La Direction de programme que nous souhaitons conduire vise à expliciter les relations entre science, savoir, technique et culture dans le contexte spécifique d’une réflexion sur l’internet.
Ce travail prolonge celui entamé depuis quinze ans dans nos séminaires de l’Atelier Internet (à l’ENS, Paris) et de l’Atelier Internet Lyonnais (à l’ENSSIB, Lyon).
À cet effet, nous entendons partir d’une approche anthropologique de la technique et insister sur le caractère intellectuel des pratiques des internautes en montrant que l’internet est affaire d’écriture. Aujourd’hui comme du temps d’Ératosthène, l’écriture est une circulation entre l’esprit, des supports matériels, des systèmes de signes et l’espace social —c’est une «technique de l’intellect». Son histoire nous rappelle que toute modification d’un de ses constituants infléchit la nature et la position relative des autres, et par conséquent nos méthodes intellectuelles et nos raisonnements. Effectivement, l’internet remodèle nos savoir-faire de scripteurs ainsi que l’organisation de nos savoirs. Par exemple, l’alphabet binaire des ordinateurs mène à l’indistinction entre lettre, chiffre et ponctuation puis à la réorganisation de nos pratiques documentaires.
Or la matérialité de l’internet dévoile rapidement des enjeux de pouvoir, souvent occultés par des idéologies. Sans les négliger, nous nous intéresserons aux ordres de discours qui leur servent de terreau. Ceux-ci apparaissent pluriels et parfois conflictuels. Ainsi l’internet sert-il de révélateur aux débats politiques et aux rationalités qui se déploient au sein de nos sociétés. Pour autant, il ne leur est pas extérieur : il les nourrit et les écrit, les structure et finit par se confondre avec la culture qu’il engendre. Ce fait éclaire les limites de certaines analyses : parce qu’ils en restent à une conception étroitement utilitariste de la technique, les spécialistes des usages de l’internet et de la «fracture numérique» énoncent tous des discours analogues et chargés de violence symbolique —alors même qu’ils prétendent exprimer des utopies politiques divergentes.
Pour autant, il apparaît impossible de distinguer l’internet des discours à son sujet et de ses usages : mais n’est-ce pas le lot de toute technique ? Et si l’internet produit de la réalité sociale, s’il est culture, ne faut-il pas en étudier les termes concrets aussi bien que conceptuels ? C’est ce que nous comptons faire à travers l’analyse ciblée de nombreuses pratiques lettrées et savantes< déployées sur l’internet.
Renouveau documentaire, essor de la preuve graphique et calcul nous semblent les trois ingrédients essentiels de nos méthodes actuelles et de nos raisonnements. Nous désirons en détailler les formes contemporaines, ainsi que leurs sources, en compagnie de mathématiciens, géographes, physiciens, philosophes, historiens, etc., afin de comprendre l’échafaudage de l’outillage mental contemporain.
Notre projet est donc celui d’une épistémologie concrète adossée à l’histoire et aux évolutions des sciences exactes comme humaines. Il vise à conceptualiser et traduire les dynamiques et tensions à l’oeuvre dans notre société en raison même de sa nature communicationnelle et réticulaire.
«Internet, cartes, territoire et culture», revue Communication et Langages, num. 158 (pp. 77–92), 2008
«L’écriture scientifique : grandeur et misère des technologies de l’intellect», in L’Internet, entre savoirs, espaces publics et monopoles, actes du colloque international L’Internet : Espace public et Enjeux de connaissance, Ciph, Paris, 20–21 janvier 2006. Sens-public, nos 7–8, 2008, Lyon (pp. 53–79), 2008
«Géographie de l’internet», in Lieux de Savoir, Dir. Ch. Jacob, Paris, Albin Michel (pp. 989–1009), 2007
«L’internet et le territoire», revue Études de Communication, num. 30 (pp. 83–98), 2007
«L’internet, une technique intellectuelle», in Mesures de l’internet, Dir. É. Guichard, Paris, Les Canadiens en Europe, (pp. 19–49). Actes du colloque international Mesures de l’internet, (12–14 mai 2003), 2004
/ Autres directeurs
/ Les directeurs de programme
L'activité philosophique, scientifique et de recherche est animée par une assemblée collégiale composée de 50 « Directeurs de programme » nommés pour six ans.
Une direction de programme est conçue comme la mise en oeuvre d'un programme de recherche original, cohérent, destiné à se développer sur une période de six ans. Expérimentation, consistance et progressivité sont les caractéristiques de cette activité.
En général, une direction de programme s'articule autour d'un séminaire qui définit la problématique générale de la recherche et assure à celle-ci une certaine publicité. Mais le séminaire ne représente qu'un noyau initial sur lequel se greffent d'autres éléments.
En effet, un Directeur de programme peut :
conduire un séminaire en invitant éventuellement intervenants et conférenciers
écrire des textes destinés à publication ; coordonner un numéro de la revue Rue Descartes
établir des relations tant avec d'autres organismes de recherche (CNRS, EHESS, MSH, ENS, Universités, Collège de France, etc.), qu'avec des institutions culturelles (CIté des Sciences et de l'Industrie, Instituts culturels étrangers, IRCAM, musées, etc.), ouvrir ainsi un espace de réflexion permettant de regrouper des personnes issues de milieux professionnels divers
prendre l'initiative de journées d'étude, de colloques, de samedis du livre
mettre en place un groupe de travail, un atelier (par exemple de lecture collective ou pour préparer des publications)
proposer et conduire des activités de formation continue
animer une activité de traduction et participer à la réflexion générale sur les enjeux philosophiques de la traduction, réflexion qui trouve au Collège une place privilégiée du fait de sa dimension internationale
diriger les travaux de candidats au Diplôme du Collège international de philosophie
participer aux instances du Collège (Conseil, Comité de lecture)
Il appartient à chaque directeur de programme de coordonner un certain nombre de ces activités selon son choix et le déroulement de son programme.
L'ensemble des directeurs de programme forme l'assemblée collégiale, qui définit et met en oeuvre les recherches menées au sein du Collège international de philosophie.
La charge de directeur de programme requiert la participation à la vie et aux tâches collégiales :
assemblées collégiales, commissions, participation éventuelle au conseil, examen des propositions de séminaires.
Les directeurs de programme disposent des moyens suivants :
mise à disposition de salles pour séminaires et conférences ;
accès sous certaines conditions à des crédits de fonctionnement
Une direction de programme peut se tenir à Paris, en province ou à l'étranger.
Le Collège international de philosophie confie aux directeurs de programme installés en province ou à l'étranger le développement de ses relations avec les institutions et collectivités locales.