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Anoush GANJIPOUR

Actuel(le) Directeur de programme du 01/07/2013  au 30/06/2019

Direction de programme : Deux devenirs pour la philosophie grecque : l'être et la subjectivité entre la philosophie orientale et la philosophie moderne

Résumé : L’idée directrice de ce projet d’études comparatives est la suivante : la philosophie en terre d’islam, notamment après Averroès et en Iran islamique, doit être considérée comme l’accomplissement d’un autre devenir de l’héritage de la philosophie grecque. Cette philosophie que ses tenants ont préféré eux-mêmes appeler la philosophie ou sagesse orientale n’est donc pas radicalement étrangère à ce devenir européen de l’héritage grec qui consiste en la philosophie occidentale. Et pourtant, les orientations qu’ont prises ces deux traditions philosophiques en question diffèrent à ce point que ces traditions ont fini par devenir méconnaissables l’une pour l’autre. La science galiléenne et son résultat ultime, la mort de Dieu, sur lesquels la philosophie moderne s’est articulée ont défait les derniers rapports subsistants et exclu a priori toute traductibilité entre les deux discours philosophiques. Je propose donc de qualifier ce mode particulier de la relation entre la philosophie orientale et la philosophie en Occident d’in-dépendance – en contraste avec l’in-différence qui caractérise selon François Jullien la relation d’une pensée absolument autre, comme la pensée chinoise, avec la philosophie occidentale. La construction d’un champ comparatiste à partir de cette in-dépendance, laquelle inclut aussi bien le rapport que le non-rapport, doit nous permettre de saisir les impensés de chacun de ces deux devenirs différenciés du moment inaugural de la philosophie grecque, précisément à travers l’autre devenir.
Ma démarche comparatiste suivra le mouvement qui lie les trois thématique majeurs de la philosophie orientale, à savoir l’Être, l’Apparaître et le Sujet. Simplement, la comparaison les parcourra à deux reprises : une fois, elle le fait sous le mode de rapport ; et la seconde fois, sous le mode de non-rapport. La comparaison par le rapport prépare d’ailleurs la comparaison par le non-rapport. Dans tous les cas, il s’agira d’engager les deux traditions philosophiques ensemble dans un processus constructiviste au sens où la démarche comparatiste vise à les rendre significative l’une pour l’autre. Les rapprochements et les écarts entre la philosophie orientale et les formes du monisme (Spinoza) ou de l’idéalisme (Schelling) philosophiques ou encore de la théorie du sujet antiphilosophique (Kierkegaard et Lacan) dans la tradition occidentale servent en dernier ressort à actualiser la philosophie propre au discours de l’islam du point de vue de la pensée contemporaine et, en retour, à aider un tant soit peu ladite philosophie à sortir de son impasse interne actuelle.