La machine est un élément essentiel de notre monde contemporain qui n’a pas encore été l’objet d’un traitement philosophique autonome et synthétique. Il s’agira de dégager la notion de machine de son interprétation philosophique dominante, qui la conçoit comme un dispositif de transformation de la nature.
Or, avant d’être assignée à une transformation de la nature, la technique met en œuvre la puissance productrice par laquelle l’homme construit son propre monde. La machine appartient bien au domaine de la technique et participe à l’artificialité du monde humain. L’analyse de la notion de machine est donc reconduite vers l’élaboration d’une anthropologie philosophique.
Nous proposons de définir la machine comme la mise en place d’automatismes permettant le déclenchement et la répétition d’opérations déterminées.
Cette définition, qu’il faudra confronter à son objet et aux interprétations traditionnelles, vise à dégager la machine de toute matérialité prédéterminée, pour la comprendre comme un agencement et un séquençage d’actions, dont les applications sont nomades et polymorphes. De ce fait, son champ d’application est en droit coextensif à celui de l’agir humain. Cependant, si elle concerne fondamentalement l’agir, elle exige de repenser l’articulation du théorique et du pratique : la machine intervient à la fois dans des réalisations effectives et comme paradigme d’intelligibilité, grâce auquel l’esprit modélise les éléments des complexités à connaître. C’est bien dans cette puissance artificielle, à la racine de la théorie et de la pratique, que nous devons ressaisir les automatismes de la machine.
Nous mènerons donc, en collaboration avec des spécialistes, une série d’études pluridisciplinaires consacrées aux différents champs d’application de la machine. Le fonctionnement des machines concerne donc bien sûr la sphère économique avec la production de marchandises et d’infrastructures (une théorie économique de la machine et des innovations techniques est centrale pour comprendre le dynamisme du capitalisme). Elle concerne encore lasphère des institutions à la fois juridiques et scientifiques avec la mise en place de procédures réglées et impersonnelles qui ont en charge la production de l’objectivité nécessaire pour l’administration de la justice ou la validation collective des preuves ; la sphère de la science proprement dite et des opérations de l’esprit, avec la formalisation du calcul, les dispositifs expérimentaux, les traitement des données et des observations dans des modèles prédictifs ; la sphère bio-médicale avec l’objectivation du corps, l’évolution de l’appareillage prothétique, l’instrumentalisation du vivant ; une théorie de la subjectivité prise dans la tension entre réflexivité et opérativité (avec une théorie des habitudes, la critique deleuzienne de la psychanalyse et une théorie du rituel) ; la sphère esthétique tant au niveau des œuvres elles mêmes (dans les différents arts) que de leur production et de leur mise en circulation ; la sphère de la cybernétique et du traitement des informations avec ses enjeux cognitifs et socio-politiques.
Ces analyses devront permettre de problématiser l’institution du monde humain.
/ Bibliographie
" Bornes et centres dans l’espace commun.Sur quelques fonctions de la sculpture. " in revue Rue Descartes n°72 www.ruedescartes.org, juillet 2011
Louise Bourgeois – Three Horizontals, F. Vengeon, E. Grossman, F. Danesi, Collection VOIR, CIPh/INHA, Paris, avril 2011.
Le monde humain. Métaphysique de l'infini et anthropologie dans la philosophie de Nicolas de Cues, collection "Krisis" Jérôme Millon, Grenoble, 2011.
Nicolas de Cues, Trialogus de Possest, trad. P.Caye, D.Larre, P.Magnard, F.Vengeon, Paris, Vrin, 2007
« Un temps pour l’éternité, le temps dans la pensée d’Augustin » in Le temps, collection Thema, Paris, Vrin, 2007
« Mathématiques, création et humanisme chez Nicolas de Cues » in Revue d’histoire des sciences, Tome 59-2, Armand Colin, Paris, p.219-243, juillet-décembre 2006
/ Autres directeurs
/ Les directeurs de programme
L'activité philosophique, scientifique et de recherche est animée par une assemblée collégiale composée de 50 « Directeurs de programme » nommés pour six ans.
Une direction de programme est conçue comme la mise en oeuvre d'un programme de recherche original, cohérent, destiné à se développer sur une période de six ans. Expérimentation, consistance et progressivité sont les caractéristiques de cette activité.
En général, une direction de programme s'articule autour d'un séminaire qui définit la problématique générale de la recherche et assure à celle-ci une certaine publicité. Mais le séminaire ne représente qu'un noyau initial sur lequel se greffent d'autres éléments.
En effet, un Directeur de programme peut :
conduire un séminaire en invitant éventuellement intervenants et conférenciers
écrire des textes destinés à publication ; coordonner un numéro de la revue Rue Descartes
établir des relations tant avec d'autres organismes de recherche (CNRS, EHESS, MSH, ENS, Universités, Collège de France, etc.), qu'avec des institutions culturelles (CIté des Sciences et de l'Industrie, Instituts culturels étrangers, IRCAM, musées, etc.), ouvrir ainsi un espace de réflexion permettant de regrouper des personnes issues de milieux professionnels divers
prendre l'initiative de journées d'étude, de colloques, de samedis du livre
mettre en place un groupe de travail, un atelier (par exemple de lecture collective ou pour préparer des publications)
proposer et conduire des activités de formation continue
animer une activité de traduction et participer à la réflexion générale sur les enjeux philosophiques de la traduction, réflexion qui trouve au Collège une place privilégiée du fait de sa dimension internationale
diriger les travaux de candidats au Diplôme du Collège international de philosophie
participer aux instances du Collège (Conseil, Comité de lecture)
Il appartient à chaque directeur de programme de coordonner un certain nombre de ces activités selon son choix et le déroulement de son programme.
L'ensemble des directeurs de programme forme l'assemblée collégiale, qui définit et met en oeuvre les recherches menées au sein du Collège international de philosophie.
La charge de directeur de programme requiert la participation à la vie et aux tâches collégiales :
assemblées collégiales, commissions, participation éventuelle au conseil, examen des propositions de séminaires.
Les directeurs de programme disposent des moyens suivants :
mise à disposition de salles pour séminaires et conférences ;
accès sous certaines conditions à des crédits de fonctionnement
Une direction de programme peut se tenir à Paris, en province ou à l'étranger.
Le Collège international de philosophie confie aux directeurs de programme installés en province ou à l'étranger le développement de ses relations avec les institutions et collectivités locales.