Pour une théorie critique de l'art et de la politique
Ce projet de recherche s’inscrit en faux contre une des tendances majeures de la théorie critique contemporaine : l’abandon – à quelques exceptions près – de la question de l’esthétique et de son rapport à la politique. De nombreux représentants actuels de la tradition de l’École de Francfort – Thomas McCarthy, Axel Honneth, Nancy Fraser, Rainer Forst et Seyla Benhabib, parmi d’autres – ont accordé un privilège sans précédent à des questions morales et politiques aux dépens de celle de l’esthétique. Par ailleurs, l’orientation politique des divers projets de ces auteurs s’éloigne considérablement du radicalisme politique de la première génération de l’École de Francfort et de sa critique incisive de la démocratie représentative. Certes, il y a quelques exceptions importantes à cette tendance globale, même parmi les auteurs cités (Fraser insiste, par exemple, sur l’importance de la « redistribution » sur le plan politique). Mais ces exceptions ne confirment pas moins la règle générale en montrant à quel point la division du travail intellectuel remise en cause par l’École de Francfort continue à hanter la théorie critique contemporaine. L’analyse pluridisciplinaire du rapport entre l’art et la politique semble avoir cédé la place, du moins dans une certaine tradition de la théorie critique, à la spécialisation académique, de même que le radicalisme politique s’est vu éclipsé par des formes de réformisme plus ou moins conformistes.
Dans le même temps, le vieux rêve d’une concordance entre l’art et la politique semble avoir été balayé par l’évolution historique. Depuis au moins quelques décennies, on aurait vu à quel point les rêveries avant-gardistes de faire advenir une nouvelle forme de vie sociopolitique étaient fondées sur les mêmes illusions que les chimères des utopistes politiques d’autrefois. Cette thèse historique de la « fin des illusions » – qu’elles soient artistiques ou politiques – rassure tous ceux qui voudraient en finir une fois pour toutes avec les risques et les difficultés des projets de transformation radicale au nom d’activités plus « raisonnables », à savoir celles qui acceptent implicitement le cadre du monde actuel et le statu quo de la société capitaliste. Et pourtant, la thèse historique de la fin des illusions est elle-même profondément illusoire dans la mesure où elle prétend pouvoir transformer l’histoire en une fatalité en révélant des prétendues nécessités infaillibles au cœur des développements historiques, dont la fin supposée nécessaire des dites illusions artistiques et politiques. Paradoxalement, elle fait donc preuve d’une logique historique fort similaire à celle des divers projets utopiques qui prétendaient que l’art (ou la politique) allait nécessairement faire advenir un nouvel ordre social. Les apologistes contemporains du système en place, loin de rompre avec la logique de l’histoire des utopistes « mystifiés » d’autrefois, se retrouvent précisément en leur compagnie à « la fin de l’histoire ». En luttant sur deux fronts à la fois – contre la nostalgie de la grande ère de l’art politisé et contre la célébration du consensus « démocratique » sur la fin des illusions – il est donc impératif de repenser de fond en comble l’historicité de l’art et de la politique.
S’enracinant dans cette conjoncture historique précise, ce projet de recherche s’organise autour d’un triple objectif :
- Proposer une logique historique alternative pour repenser le rapport entre l’art et la politique afin de nous affranchir des schémas historiques réducteurs trop souvent utilisés pour les mettre en relation : la modernité, l’avant-garde, l’irreprésentable, le postmodernisme, etc.
- Analyser les diverses tentatives pour lier l’art à la politique (de l’École de Francfort à la pensée française contemporaine et la philosophie américaine) en prêtent une attention particulière à la forte présence de l’illusion ontologique, à savoir l’idée selon laquelle l’art et la politique auraient des natures propres ainsi qu’un point de rencontre naturel.
- Mettre en lumière l’apport de l’historicisme radical – la reconnaissance que tout est historique – à la théorie critique de l’art et de la politique en écartant l’illusion ontologique par le biais d’une analytique historique des pratiques.
