Tabou (1)

24-01-2018

Tabou est un mot polynésien, dont la traduction présente pour nous des difficultés, parce que nous ne possédons plus la notion qu’il désigne. Il était encore familier aux anciens Romains ; leur sacer était identique au tabou des Polynésiens. De la même manière, le Kodausch des Hébreux devait avoir le même sens que le tabou des Polynésiens et les désignations analogues chez beaucoup d’autres peuples de l’Amérique, de l’Afrique (Madagascar), du Nord et du Centre de l’Asie.
Pour nous, le tabou présente deux significations opposées : d’un côté, celle de sacré, consacré ; de l’autre, celle d’inquiétant, de dangereux, d’interdit, d’impur. En polynésien, le contraire de tabou se dit noa, ce qui est ordinaire, accessible à tout le monde. C’est ainsi qu’au tabou se rattache la notion d’une sorte de réserve, et le tabou se manifeste essentiellement par des interdits et des restrictions. Notre expression « terreur sacrée » rendrait souvent le sens de tabou. Les restrictions tabou sont autre chose que des interdits purement moraux ou religieux. Elles ne sont pas ramenées à un commandement divin, mais se recommandent d’elles-mêmes. Ce qui les distingue des interdits moraux, c’est qu’elles ne font pas partie d’un système considérant les abstentions comme nécessaires d’une façon générale et donnant les raisons de cette nécessité. Les interdits de tabou sont privés de tout fondement ; leur origine est inconnue ; incompréhensibles pour nous, ils apparaissent compréhensibles de soi à ceux qui se trouvent sous leur domination.

(Totem et tabou, Sigmund Freud, 1913).