souhaiterions conduire prendra la forme, en un premier temps, d’une généalogie philosophique du questionnement écologique, trouvant son point de départ dans les réflexions angoissées que le péril de la bombe atomique a pu inspirer pendant l’entre-deux-guerres. Il s’agira de se demander ce que peut bien être en son essence la crise à laquelle nous sommes confrontés pour se laisser penser indifféremment dans les termes de l’apocalypse nucléaire et dans ceux de la catastrophe écologique.

En un second temps, il faudra se demander si l’on peut traiter des problèmes différents (la menace atomique, les périls écologiques) à l’intérieur d’un même cadre d’analyse, et si cette manière de procéder n’exerce aucune contrainte sur les propositions qui vont être avancées pour sortir de la crise. Notre objectif sera de montrer que l’approche qui est privilégiée en Europe par les théoriciens de l’écologie a hérité de la pensée du danger du nucléaire un parti pris anthropocentrique, empêchant de poser les problèmes environnementaux dans toute leur radicalité.

L’éthique environnementale anglo-américaine devra, en un troisième temps, être mise au centre de l’attention, en tant qu’elle entreprend d’interroger la crise écologique comme une crise des systèmes de moralité. Il s’agira à ce niveau, non pas d’opposer une approche à une autre, mais de construire un espace d’interlocution où les penseurs de l’écologie, de part et d’autre de l’Atlantique, pourront dialoguer en s’instruisant de leurs différences mêmes. Nous tenterons de mettre au jour de possibles points de jonction, non pas toutefois en accompagnant, pour ainsi dire, un mouvement de convergence qui n’attendrait que d’être révélé pour s’effectuer pleinement, mais bien en le forçant au moyen d’une analyse critique dénonçant, d’une part, le défaut de radicalité constitutif de la méthode de problématisation continentale, et, d’autre part, le risque de blocage idéologique auquel s’expose l’éthique environnementale en mettant au centre de toutes ses élaborations le concept de valeur intrinsèque des entités du monde nature.

A cette fin, nous proposons de développer une théorie d’éthique environnementale originale laquelle repose sur l’idée selon laquelle une communauté morale réunissant les êtres humains et les êtres de nature (tels que les animaux, mais aussi d’autres entités du monde naturel) peut exister sur le fondement des « intérêts » qu’ils partagent. Il conviendra enfin de montrer que la considération morale que l’ensemble de ces êtres exige doit se décliner selon une pluralité de critères, qui n’implique en rien de confondre les devoirs que nous avons envers un être humain avec ceux que nous avons envers les autres êtres de nature.