En définitive, il s’agit de faire le point sur quelques insuffisances de la théorie critique contemporaine au sens large du terme dans le but de proposer une nouvelle conceptualisation du rapport entre l’art et la politique en commençant par l’élaboration d’une logique historique alternative pour repenser intégralement leur historicité.
- Logique de l’histoire. Pour une analytique des pratiques philosophiques, Paris, Éditions Hermann, collection « Hermann Philosophie », 2010, p. 534.
- En collaboration avec Alfredo Gomez-Muller, avec la participation de Seyla Benhabib, Nancy Fraser, Judith Butler, Immanuel Wallerstein, Cornel West, Will Kymlicka et Michael Sandel : Critique et subversion dans la pensée contemporaine américaine. Dialogues, Paris, Éditions du Félin, collection « Les marches du temps », 2010 (une version anglaise et une version espagnole, légèrement différentes, sont également disponibles: Politics of culture and the spirit of critique. Dialogues, New York, Columbia University Press, collection « New directions in critical theory », 2011 / La teoría crítica en Norteamérica. Política, ética y actualidad, Medellín, La Carreta Editores, 2008).
- En collaboration avec Pierre-Antoine Chardel : Technologies de contrôle dans la mondialisation. Enjeux politiques, éthiques et esthétiques, Paris, Éditions Kimé, 2009.
- En collaboration avec Philip Watts : Jacques Rancière. History, politics, aesthetics, Durham, North Carolina, Duke University Press, 2009.
L'activité philosophique, scientifique et de recherche est animée par une assemblée collégiale composée de 50 « Directeurs de programme » nommés pour six ans.
Une direction de programme est conçue comme la mise en oeuvre d'un programme de recherche original, cohérent, destiné à se développer sur une période de six ans. Expérimentation, consistance et progressivité sont les caractéristiques de cette activité.
En général, une direction de programme s'articule autour d'un séminaire qui définit la problématique générale de la recherche et assure à celle-ci une certaine publicité. Mais le séminaire ne représente qu'un noyau initial sur lequel se greffent d'autres éléments.
En effet, un Directeur de programme peut :
conduire un séminaire en invitant éventuellement intervenants et conférenciers
écrire des textes destinés à publication ; coordonner un numéro de la revue Rue Descartes
établir des relations tant avec d'autres organismes de recherche (CNRS, EHESS, MSH, ENS, Universités, Collège de France, etc.), qu'avec des institutions culturelles (CIté des Sciences et de l'Industrie, Instituts culturels étrangers, IRCAM, musées, etc.), ouvrir ainsi un espace de réflexion permettant de regrouper des personnes issues de milieux professionnels divers
prendre l'initiative de journées d'étude, de colloques, de samedis du livre
mettre en place un groupe de travail, un atelier (par exemple de lecture collective ou pour préparer des publications)
proposer et conduire des activités de formation continue
animer une activité de traduction et participer à la réflexion générale sur les enjeux philosophiques de la traduction, réflexion qui trouve au Collège une place privilégiée du fait de sa dimension internationale
diriger les travaux de candidats au Diplôme du Collège international de philosophie
participer aux instances du Collège (Conseil, Comité de lecture)
Il appartient à chaque directeur de programme de coordonner un certain nombre de ces activités selon son choix et le déroulement de son programme.
L'ensemble des directeurs de programme forme l'assemblée collégiale, qui définit et met en oeuvre les recherches menées au sein du Collège international de philosophie.
La charge de directeur de programme requiert la participation à la vie et aux tâches collégiales :
assemblées collégiales, commissions, participation éventuelle au conseil, examen des propositions de séminaires.
Les directeurs de programme disposent des moyens suivants :
mise à disposition de salles pour séminaires et conférences ;
accès sous certaines conditions à des crédits de fonctionnement
Une direction de programme peut se tenir à Paris, en province ou à l'étranger.
Le Collège international de philosophie confie aux directeurs de programme installés en province ou à l'étranger le développement de ses relations avec les institutions et collectivités locales.