Pour une histoire du structuralisme : La question du signe entre sciences humaines et philosphie en France
Ce programme de travail repose sur l’hypothèse selon laquelle on ne peut comprendre l’actualité (au double sens de pertinence pour le présent et d’efficacité pratique) de la philosophie française d’après guerre que si on la replace dans le contexte des problèmes à la fois méthodologiques et spéculatifs posés par ce renouvellement des sciences humaines connu et méconnu sous le nom de « structuralisme ».
Il s’agit donc d’abord de proposer une réinterprétation des enjeux de la « méthode structurale » dans les domaines qu’elle a traversés : alors qu’on y voit généralement une hypothèse sur la fonction des phénomènes culturels, à savoir qu’ils auraient tous un caractère significatif, je crois qu’elle repose sur la mise en évidence du problème méconnu que pose la détermination des faits culturels eux-mêmes, ce qu’on peut appeler leur « ontologie ». Je l’ai montré pour les faits langage dans mon travail sur Saussure (thèse de doctorat publiée sur le titre La vie énigmatique des signes, Saussure et la naissance du structuralisme, Léo Scheer, 2006). Le concept de « phonème » est une réponse à la question : « qu’est-ce qui permet d’identifier un son du langage ? ». Mais l’extension de la méthode structurale à l’anthropologie par Lévi-Strauss se justifie aussi par le problème que pose l’identité des pratiques comme les récits mythiques ou les « habitudes de parenté ». De même, à travers le renouvellement de la psychanalyse par Lacan, c’est le problème de l’identité de l’objet du désir qui en question ; à travers celui de l’histoire par Foucault, le problème de la détermination d’un événement. Je propose donc une série d’enquêtes sur les motifs et les raisons de la redéfinition sémiologique de quatre disciplines : la linguistique, l’anthropologie, la psychanalyse et l’histoire.
Il s’agit ensuite de montrer comment ce « problème du signe » a été au cœur du renouvellement de la philosophie sous l’impact du structuralisme, à la fois à travers les grands débats avec l’existentialisme, la dialectique (Sartre), la phénoménologie (Merleau-Ponty), l’herméneutique (Ricœur), et à travers les efforts pour construire une ontologie nouvelle, chez Althusser, Foucault, mais aussi Deleuze, Derrida et Lyotard. Je propose donc une série de relecture de la philosophie française d’après quarante-cinq à la lumière des sciences humaines, avec l’intention de montrer à chaque fois comment le passage par la philosophie permet de transformer les pratiques théoriques jusque dans le détail du travail (théorie des idéologies chez Althusser, archéologie de Foucault, déconstruction de Derrida, schizoanalyse de Deleuze, etc.), et de proposer une interprétation du moment présent en philosophie.
J’espère ainsi montrer non seulement que le structuralisme a été le pivot autour duquel a tourné la pensée française d’après-guerre, mais aussi qu’on ne pourra en saisir l’actualité qu’à condition de retrouver cet enracinement d’un problème philosophique dans le travail des savoirs. Ce programme sera accompagné d’une série d’essais pour montrer la possibilité et la nécessité de rouvrir les questions posées par le « structuralisme » et l’idée de sémiologie.
/ Bibliographie
“Foucault and The Order of Things” Blackwell Companion to Michel Foucault. London, Blackwell (à paraître).
Le Moment Philosophique des Années Soixante en France, (dir) P. Maniglier, Paris, PUF, « Philosophie Française Contemporaine », 2011. 608 p. (Actes de colloques coorganisé par le CIPh)
Foucault va au cinéma, (avec Dork Zabunyan) Paris, Bayard, « Logique des images », 2010. 164 p.
La Perspective du Diable. Figurations de l’espace et philosophie de la Renaissance à Rosemary’s Baby, Arles: Actes Sud, « Constructions », 2010. 157p.
La vie énigmatique des signes, Saussure et la naissance du structuralisme. « Non et non », Léo Scheer, Paris, 2006.
« Faire ce qui se défait : la question de la politique entre Sartre et le Structuralisme », Les temps modernes, n°632-634, juillet-octobre 2005, pp. 425-448
« Des us et des signes. Lévi-Strauss, philosophie pratique. », Revue de Métaphysique et de Morale, « Repenser les structures », n°1/2005, coordonné par G.-F. Duportail
La Culture, Collection « Philo-Notions », Ellipses, Paris, 2003
Le Vocabulaire de Lévi-Strauss, Collection « Le Vocabulaire de », Ellipses, Paris, 2002
/ Autres directeurs
/ Les directeurs de programme
L'activité philosophique, scientifique et de recherche est animée par une assemblée collégiale composée de 50 « Directeurs de programme » nommés pour six ans.
Une direction de programme est conçue comme la mise en oeuvre d'un programme de recherche original, cohérent, destiné à se développer sur une période de six ans. Expérimentation, consistance et progressivité sont les caractéristiques de cette activité.
En général, une direction de programme s'articule autour d'un séminaire qui définit la problématique générale de la recherche et assure à celle-ci une certaine publicité. Mais le séminaire ne représente qu'un noyau initial sur lequel se greffent d'autres éléments.
En effet, un Directeur de programme peut :
conduire un séminaire en invitant éventuellement intervenants et conférenciers
écrire des textes destinés à publication ; coordonner un numéro de la revue Rue Descartes
établir des relations tant avec d'autres organismes de recherche (CNRS, EHESS, MSH, ENS, Universités, Collège de France, etc.), qu'avec des institutions culturelles (CIté des Sciences et de l'Industrie, Instituts culturels étrangers, IRCAM, musées, etc.), ouvrir ainsi un espace de réflexion permettant de regrouper des personnes issues de milieux professionnels divers
prendre l'initiative de journées d'étude, de colloques, de samedis du livre
mettre en place un groupe de travail, un atelier (par exemple de lecture collective ou pour préparer des publications)
proposer et conduire des activités de formation continue
animer une activité de traduction et participer à la réflexion générale sur les enjeux philosophiques de la traduction, réflexion qui trouve au Collège une place privilégiée du fait de sa dimension internationale
diriger les travaux de candidats au Diplôme du Collège international de philosophie
participer aux instances du Collège (Conseil, Comité de lecture)
Il appartient à chaque directeur de programme de coordonner un certain nombre de ces activités selon son choix et le déroulement de son programme.
L'ensemble des directeurs de programme forme l'assemblée collégiale, qui définit et met en oeuvre les recherches menées au sein du Collège international de philosophie.
La charge de directeur de programme requiert la participation à la vie et aux tâches collégiales :
assemblées collégiales, commissions, participation éventuelle au conseil, examen des propositions de séminaires.
Les directeurs de programme disposent des moyens suivants :
mise à disposition de salles pour séminaires et conférences ;
accès sous certaines conditions à des crédits de fonctionnement
Une direction de programme peut se tenir à Paris, en province ou à l'étranger.
Le Collège international de philosophie confie aux directeurs de programme installés en province ou à l'étranger le développement de ses relations avec les institutions et collectivités locales.