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Rencontre 

Écrans philosophiques

CIPh

dateDate : 14/11/2019 heure Début : 20h30 -> Fin : 23h30  O.K.

lieu Adresse : Cinéma Le Méliès, 12 place Jean Jaurès, 93100 Montreuil

Résumé : Cycle conçu par la Maison populaire et organisé avec le Collège international de philosophie en collaboration avec le cinéma Le Méliès (Montreuil) dans le cadre de la convention liant ces trois institutions.


En coopération avec la Maison populaire de Montreuil et le cinéma « Le Méliès » à Montreuil, le Collège international de philosophie donne carte blanche à un(e) philosophe pour proposer et présenter un film, qui a, pour elle ou lui, une résonance singulière en raison de ses recherches ou de ses préoccupations actuelles. Chaque film, diffusé au Méliès, est suivi d’une courte conférence dont l’enjeu est l’approche d’un problème philosophique, et d'un débat avec le public.

Programme des séances :

Jeudi 17 octobre :
Nous sommes le peuple !
Film : Les Raisins de la colère (The Grapes of Wrath), John Ford (États-Unis, 1940, 2h09)
Présenté par Gérard Bras, professeur honoraire de philosophie en classes préparatoires, ancien directeur de programme au CIPh

C’est par ces mots de Ma’Joad (« We are the people ! ») que se clôt le film de Ford, tourné en 1940, avec Henri Fonda pour la troisième fois en deux ans.
U.S.A, État de l’Oklahoma, milieu des années trente. À cause du « progrès », sous pression de la banque, la famille Joad est contrainte à l’exil. Ford montre ces hommes qui ont façonné la terre, qui se sont façonnés par leur travail, comptés pour rien, lancés sur la route 66 à la recherche d’une « terre promise », la Californie, où ils ne rencontrent que surexploitation, oppression et répression, finance, travail précaire, conflits. Chef d’œuvre du clair-obscur, le film embarque littéralement le spectateur avec les Joad et leurs semblables, manière d’intervenir dans la conjoncture qui est la sienne. Et pourtant il ne saurait s’y réduire.
Comment se constitue un « Nous, peuple » ? A quelles conditions se présente-t-il sur un mode d’émancipation ? Sous quelle forme apparaît-il dans le film ? Il n’est pas certain que ces questions, à l’intersection de l’esthétique et de la politique, soit traitées ici sur un mode classique. Mais c’est en se situant au plus près du film qu’il faut les aborder.

Jeudi 14 novembre :
Une lecture eckhartienne d’Alfred Hitchcock : l’image dés-imaginée. L’impératif esthétique
Film : Fenêtre sur cour (Rear Window), Alfred Hitchcock (États-Unis, 1954, 1h49)
Présenté par Isabelle Raviolo, directrice de programme au CIPh

Avec Fenêtre sur cour, nous interrogerons le pouvoir d’attraction des images, notre rapport à elles : lien de fascination qui semble détrôner tout discours rationnel : « La raison a beau crier, elle ne peut mettre son prix aux choses. » disait Pascal dans ses Pensées. Mais si l’imagination « prévaut », qu’en est-il alors de notre regard sur nous-mêmes, les autres et le monde ? Est-il le fruit de notre imagination ? On peut alors se demander si le réel auquel nous disons avoir accès n’est pas un réel imaginé – un réel dont le cinéma serait le double. Mais au fond que cherchons-nous en mettant en images sinon à habiller la nudité du réel, l’insupportable nudité d’un réel précaire ? Hitchcock analyse ici la condition de l’image, et montre avec beaucoup de subtilité comment elle doit être perçue pour passer du statut de « fantasme » ou d’ « idole » à celui d’ « imago » ou d’ « icône ». Un renversement s’opère, doit s’opérer. L’image hitchcockienne doit en passer par ce que nous appellerons l’impératif esthétique, c’est-à-dire la dés-imagination. C’est dans cette exigence même que nous rejoindrons le concept d’Entbildung (dépassement des images) au prisme duquel nous proposerons une lecture inédite du film d’Alfred Hitchcock.

