Le corps et ses affects. Actualité du spinozisme dans les sciences sociales et les sciences de la vie
En quoi le modèle spinoziste du corps et de sa puissance affective est-il pertinent dans les sciences sociales et dans les sciences du vivant ? Il existe une véritable actualité du modèle spinoziste du corps dans les recherches les plus récentes de ces disciplines : pensons, dans le domaine de la biologie (de la biophysique et de la neurobiologie), aux travaux d’Henri Atlan, d’Antonio R. Damasio, ou encore à la fructueuse confrontation entre Paul Ricoeur et Jean–Pierre Changeux ; dans le domaine des sciences humaines (sociologie et économie), à Olivier Le Cour Grandmaison, ainsi qu’à Frédéric Lordon, dont les réflexions les plus récentes jettent les bases explicites « d’un programme qui affirmerait la possibilité de sciences sociales spinozistes ».
L’idée directrice de cette confrontation entre la pensée spinoziste du corps et les recherches en sciences sociales et biologiques peut se formuler de la manière suivante : qu’en est-il du sujet et de ses normes – du sujet entendu comme corps à la fois assujetti et productif, et de ses normes entendues d’abord comme logiques affectives ? L’essence du corps, comprise par Spinoza dans son ordre propre, c’est-à-dire dans la positivité de son activité matérielle, n’est autre qu’une puissance : puissance d’être affecté et d’affecter, pouvoir affectif en réseau avec d’autres corps. Chez Spinoza, les activités physiques et sociales du corps ne sont donc pas évaluées en fonction de normes morales, qui prescriraient au corps la manière dont il peut et doit se discipliner ; mais à partir de la puissance immanente de ses propres normes, qui sont des normes affectives. Le modèle spinoziste du corps a une pertinence en science dans la mesure où il n’est pas un modèle moral, et où il invite à penser les activités vitales et sociales du corps par elles-mêmes, sans recours à une quelconque forme de transcendance. La pensée spinoziste a ceci de spécifique qu’elle envisage le corps vivant, dans ses rapports avec son milieu naturel ou social, comme corps désirant. Le « corps organique » se vit, à travers son effort de conservation (son conatus), et les connexions qu’il établit avec les autres corps, comme « corps affectif ». Que peut donc le corps, en tant que puissance sensible, puissance à la fois normative et affective ?
C’est notamment à partir de la réflexion épistémologique de G. Canguilhem sur la normativité du vivant, ainsi que des travaux de P. Bourdieu et M. Foucault sur la politique des corps en lutte, que nous comptons mener cette interrogation sur la puissance sensible du corps, par laquelle se comprennent à la fois sa vitalité naturelle et sa socialisation politique.
/ Bibliographie
« La position du maître : enseigner, abrutir, émanciper », Rue Descartes, n° 71, http://www.ruedescartes.org/, janvier 2011.
Spinoza. Union et désunion, coll. « Bibliothèque des Philosophies ».Paris, Vrin, 2011
La théorie spinoziste des rapports corps/esprit et ses usages actuels, sous la dir. de Ch. Jaquet, P. Sévérac et A. Suhamy, Hermann, 2009.
« Deleuze-Guattari : machine à écrire », in n°59 Gilles Deleuze, Revue Rue Descartes, éd.P.U.F 2008
Le devenir actif chez Spinoza, éd. Honoré Champion, Paris, 2005.
La perception, éd. Ellipses, Paris, 2004
Fortitude et servitude, lectures de l’Ethique IV de Spinoza, sous la direction de Chantal Jaquet, Pascal Sévérac et Ariel Suhamy, éd. Kimé, Paris, 2003
L’Appendice à la première partie de l’Ethique de Spinoza, éd. Ellipses, Paris, 1999.
L’Ethique de Spinoza, éd. Ellipses, 64 p., Paris, 1997
/ Autres directeurs
/ Les directeurs de programme
L'activité philosophique, scientifique et de recherche est animée par une assemblée collégiale composée de 50 « Directeurs de programme » nommés pour six ans.
Une direction de programme est conçue comme la mise en oeuvre d'un programme de recherche original, cohérent, destiné à se développer sur une période de six ans. Expérimentation, consistance et progressivité sont les caractéristiques de cette activité.
En général, une direction de programme s'articule autour d'un séminaire qui définit la problématique générale de la recherche et assure à celle-ci une certaine publicité. Mais le séminaire ne représente qu'un noyau initial sur lequel se greffent d'autres éléments.
En effet, un Directeur de programme peut :
conduire un séminaire en invitant éventuellement intervenants et conférenciers
écrire des textes destinés à publication ; coordonner un numéro de la revue Rue Descartes
établir des relations tant avec d'autres organismes de recherche (CNRS, EHESS, MSH, ENS, Universités, Collège de France, etc.), qu'avec des institutions culturelles (CIté des Sciences et de l'Industrie, Instituts culturels étrangers, IRCAM, musées, etc.), ouvrir ainsi un espace de réflexion permettant de regrouper des personnes issues de milieux professionnels divers
prendre l'initiative de journées d'étude, de colloques, de samedis du livre
mettre en place un groupe de travail, un atelier (par exemple de lecture collective ou pour préparer des publications)
proposer et conduire des activités de formation continue
animer une activité de traduction et participer à la réflexion générale sur les enjeux philosophiques de la traduction, réflexion qui trouve au Collège une place privilégiée du fait de sa dimension internationale
diriger les travaux de candidats au Diplôme du Collège international de philosophie
participer aux instances du Collège (Conseil, Comité de lecture)
Il appartient à chaque directeur de programme de coordonner un certain nombre de ces activités selon son choix et le déroulement de son programme.
L'ensemble des directeurs de programme forme l'assemblée collégiale, qui définit et met en oeuvre les recherches menées au sein du Collège international de philosophie.
La charge de directeur de programme requiert la participation à la vie et aux tâches collégiales :
assemblées collégiales, commissions, participation éventuelle au conseil, examen des propositions de séminaires.
Les directeurs de programme disposent des moyens suivants :
mise à disposition de salles pour séminaires et conférences ;
accès sous certaines conditions à des crédits de fonctionnement
Une direction de programme peut se tenir à Paris, en province ou à l'étranger.
Le Collège international de philosophie confie aux directeurs de programme installés en province ou à l'étranger le développement de ses relations avec les institutions et collectivités locales.