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Valérie GERARD

Actuel(le) Directeur de programme du 01/07/2016  au 30/06/2022

Direction de programme : « Dis-moi qui tu aimes... » : une autre approche de la sensibilité en politique

Résumé : Cette recherche vise à élucider le sens politique profond d’une position à première vue scandaleuse : en politique on peut préférer avoir tort avec ses amis plutôt que d’être dans le vrai avec ses ennemis. Tenir à ses pensées en étant indifférent au fait qu’elles nous placent aux côtés de tels ou tels serait même politiquement irresponsable.
L’idée est que les affinités sont premières en politique, où il s’agit de trouver possible et désirable de partager le monde. Sachant que toute pensée se situe dans des champs de force, dans des luttes, préférer et rejoindre telle compagnie, c’est déjà donner de l’existence et de la force à une forme de communauté politique souhaitée.
Il s’agit aussi de comprendre en quoi la manière de porter des idées, loin d’être une question purement rhétorique, purement technique, à une signification politique. En être conscient, et être conscient qu’on adhère à des idées politiques par goût, témoigne d’une sensibilité à la politique : sensibilité à la coexistence des hommes et à ce qui leur arrive du fait de l’organisation de cette coexistence.
Ce programme tentera donc de mettre au jour les ressorts d’une telle sensibilité, qui politise le rapport au monde et dispose à l’engagement, et de penser l’ancrage de cette sensibilité, notamment, dans les affinités. L’approche sera philosophique, sociologique, littéraire, psychanalytique ; elle partira aussi des portraits d’hommes politiques, de révolutionnaires, qu’on trouve dans des moments de haute intensité politique.
Il travaillera l’hypothèse suivante : penser politiquement, c’est donc penser à partir de la coexistence (d’où la pensée d’un sens commun) et en situant la pensée (ce qui suppose de la partialité) – la sensibilité politique ancrée dans des affinités crée à la fois du lien et du dissensus.
Les textes de Hannah Arendt sur le jugement et la révolution, ceux de Virginia Woolf qui problématisent les rapports entre goût pour la politique, goût pour les idées et goût pour les gens, les textes où se théorise et se politise l’idée de goût au XVIIIème siècle, constitueront notre point de départ pour préciser la place de la sensibilité, des principes, de la raison, des manières de parler, et, finalement, du philosophe, dans la vie politique, et pour problématiser le lien entre affections, raison, affinités et conflictualité.