Jeudi 12 décembre :
Le Gai savoir : rhétorique et érotétique godardiennes 
Film : Le Gai Savoir, Godard (France/RFA, 1968, 1h35)
Présenté par Vincent Berne, docteur en philosophie, Service Historique de la Défense, Vincennes 

Au printemps 1967, l’ORTF demande à Jean-Luc Godard de réaliser un film d’inspiration rousseauiste sur l’éducation et l’apprentissage, en référence à l’Emile (1762) : un garçon que le lycée incommode se propose de tirer enseignement de ses propres observations, considérant la nature, les gens, la situation historique, les outils de communication. L’emprunt du titre à Nietzsche ne dit que l’allégresse qu’accompagne cet apprentissage. Au printemps suivant, la contestation du pouvoir gaulliste prend un tour insurrectionnel, et, un peu partout, l’heure est à la philosophie, même brouillonne, même ingénue. Il faut désapprendre les représentations communes : à la vacuité observée de l’ordre bourgeois, présenté comme forme de vie par défaut mais « qui fait rimer information et répression, ordure et culture » (voix de JLG), s’oppose la surface vierge du tableau noir (ici, le plateau) par le biais duquel tout doit être réappris. Si par son thème, la rééducation, Le Gai savoir (1969) s’inscrit dans ce qu’il est convenu d’appeler les « années Mao » du cinéaste, c’est à l’althussérisme que le film fait en réalité référence, une doctrine selon laquelle « le marxisme est encore à inventer, comme le sens réappris des actions les plus élémentaires » (Rancière). Mais le fait que le film ait défié la censure (avec l’aide de l’Union des écrivains) est un détail en comparaison des stratégies discursives et stylistiques voir et à entendre dans le film, les procédures de questionnement, ou érotétique, gagneraient à être rapportées à un trait distinctif de la rhétorique godardienne qui est de tirer vers l’agonal, plutôt que vers l’irénique, la coopération linguistique et cognitive. Cette tendance se traduit par la subversion contrôlée de certaines règles, qu’elles soient linguistiques, conversationnelles ou qu’elles ressortissent au principe de politesse censé adoucir les interactions verbales. mises en place. Cette tentative d’application de la pédagogie althussérienne invite aujourd’hui à s’interroger sur la conception que Godard se fait de l’échange linguistique. Telles qu’elles se donnent à voir et à entendre dans le film, les procédures de questionnement, ou érotétique, gagneraient à être rapportées à un trait distinctif de la rhétorique godardienne qui est de tirer vers l’agonal, plutôt que vers l’irénique, la coopération linguistique et cognitive. Cette tendance se traduit par la subversion contrôlée de certaines règles, qu’elles soient linguistiques, conversationnelles ou qu’elles ressortissent au principe de politesse censé adoucir les interactions verbales.

Jeudi 16 janvier :
M, une possibilité de réparation du soi ?
Film : M, Yolande Zauberman ( France, 2018, 1h46)
Présenté par Louis-Albert Serrut, docteur en sciences de l’art, auteur-réalisateur

Menahem après un long exil, revient dans son enfance, sa famille, les siens.
C’est un trou noir dans lequel nous entraîne la réalisatrice. Noir par sa photographie, par la nuit constante, par les vêtements des pieux hassidiques de Bneï Brak où revient Menahem, noir enfin par les aveux d’abus sexuels subis.
Une constante s’insinue au fil des rencontres, la question de l’ipséité, de l’appartenance à soi- même qui se pose aux enfants abusés. C’est le plus ultime de soi qui ne porte aucun dehors. Le viol les a dépossédés de cette propriété de soi qui précède l’être-sujet. Celui-ci ne devient qu’en un second temps détenteur de sa propre subjectivité, le cogito cartésien. Il s’agit là d’une intime et profonde rupture qui prévaut sur l’identité de l’individu. Dépossédé de ce soi originaire, il ne peut s’appartenir ni se connaître. L’ipséité caractérise l’être de l’humain comme être en avant de soi, un étant qui a à être. La nécessité d’une intellection du singulier, d’une saisie de l’individu, les victimes en ont été privées au moment de son nouage. Cette rupture a-t-elle un caractère définitif ? Menahem et les autres victimes cherchent-ils par leurs aveux mutuels à renouer le brin rompu, peuvent-ils y parvenir ? Ils décrivent l’ambiguïté de leur statut, empêchés de choisir entre haine et tendresse, pardon, devoir et justice.
Les conditions de la dépossession, la relation à l’histoire et à la religion juives ne changent rien à sa nature traumatique. Elles renvoient bien plutôt aux abus dans l’église catholique aussi bien qu’aux maltraitances des écoles coraniques comme paradigme de domination.
L’ipséité nous paraît la découverte majeure que propose le film, ce que nous discuterons.

