Violence et politique : l’émeute comme forme de mouvement sauvage
Le début du XXIe siècle français restera marqué par l’ampleur des émeutes des banlieues, à l’automne 2005. Ces événements ont suscité nombre de publications en sociologie, science politique et histoire, cette dernière s’étant intéressée aux mouvements insurrectionnels du passé, par rapport auxquels elle a tenté de dégager les similitudes et les écarts avec le présent. Pour la philosophie, il s’agit de partir de cette réflexion à la croisée des savoirs, en vue d’examiner les liens entre la violence et la politique.
Les soulèvements populaires sont envisagés ici comme des formes de mouvement sauvage, expression dépourvue de toute connotation péjorative. Lévi-Strauss a enlevé du mot sauvage ses relents d’insulte, montrant que ceux qui ont trop souvent été appelés sauvages ne sont ni incultes ni barbares, mais possèdent une culture et un langage en rien inférieurs à ceux des « civilisés ». Il n’en reste pas moins que d’autres « sauvages » semblent apparaître aujourd’hui non plus à l’extérieur de la « civilisation », mais en son intérieur, sous la figure des « bandes », des « casseurs », de « la racaille ». Un premier effort consistera à revendiquer, à l’encontre de la morale courante d’où sort ce vocabulaire, une nouvelle pensée sauvage qui rompe avec les partages hâtifs. Ces partages sont élaborés non seulement par le sens commun, mais encore par la philosophie, y compris la plus critique : on étudiera l’exemple de Kant et de ce qu’il écrit au sujet du peuple, de la nation, de la populace et de la canaille.
En outre, l’émeute sera envisagée dans un sens très proche de son étymologie – motus, le mouvement. Meute et émeute gardent la trace de cette origine latine commune, à laquelle elles ajoutent une charge indubitablement violente. Toutefois, elles ne véhiculent pas la même forme de violence. Meute signifie une troupe de chiens courants dressés pour la chasse et, au figuré, bande, troupe de gens attachée à la poursuite, à la perte de quelqu’un. En contrepartie, émeute acquiert le sens de soulèvement populaire, avec une idée de violence et sans celle de contenu politique, à la différence de révolution et même de révolte, explique le Dictionnaire historique de la langue française. Il y a ainsi d’un côté une violence dressée, lancée à l’encontre d’une proie, que ce soit une bête ou bien une personne ; et de l’autre côté une violence dont la cible n’est pas clairement définie, dans la mesure où l’émeute est un éclatement collectif contre une situation d’oppression.
Partant de ces notions, il est temps de repenser les liens entre la subjectivité, l’humanité et l’émancipation, concepts centraux pour la réflexion sociale contemporaine.
/ Bibliographie
Vivre en Europe : Philosophie, politique et science aujourd’hui, coordonné avec Bertrand Ogilvie et Frieder Otto Wolf, Paris, L’Harmattan, 2010
« L’humanité dans l’animalité : Kant et l’anthropologie du bien et du mal », dans Olivier Remaud et Soraya Nour (org.), War and Peace : the Role of Science and Art, Berlin, Duncker & Humblot, 2010
« Notes éparses sur ce que signifie être systématique aujourd’hui », revue Labyrinthe, n° 34, 2010 (1), Paris : Comment peut-on être systématique ? Savoir et encyclopédisme au siècle des Lumières
« Entre délaissement et radicalisation : les utilisations d’Artaud par Foucault et Deleuze », dans Oliver Penot-Lacassagne (org.), Antonin Artaud « littéralement et dans tous les sens », Caen, Lettres Modernes Minard, 2009
« L’éthique et les limites de la transgression », revue Lignes, n° 17, mai 2005, Paris : Nouvelles lectures de Georges Bataille
/ Autres directeurs
/ Les directeurs de programme
L'activité philosophique, scientifique et de recherche est animée par une assemblée collégiale composée de 50 « Directeurs de programme » nommés pour six ans.
Une direction de programme est conçue comme la mise en oeuvre d'un programme de recherche original, cohérent, destiné à se développer sur une période de six ans. Expérimentation, consistance et progressivité sont les caractéristiques de cette activité.
En général, une direction de programme s'articule autour d'un séminaire qui définit la problématique générale de la recherche et assure à celle-ci une certaine publicité. Mais le séminaire ne représente qu'un noyau initial sur lequel se greffent d'autres éléments.
En effet, un Directeur de programme peut :
conduire un séminaire en invitant éventuellement intervenants et conférenciers
écrire des textes destinés à publication ; coordonner un numéro de la revue Rue Descartes
établir des relations tant avec d'autres organismes de recherche (CNRS, EHESS, MSH, ENS, Universités, Collège de France, etc.), qu'avec des institutions culturelles (CIté des Sciences et de l'Industrie, Instituts culturels étrangers, IRCAM, musées, etc.), ouvrir ainsi un espace de réflexion permettant de regrouper des personnes issues de milieux professionnels divers
prendre l'initiative de journées d'étude, de colloques, de samedis du livre
mettre en place un groupe de travail, un atelier (par exemple de lecture collective ou pour préparer des publications)
proposer et conduire des activités de formation continue
animer une activité de traduction et participer à la réflexion générale sur les enjeux philosophiques de la traduction, réflexion qui trouve au Collège une place privilégiée du fait de sa dimension internationale
diriger les travaux de candidats au Diplôme du Collège international de philosophie
participer aux instances du Collège (Conseil, Comité de lecture)
Il appartient à chaque directeur de programme de coordonner un certain nombre de ces activités selon son choix et le déroulement de son programme.
L'ensemble des directeurs de programme forme l'assemblée collégiale, qui définit et met en oeuvre les recherches menées au sein du Collège international de philosophie.
La charge de directeur de programme requiert la participation à la vie et aux tâches collégiales :
assemblées collégiales, commissions, participation éventuelle au conseil, examen des propositions de séminaires.
Les directeurs de programme disposent des moyens suivants :
mise à disposition de salles pour séminaires et conférences ;
accès sous certaines conditions à des crédits de fonctionnement
Une direction de programme peut se tenir à Paris, en province ou à l'étranger.
Le Collège international de philosophie confie aux directeurs de programme installés en province ou à l'étranger le développement de ses relations avec les institutions et collectivités locales.