Retours sur le don: de la bienfaisance et de sa reconnaissance (Histoire, philosophie et esthétique d'un couple problématique)
Le projet que nous proposons d'engager, au croisement des champs "philosophie / art et littérature", s’inscrit dans la continuité d’une réévaluation contemporaine de l’importance et de la validité de la théorie proposée par Mauss dans l’Essai sur le don. Loin de prétendre explorer toutes les facettes de l’échange et du don, il se donne concrètement pour objet d’interroger l’une des dimensions possibles de l’acte qui consiste à donner (et à recevoir), à savoir la dimension éthique : on peut en effet donner pour « faire le bien ». Notre travail prendra la forme d’une enquête historico-critique de l’idée de « bienfaisance » ainsi qu’une étude de ses mises en scènes littéraires ou esthétiques (roman, peinture, théâtre, opéra). La bienfaisance est à la fois une notion clé de la philosophie morale et une scène où se joue et se rejoue, selon des enjeux variés, la question de l’échange. La bienfaisance ne fonctionne pas de manière autonome. Elle entre dans un rapport dynamique avec d’autres notions connexes, comme la gratitude (ou l’ingratitude) et la reconnaissance. Notre idée est que le couple Bienfaisance/Reconnaissance constitue une figure possible de la théorie maussienne du don et du contre-don, puisque la bienfaisance implique autant celui qui donne que celui qui reçoit. Il nous faudra préciser comment cette interprétation s’articule avec certaines lectures contemporaines du don (et plus généralement avec le vaste champ des critiques et des « refondations » de la morale, de Nietzsche, Freud, Bataille, à Ricoeur, Levinas ou Derrida). Les historiens des idées ont souvent analysé l’idée de bienfaisance comme la version laïcisée de la charité chrétienne. Le passage de l’une à l’autre aurait lieu au XVIIIe siècle, au moment où le mot « bienfaisance » apparaît dans les textes philosophiques ou littéraires avant d’être enregistré dans les dictionnaires. Cette analyse mérite d’être discutée et complétée dans une perspective plus large. La notion de bienfaisance apparaît dans la pensée des derniers stoïciens, de Sénèque en particulier, où elle s’affirme comme une forme de don désintéressé. Au XVIIIe siècle, le moment « libéral » permet de penser conjointement l’égoïsme et l’altruisme comme deux formes complémentaires de sociabilité. La bienfaisance trouve ainsi sa place dans les théories utilitaristes où l’intérêt apparaît comme le moteur principal de nos actions. Nous voudrions interroger les conséquences historiques de ce renversement, les incidences de cette rupture avec le paradigme de la morale traditionnelle, et comprendre quel éventuel nouveau régime de la morale (mais aussi de la politique et du droit) elle ouvre jusqu'à nos jours. On devra se demander en quoi si le passage de la bienfaisance comme vertu privée à la bienfaisance comme vertu publique, auquel on assiste à la fin du XVIIIe siècle, est fondateur d’une « politique » de la bienfaisance qui se décline sous de nombreuses formes aujourd’hui (Etat providence, organisations philanthropiques ou actions « humanitaires »).
Concrètement, le programme s’articulera de la manière suivante : A. Un séminaire (6 séances par an) qui devrait se dérouler en trois temps : 1) une genèse et une histoire de la notion de bienfaisance (Antiquité-Age moderne-début de la période contemporaine). 2) une étude des notions ou concepts connexes (obligation, gratitude, reconnaissance) à laquelle seraient associés divers intervenants, philosophes, sociologues, historiens... 3) une discussion sur les enjeux actuels de la théorie du don et ses réévaluations critiques, précédée d’une argumentation théorique sur le couple bienfaisance/reconnaissance comme figure du don et du contre don fonctionnant moins comme un schème anthropologique (à l’instar de Mauss) que comme un paradigme essentiel pour la morale. B. Un atelier (trois séances par an) qui permettra d’analyser, œuvres à l’appui, les mises en scène littéraires et artistiques de la bienfaisance-reconnaissance, avec la participation de philosophes, de littéraires, de critiques d'art ou d’artistes.
/ Bibliographie
« Tolérer l’intolérant ? De la pétition de principe aux actualisations littéraires », in Voltaire, Tolérance et Justice, Voltaire Foundation, Oxford, 2011 [Texte repris dans le numéro 10 de la revue La Lettre "R", Éditions de l'Université de Suceava, Roumanie].
« La règle du je. Continuités et discontinuités narratives dans le roman marivaudien », Actes du Colloque international de Bruxelles « La partie et le tout », sous la direction de Jan Herman et Marc Escola, Louvain, éd. Peeters, 2011.
« Quant le substantif n’est rien et l’adjectif est tout. Inversions et retournements dans l’écriture philosophique de Diderot », Recherches sur Diderot et l’Encyclopédie, numéro spécial sur la Lettre sur les sourds et muets, 2011.
« Histoire, politique et morale chez Mably », in Les philosophes et l’histoire. L’usage de l’histoire au XVIIIe siècle, sous la direction de Muriel Brot, Paris, éd. Hermann, 2011.
/ Autres directeurs
/ Les directeurs de programme
L'activité philosophique, scientifique et de recherche est animée par une assemblée collégiale composée de 50 « Directeurs de programme » nommés pour six ans.
Une direction de programme est conçue comme la mise en oeuvre d'un programme de recherche original, cohérent, destiné à se développer sur une période de six ans. Expérimentation, consistance et progressivité sont les caractéristiques de cette activité.
En général, une direction de programme s'articule autour d'un séminaire qui définit la problématique générale de la recherche et assure à celle-ci une certaine publicité. Mais le séminaire ne représente qu'un noyau initial sur lequel se greffent d'autres éléments.
En effet, un Directeur de programme peut :
conduire un séminaire en invitant éventuellement intervenants et conférenciers
écrire des textes destinés à publication ; coordonner un numéro de la revue Rue Descartes
établir des relations tant avec d'autres organismes de recherche (CNRS, EHESS, MSH, ENS, Universités, Collège de France, etc.), qu'avec des institutions culturelles (CIté des Sciences et de l'Industrie, Instituts culturels étrangers, IRCAM, musées, etc.), ouvrir ainsi un espace de réflexion permettant de regrouper des personnes issues de milieux professionnels divers
prendre l'initiative de journées d'étude, de colloques, de samedis du livre
mettre en place un groupe de travail, un atelier (par exemple de lecture collective ou pour préparer des publications)
proposer et conduire des activités de formation continue
animer une activité de traduction et participer à la réflexion générale sur les enjeux philosophiques de la traduction, réflexion qui trouve au Collège une place privilégiée du fait de sa dimension internationale
diriger les travaux de candidats au Diplôme du Collège international de philosophie
participer aux instances du Collège (Conseil, Comité de lecture)
Il appartient à chaque directeur de programme de coordonner un certain nombre de ces activités selon son choix et le déroulement de son programme.
L'ensemble des directeurs de programme forme l'assemblée collégiale, qui définit et met en oeuvre les recherches menées au sein du Collège international de philosophie.
La charge de directeur de programme requiert la participation à la vie et aux tâches collégiales :
assemblées collégiales, commissions, participation éventuelle au conseil, examen des propositions de séminaires.
Les directeurs de programme disposent des moyens suivants :
mise à disposition de salles pour séminaires et conférences ;
accès sous certaines conditions à des crédits de fonctionnement
Une direction de programme peut se tenir à Paris, en province ou à l'étranger.
Le Collège international de philosophie confie aux directeurs de programme installés en province ou à l'étranger le développement de ses relations avec les institutions et collectivités locales.