Cinéma Le Méliès, Montreuil  - Tél. 01 83 74 58 20
Prix de la séance, conférence comprise :
• Plein tarif : 6 euros 
• Tarif réduit : 4 euros (moins de 26 ans, allocataires des minima sociaux, demandeurs d’emploi, plus de 60 ans, porteurs d’un handicap + place gratuite pour un accompagnateur)
• Tarif abonnés : 5 euros


Cycle coordonné par Vincent Jacques.

Pôle cinéma : Vincent Jacques et Jérôme Rosanvallon.




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Écrans philosophiques

CIPh

dateDate : 12/12/2019 heure Début : 20h30 -> Fin : 23h30  O.K.

lieu Adresse : Cinéma Le Méliès, 12 place Jean Jaurès, 93100 Montreuil

Résumé : Cycle conçu par la Maison populaire et organisé avec le Collège international de philosophie en collaboration avec le cinéma Le Méliès (Montreuil) dans le cadre de la convention liant ces trois institutions.


En coopération avec la Maison populaire de Montreuil et le cinéma « Le Méliès » à Montreuil, le Collège international de philosophie donne carte blanche à un(e) philosophe pour proposer et présenter un film, qui a, pour elle ou lui, une résonance singulière en raison de ses recherches ou de ses préoccupations actuelles. Chaque film, diffusé au Méliès, est suivi d’une courte conférence dont l’enjeu est l’approche d’un problème philosophique, et d'un débat avec le public.

Programme des séances :

Jeudi 17 octobre :
Nous sommes le peuple !
Film : Les Raisins de la colère (The Grapes of Wrath), John Ford (États-Unis, 1940, 2h09)
Présenté par Gérard Bras, professeur honoraire de philosophie en classes préparatoires, ancien directeur de programme au CIPh

C’est par ces mots de Ma’Joad (« We are the people ! ») que se clôt le film de Ford, tourné en 1940, avec Henri Fonda pour la troisième fois en deux ans.
U.S.A, État de l’Oklahoma, milieu des années trente. À cause du « progrès », sous pression de la banque, la famille Joad est contrainte à l’exil. Ford montre ces hommes qui ont façonné la terre, qui se sont façonnés par leur travail, comptés pour rien, lancés sur la route 66 à la recherche d’une « terre promise », la Californie, où ils ne rencontrent que surexploitation, oppression et répression, finance, travail précaire, conflits. Chef d’œuvre du clair-obscur, le film embarque littéralement le spectateur avec les Joad et leurs semblables, manière d’intervenir dans la conjoncture qui est la sienne. Et pourtant il ne saurait s’y réduire.
Comment se constitue un « Nous, peuple » ? A quelles conditions se présente-t-il sur un mode d’émancipation ? Sous quelle forme apparaît-il dans le film ? Il n’est pas certain que ces questions, à l’intersection de l’esthétique et de la politique, soit traitées ici sur un mode classique. Mais c’est en se situant au plus près du film qu’il faut les aborder.

