image philosophie

Emmanuel SALANSKIS

Actuel(le) Directeur de programme du 01/07/2013  au 30/06/2019

Direction de programme : Nietzsche et la pensée évolutionniste du XIXe siècle

Résumé :  Le présent programme de recherche vise à clarifier la conception de l'évolution de Nietzsche à partir de son dialogue critique avec la pensée évolutionniste du XIXe siècle. En effet, la Nietzsche Forschung récente a été marquée par un débat entre des interprétations darwinistes et anti darwinistes de Nietzsche. Ce débat a montré la nécessité de se référer aux sources évolutionnistes du philosophe, au delà de la seule question du darwinisme, qui admet en réalité des définitions différentes dans la deuxième moitié du XIXe siècle. À travers une lecture génétique et intertextuelle de l'œuvre nietzschéenne, nous défendrons l'idée qu'elle répond, de manière critique, au principal enjeu de la théorie de l'évolution après la parution de L'Origine des espèces (1859) : l'application à l'homme du point de vue évolutionniste. Notre démarche se situe à l'interface entre philosophie et histoire des sciences, ce qui n'exclut pas de prendre en compte les aspects axiologiques et politiques de la réflexion nietzschéenne, ainsi que certains de ses prolongements scientifiques plus contemporains.
Nous privilégierons trois axes au sein de cette recherche. Le premier concerne la théorie de la connaissance de Nietzsche, que nous rapporterons aux premières épistémologies évolutionnistes allemandes. Le propre de celles-ci, chez des auteurs comme Hartmann, est de naturaliser l'a priori kantien dans le cadre de l'évolution darwinienne. Nous montrerons que Nietzsche traduit cette orientation dans une philosophie perspectiviste et fictionnaliste, ce qui fait de lui un épistémologue évolutionniste plus radical que Lorenz. Le deuxième axe essentiel du programme portera sur le concept de généalogie, considéré sous l'angle du dialogue de Nietzsche avec l'anthropologie évolutionniste. Nous examinerons les raisons pour lesquelles la Généalogie de la morale (1887) récuse le progressisme anthropologique, arguant que la civilisation des mœurs n'a pas produit d'effet héréditaire. Cette thèse sera rapprochée de l'idée, promue par la psychologie évolutionniste contemporaine, d'un « décalage évolutif » entre nos instincts hérités et notre environnement civilisé. Enfin, nous poserons la question de l'eugénisme nietzschéen, qui est indispensable pour comprendre la nazification de Nietzsche sous le Troisième Reich. L'objectif sera de recontextualiser un discours biopolitique dont les racines dans la littérature post darwinienne ont été largement oubliées.