Le programme vise à interroger de manière systématique le statut du « sujet » dans le contexte bouddhique, notamment au Cambodge depuis l’adoption du bouddhisme theravada entre les 13e et 15e siècles. On se trouve face à une situation culturelle où le « soi » en tant qu’entité distincte de « l’autre » n’existe pas. L’expérience du non-soi n’impliquerait ni une expérience de l’autre en tant qu’autre vis-à-vis d’un sujet (au sens occidental) classique, ni un « autrement qu’être » au sens Levinasien où le sujet ne se constitue que dans la rencontre avec l’autre. Elle relèverait plutôt d’une expérience du soi (si on peut encore se servir du mot dans ce contexte) en tant que dépossédé de lui-même de manière radicale, un « soi » n’émergeant qu’en tant que site de mise en abyme radicale de toute possibilité de subjectivité.
Les bases du projet seront posées dans un large contexte bouddhique. Privilégiant l’analyse des croisements des points de vue esthétique et politique du « sujet », les recherches s’appuieront sur textes et oeuvres d’art canoniques pour traverser diverses périodes historiques et aires géographiques. Le travail de François Jullien, et notamment son étude du nu entre l’Europe et la Chine, servira de point de repère, là où il distingue entre « Orient » et « Occident » selon une série d’oppositions qui trouvent un écho certain dans notre projet.
Il s’agira ensuite d’examiner de près plusieurs pratiques rituelles khmères qu’on peut mettre en rapport avec la doctrine du non-soi.
Il s’agit tout d’abord d’interroger la possibilité même de ce qu’on appelle la commémoration, dans la mesure où cela suppose qu’on commémore ce qui a trait à quelqu’un, à travers certaines pratiques religieuses fondées dans la doctrine du non-soi. Les « archives » de la vie du Bouddha participent à une opération de mise en abyme où c’est la possibilité (ou l'impossibilité) de commémorer qui est elle-même commémorée.
C’est à partir de ces réflexions que nous rouvrirons le débat sur l’aniconique dans l’histoire de l’art bouddhique, pour ensuite engager une réflexion sur l’Etat bouddhique. Il faut entendre l’oxymore ou l’antinomie de cette expression. Dans la mesure où il n’est pas sûr qu’un tel Etat puisse exister, en droit ou en fait, la formulation ne peut se comprendre comme une description ontologique, mais seulement comme un vœux ou un souhait, appelant à un avenir toujours à réaliser. Les recherches nous mèneront à la question des Etats bouddhiques contemporains qui se mettent en chemin vers la démocratie, et du processus complexe de traduction politique et rhétorique par lequel ceux-ci rattachent leurs origines démocratiques à une religion, si c’en est une, dont les origines se situent en dehors de la tradition européenne.
Un questionnement de la place de la différence sexuelle au sein des formulations – théoriques et pratiques – du non-soi traversera les recherches.
/ Bibliographie
Avec E. Prenowitz, “Terrible but Unfinished: Staging Cambodian History,” Southeast Asian Performance: Transnational Perspectives, éds., Matthew Cohen et Laura Noszlopy, Cambridge Scholars Publishing, à paraître 2010.
“Théories post-cosmopolitiques: différence sexuelle, vernacularisation et la fabrique de l’Asie du sud-est,” Situations post-coloniales et régimes de Sexe, éd. Anne Berger et Eleni Varikas, Editions des archives contemporaines, à paraître 2010.
“Portraits of Cambodia: Angkor Revisited,” in What's the Use of Art: Asian Visual and Material Culture in Context, edited by J. Mrazek and M. Pitelka, University of Hawaii Press, 2008.
“Performative Realities: Nobody’s Possession,” in Songs on the Edge of the Forest: Narrative and Problems of Meaning in the Work of David Chandler, edited by A. Hansen, Cornell University Asian Studies Press, 2008.
Le rappel des âmes. Texte rituel khmer, Reyum, Phnom Penh, 2005. (169 pp., édition critique du texte khmer, avec commentaire bilingue anglais/français)
/ Autres directeurs
/ Les directeurs de programme
L'activité philosophique, scientifique et de recherche est animée par une assemblée collégiale composée de 50 « Directeurs de programme » nommés pour six ans.
Une direction de programme est conçue comme la mise en oeuvre d'un programme de recherche original, cohérent, destiné à se développer sur une période de six ans. Expérimentation, consistance et progressivité sont les caractéristiques de cette activité.
En général, une direction de programme s'articule autour d'un séminaire qui définit la problématique générale de la recherche et assure à celle-ci une certaine publicité. Mais le séminaire ne représente qu'un noyau initial sur lequel se greffent d'autres éléments.
En effet, un Directeur de programme peut :
conduire un séminaire en invitant éventuellement intervenants et conférenciers
écrire des textes destinés à publication ; coordonner un numéro de la revue Rue Descartes
établir des relations tant avec d'autres organismes de recherche (CNRS, EHESS, MSH, ENS, Universités, Collège de France, etc.), qu'avec des institutions culturelles (CIté des Sciences et de l'Industrie, Instituts culturels étrangers, IRCAM, musées, etc.), ouvrir ainsi un espace de réflexion permettant de regrouper des personnes issues de milieux professionnels divers
prendre l'initiative de journées d'étude, de colloques, de samedis du livre
mettre en place un groupe de travail, un atelier (par exemple de lecture collective ou pour préparer des publications)
proposer et conduire des activités de formation continue
animer une activité de traduction et participer à la réflexion générale sur les enjeux philosophiques de la traduction, réflexion qui trouve au Collège une place privilégiée du fait de sa dimension internationale
diriger les travaux de candidats au Diplôme du Collège international de philosophie
participer aux instances du Collège (Conseil, Comité de lecture)
Il appartient à chaque directeur de programme de coordonner un certain nombre de ces activités selon son choix et le déroulement de son programme.
L'ensemble des directeurs de programme forme l'assemblée collégiale, qui définit et met en oeuvre les recherches menées au sein du Collège international de philosophie.
La charge de directeur de programme requiert la participation à la vie et aux tâches collégiales :
assemblées collégiales, commissions, participation éventuelle au conseil, examen des propositions de séminaires.
Les directeurs de programme disposent des moyens suivants :
mise à disposition de salles pour séminaires et conférences ;
accès sous certaines conditions à des crédits de fonctionnement
Une direction de programme peut se tenir à Paris, en province ou à l'étranger.
Le Collège international de philosophie confie aux directeurs de programme installés en province ou à l'étranger le développement de ses relations avec les institutions et collectivités locales.