Jeudi 14 novembre :
Une lecture eckhartienne d’Alfred Hitchcock : l’image dés-imaginée. L’impératif esthétique
Film : Fenêtre sur cour (Rear Window), Alfred Hitchcock (États-Unis, 1954, 1h49)
Présenté par Isabelle Raviolo, directrice de programme au CIPh

Avec Fenêtre sur cour, nous interrogerons le pouvoir d’attraction des images, notre rapport à elles : lien de fascination qui semble détrôner tout discours rationnel : « La raison a beau crier, elle ne peut mettre son prix aux choses. » disait Pascal dans ses Pensées. Mais si l’imagination « prévaut », qu’en est-il alors de notre regard sur nous-mêmes, les autres et le monde ? Est-il le fruit de notre imagination ? On peut alors se demander si le réel auquel nous disons avoir accès n’est pas un réel imaginé – un réel dont le cinéma serait le double. Mais au fond que cherchons-nous en mettant en images sinon à habiller la nudité du réel, l’insupportable nudité d’un réel précaire ? Hitchcock analyse ici la condition de l’image, et montre avec beaucoup de subtilité comment elle doit être perçue pour passer du statut de « fantasme » ou d’ « idole » à celui d’ « imago » ou d’ « icône ». Un renversement s’opère, doit s’opérer. L’image hitchcockienne doit en passer par ce que nous appellerons l’impératif esthétique, c’est-à-dire la dés-imagination. C’est dans cette exigence même que nous rejoindrons le concept d’Entbildung (dépassement des images) au prisme duquel nous proposerons une lecture inédite du film d’Alfred Hitchcock.

Jeudi 12 décembre :
Le Gai savoir : rhétorique et érotétique godardiennes 
Film : Le Gai Savoir, Godard (France/RFA, 1968, 1h35)
Présenté par Vincent Berne, docteur en philosophie, Service Historique de la Défense, Vincennes 

Au printemps 1967, l’ORTF demande à Jean-Luc Godard de réaliser un film d’inspiration rousseauiste sur l’éducation et l’apprentissage, en référence à l’Emile (1762) : un garçon que le lycée incommode se propose de tirer enseignement de ses propres observations, considérant la nature, les gens, la situation historique, les outils de communication. L’emprunt du titre à Nietzsche ne dit que l’allégresse qu’accompagne cet apprentissage. Au printemps suivant, la contestation du pouvoir gaulliste prend un tour insurrectionnel, et, un peu partout, l’heure est à la philosophie, même brouillonne, même ingénue. Il faut désapprendre les représentations communes : à la vacuité observée de l’ordre bourgeois, présenté comme forme de vie par défaut mais « qui fait rimer information et répression, ordure et culture » (voix de JLG), s’oppose la surface vierge du tableau noir (ici, le plateau) par le biais duquel tout doit être réappris. Si par son thème, la rééducation, Le Gai savoir (1969) s’inscrit dans ce qu’il est convenu d’appeler les « années Mao » du cinéaste, c’est à l’althussérisme que le film fait en réalité référence, une doctrine selon laquelle « le marxisme est encore à inventer, comme le sens réappris des actions les plus élémentaires » (Rancière). Mais le fait que le film ait défié la censure (avec l’aide de l’Union des écrivains) est un détail en comparaison des stratégies discursives et stylistiques voir et à entendre dans le film, les procédures de questionnement, ou érotétique, gagneraient à être rapportées à un trait distinctif de la rhétorique godardienne qui est de tirer vers l’agonal, plutôt que vers l’irénique, la coopération linguistique et cognitive. Cette tendance se traduit par la subversion contrôlée de certaines règles, qu’elles soient linguistiques, conversationnelles ou qu’elles ressortissent au principe de politesse censé adoucir les interactions verbales. mises en place. Cette tentative d’application de la pédagogie althussérienne invite aujourd’hui à s’interroger sur la conception que Godard se fait de l’échange linguistique. Telles qu’elles se donnent à voir et à entendre dans le film, les procédures de questionnement, ou érotétique, gagneraient à être rapportées à un trait distinctif de la rhétorique godardienne qui est de tirer vers l’agonal, plutôt que vers l’irénique, la coopération linguistique et cognitive. Cette tendance se traduit par la subversion contrôlée de certaines règles, qu’elles soient linguistiques, conversationnelles ou qu’elles ressortissent au principe de politesse censé adoucir les interactions verbales.

Jeudi 16 janvier :
M, une possibilité de réparation du soi ?
Film : M, Yolande Zauberman ( France, 2018, 1h46)
Présenté par Louis-Albert Serrut, docteur en sciences de l’art, auteur-réalisateur

Menahem après un long exil, revient dans son enfance, sa famille, les siens.
C’est un trou noir dans lequel nous entraîne la réalisatrice. Noir par sa photographie, par la nuit constante, par les vêtements des pieux hassidiques de Bneï Brak où revient Menahem, noir enfin par les aveux d’abus sexuels subis.
Une constante s’insinue au fil des rencontres, la question de l’ipséité, de l’appartenance à soi- même qui se pose aux enfants abusés. C’est le plus ultime de soi qui ne porte aucun dehors. Le viol les a dépossédés de cette propriété de soi qui précède l’être-sujet. Celui-ci ne devient qu’en un second temps détenteur de sa propre subjectivité, le cogito cartésien. Il s’agit là d’une intime et profonde rupture qui prévaut sur l’identité de l’individu. Dépossédé de ce soi originaire, il ne peut s’appartenir ni se connaître. L’ipséité caractérise l’être de l’humain comme être en avant de soi, un étant qui a à être. La nécessité d’une intellection du singulier, d’une saisie de l’individu, les victimes en ont été privées au moment de son nouage. Cette rupture a-t-elle un caractère définitif ? Menahem et les autres victimes cherchent-ils par leurs aveux mutuels à renouer le brin rompu, peuvent-ils y parvenir ? Ils décrivent l’ambiguïté de leur statut, empêchés de choisir entre haine et tendresse, pardon, devoir et justice.
Les conditions de la dépossession, la relation à l’histoire et à la religion juives ne changent rien à sa nature traumatique. Elles renvoient bien plutôt aux abus dans l’église catholique aussi bien qu’aux maltraitances des écoles coraniques comme paradigme de domination.
L’ipséité nous paraît la découverte majeure que propose le film, ce que nous discuterons.

Cinéma Le Méliès, Montreuil  - Tél. 01 83 74 58 20
Prix de la séance, conférence comprise :
• Plein tarif : 6 euros 
• Tarif réduit : 4 euros (moins de 26 ans, allocataires des minima sociaux, demandeurs d’emploi, plus de 60 ans, porteurs d’un handicap + place gratuite pour un accompagnateur)
• Tarif abonnés : 5 euros


Cycle coordonné par Vincent Jacques.

Pôle cinéma : Vincent Jacques et Jérôme Rosanvallon.




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Écrans philosophiques

CIPh

dateDate : 16/01/2020 heure Début : 20h30 -> Fin : 23h30  O.K.

lieu Adresse : Cinéma Le Méliès, 12 place Jean Jaurès, 93100 Montreuil

Résumé : Cycle conçu par la Maison populaire et organisé avec le Collège international de philosophie en collaboration avec le cinéma Le Méliès (Montreuil) dans le cadre de la convention liant ces trois institutions.


En coopération avec la Maison populaire de Montreuil et le cinéma « Le Méliès » à Montreuil, le Collège international de philosophie donne carte blanche à un(e) philosophe pour proposer et présenter un film, qui a, pour elle ou lui, une résonance singulière en raison de ses recherches ou de ses préoccupations actuelles. Chaque film, diffusé au Méliès, est suivi d’une courte conférence dont l’enjeu est l’approche d’un problème philosophique, et d'un débat avec le public.

Programme des séances :

Jeudi 17 octobre :
Nous sommes le peuple !
Film : Les Raisins de la colère (The Grapes of Wrath), John Ford (États-Unis, 1940, 2h09)
Présenté par Gérard Bras, professeur honoraire de philosophie en classes préparatoires, ancien directeur de programme au CIPh

C’est par ces mots de Ma’Joad (« We are the people ! ») que se clôt le film de Ford, tourné en 1940, avec Henri Fonda pour la troisième fois en deux ans.
U.S.A, État de l’Oklahoma, milieu des années trente. À cause du « progrès », sous pression de la banque, la famille Joad est contrainte à l’exil. Ford montre ces hommes qui ont façonné la terre, qui se sont façonnés par leur travail, comptés pour rien, lancés sur la route 66 à la recherche d’une « terre promise », la Californie, où ils ne rencontrent que surexploitation, oppression et répression, finance, travail précaire, conflits. Chef d’œuvre du clair-obscur, le film embarque littéralement le spectateur avec les Joad et leurs semblables, manière d’intervenir dans la conjoncture qui est la sienne. Et pourtant il ne saurait s’y réduire.
Comment se constitue un « Nous, peuple » ? A quelles conditions se présente-t-il sur un mode d’émancipation ? Sous quelle forme apparaît-il dans le film ? Il n’est pas certain que ces questions, à l’intersection de l’esthétique et de la politique, soit traitées ici sur un mode classique. Mais c’est en se situant au plus près du film qu’il faut les aborder.

Jeudi 14 novembre :
Une lecture eckhartienne d’Alfred Hitchcock : l’image dés-imaginée. L’impératif esthétique
Film : Fenêtre sur cour (Rear Window), Alfred Hitchcock (États-Unis, 1954, 1h49)
Présenté par Isabelle Raviolo, directrice de programme au CIPh

Avec Fenêtre sur cour, nous interrogerons le pouvoir d’attraction des images, notre rapport à elles : lien de fascination qui semble détrôner tout discours rationnel : « La raison a beau crier, elle ne peut mettre son prix aux choses. » disait Pascal dans ses Pensées. Mais si l’imagination « prévaut », qu’en est-il alors de notre regard sur nous-mêmes, les autres et le monde ? Est-il le fruit de notre imagination ? On peut alors se demander si le réel auquel nous disons avoir accès n’est pas un réel imaginé – un réel dont le cinéma serait le double. Mais au fond que cherchons-nous en mettant en images sinon à habiller la nudité du réel, l’insupportable nudité d’un réel précaire ? Hitchcock analyse ici la condition de l’image, et montre avec beaucoup de subtilité comment elle doit être perçue pour passer du statut de « fantasme » ou d’ « idole » à celui d’ « imago » ou d’ « icône ». Un renversement s’opère, doit s’opérer. L’image hitchcockienne doit en passer par ce que nous appellerons l’impératif esthétique, c’est-à-dire la dés-imagination. C’est dans cette exigence même que nous rejoindrons le concept d’Entbildung (dépassement des images) au prisme duquel nous proposerons une lecture inédite du film d’Alfred Hitchcock.

Jeudi 12 décembre :
Le Gai savoir : rhétorique et érotétique godardiennes 
Film : Le Gai Savoir, Godard (France/RFA, 1968, 1h35)
Présenté par Vincent Berne, docteur en philosophie, Service Historique de la Défense, Vincennes 

Au printemps 1967, l’ORTF demande à Jean-Luc Godard de réaliser un film d’inspiration rousseauiste sur l’éducation et l’apprentissage, en référence à l’Emile (1762) : un garçon que le lycée incommode se propose de tirer enseignement de ses propres observations, considérant la nature, les gens, la situation historique, les outils de communication. L’emprunt du titre à Nietzsche ne dit que l’allégresse qu’accompagne cet apprentissage. Au printemps suivant, la contestation du pouvoir gaulliste prend un tour insurrectionnel, et, un peu partout, l’heure est à la philosophie, même brouillonne, même ingénue. Il faut désapprendre les représentations communes : à la vacuité observée de l’ordre bourgeois, présenté comme forme de vie par défaut mais « qui fait rimer information et répression, ordure et culture » (voix de JLG), s’oppose la surface vierge du tableau noir (ici, le plateau) par le biais duquel tout doit être réappris. Si par son thème, la rééducation, Le Gai savoir (1969) s’inscrit dans ce qu’il est convenu d’appeler les « années Mao » du cinéaste, c’est à l’althussérisme que le film fait en réalité référence, une doctrine selon laquelle « le marxisme est encore à inventer, comme le sens réappris des actions les plus élémentaires » (Rancière). Mais le fait que le film ait défié la censure (avec l’aide de l’Union des écrivains) est un détail en comparaison des stratégies discursives et stylistiques voir et à entendre dans le film, les procédures de questionnement, ou érotétique, gagneraient à être rapportées à un trait distinctif de la rhétorique godardienne qui est de tirer vers l’agonal, plutôt que vers l’irénique, la coopération linguistique et cognitive. Cette tendance se traduit par la subversion contrôlée de certaines règles, qu’elles soient linguistiques, conversationnelles ou qu’elles ressortissent au principe de politesse censé adoucir les interactions verbales. mises en place. Cette tentative d’application de la pédagogie althussérienne invite aujourd’hui à s’interroger sur la conception que Godard se fait de l’échange linguistique. Telles qu’elles se donnent à voir et à entendre dans le film, les procédures de questionnement, ou érotétique, gagneraient à être rapportées à un trait distinctif de la rhétorique godardienne qui est de tirer vers l’agonal, plutôt que vers l’irénique, la coopération linguistique et cognitive. Cette tendance se traduit par la subversion contrôlée de certaines règles, qu’elles soient linguistiques, conversationnelles ou qu’elles ressortissent au principe de politesse censé adoucir les interactions verbales.

Jeudi 16 janvier :
M, une possibilité de réparation du soi ?
Film : M, Yolande Zauberman ( France, 2018, 1h46)
Présenté par Louis-Albert Serrut, docteur en sciences de l’art, auteur-réalisateur

Menahem après un long exil, revient dans son enfance, sa famille, les siens.
C’est un trou noir dans lequel nous entraîne la réalisatrice. Noir par sa photographie, par la nuit constante, par les vêtements des pieux hassidiques de Bneï Brak où revient Menahem, noir enfin par les aveux d’abus sexuels subis.
Une constante s’insinue au fil des rencontres, la question de l’ipséité, de l’appartenance à soi- même qui se pose aux enfants abusés. C’est le plus ultime de soi qui ne porte aucun dehors. Le viol les a dépossédés de cette propriété de soi qui précède l’être-sujet. Celui-ci ne devient qu’en un second temps détenteur de sa propre subjectivité, le cogito cartésien. Il s’agit là d’une intime et profonde rupture qui prévaut sur l’identité de l’individu. Dépossédé de ce soi originaire, il ne peut s’appartenir ni se connaître. L’ipséité caractérise l’être de l’humain comme être en avant de soi, un étant qui a à être. La nécessité d’une intellection du singulier, d’une saisie de l’individu, les victimes en ont été privées au moment de son nouage. Cette rupture a-t-elle un caractère définitif ? Menahem et les autres victimes cherchent-ils par leurs aveux mutuels à renouer le brin rompu, peuvent-ils y parvenir ? Ils décrivent l’ambiguïté de leur statut, empêchés de choisir entre haine et tendresse, pardon, devoir et justice.
Les conditions de la dépossession, la relation à l’histoire et à la religion juives ne changent rien à sa nature traumatique. Elles renvoient bien plutôt aux abus dans l’église catholique aussi bien qu’aux maltraitances des écoles coraniques comme paradigme de domination.
L’ipséité nous paraît la découverte majeure que propose le film, ce que nous discuterons.

Cinéma Le Méliès, Montreuil  - Tél. 01 83 74 58 20
Prix de la séance, conférence comprise :
• Plein tarif : 6 euros 
• Tarif réduit : 4 euros (moins de 26 ans, allocataires des minima sociaux, demandeurs d’emploi, plus de 60 ans, porteurs d’un handicap + place gratuite pour un accompagnateur)
• Tarif abonnés : 5 euros


Cycle coordonné par Vincent Jacques.

Pôle cinéma : Vincent Jacques et Jérôme Rosanvallon.




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