Nous examinerons et développerons les conséquences d’un certain postulat régulateur à l’égard des rapports entre la science et la philosophie. Afin d’éviter toute forme de suture (Badiou) entre elles –rapports de domination-soumission, indiscernabilité, ou intrication–, nous suivrons l’impératif recteur de forcer une divergence aussi radicale que possible entre elles. Cet impératif rendra nécessaire de les redéfinir sous la forme de ce que nous appellerons savoir et système respectivement. Nous montrerons que les dispositifs philosophiques hégémoniques de mise en rapport entre science et philosophie peuvent être caractérisés, en dernière instance, par la formulation d’une théorie de la science, en ayant ainsi une position de domination théorique sur la science et en sachant ce que celle-ci ignore sur elle-même. La théorie philosophique de la science serait l’opérateur qui permettrait à la philosophie de garder, malgré le succès des sciences positives, la prérogative de continuer à être une science première du réel. La définition que nous proposerons de la philosophie devra se soumettre à l’exigence fondamentale de bannir toute forme de théorie philosophique de la science. En particulier, la distinction entre la science et la philosophie ne pourra pas dépendre de quelque forme de limite imposée par la philosophie au regard de l’aptitude de la science pour accomplir ses propres tâches. La stratégie désuturante que nous suivrons dépendra de la construction d’un concept élargi de science que nous appellerons savoir. Ce concept régulateur inclura non seulement les sciences positives, mais aussi toute forme de questionnement épistémologique, transcendantal ou ontologique (ontologie formelle, ontologies régionales, ontologie phénoménologique). Le savoir sera ainsi considéré comme l’idée pratique d’un travail théorique infini à l’intérieur duquel la réflexion de la science sur soi et le déploiement de sa médiation (auto)critique immanente pourront avoir lieu. L’immanence auto-réflexive rendue possible par cet élargissement heuristique de la notion de science nous permettra d’affirmer son autonomie à l’égard de la philosophie. Il faudra se demander ensuite quelles sont les fonctions conservées par la philosophie une fois réduite toute forme d’intrication avec le savoir. La philosophie sera définie comme une forme de la pensée qui vise un élargissement systématique de l’expérience du réel. Cette définition exigera en premier lieu d’entamer un travail de construction et clarification de la notion problématique du réel. Cette notion, sans faire référence à une certaine couche (ontologique, présymbolique, etc.) de l’expérience au détriment des autres, sera comprise comme un horizon régulateur d’immanence radicale pour toute forme d’expérience. La spécificité de la philosophie sera fournie par ce que Badiou appelle sa systématicité, c’est-à-dire par sa capacité de compossibiliser les différentes procédures régionales (savoir, art, politique, psychanalyse, etc.) dans l’horizon d’une économie générale de la pensée (Derrida). Une expérience philosophique du réel dépend ainsi du frayage de voies transversales entre les procédures de pensée autres que la philosophie, de l’exercice d’une traduction générale entre elles et d’un « co-déploiement [systématique] de leurs visées intentionnelles » (Derrida). Néanmoins, et à la différence de certains auteurs (comme par exemple Deleuze et Badiou), nous soutiendrons que cette dimension systématique de la philosophie n’est pas commandée ou prescrite par une délocalisation de type ontologique (ce qui serait encore une prescription théorique et donc suturée au savoir). Le caractère systématique de la philosophie n’impliquera pas non plus qu’elle soit conçue comme un survol abstrait, une « transcendance vide » (Deleuze), une classification ou totalisation encyclopédique, un genre suprême, une architectonique formelle des intérêts de la raison ou une exploitation impuissante de ce qui est produit ailleurs, mais comme une activité singulière de production, décision et performativité systématique. Il faudra en conséquence expliciter et clarifier les conditions qui garantissent la compatibilité entre ses compétences spécifiques et son ubiquité systématique. A cet effet, nous déploierons la définition proposée au moyen de la caractérisation d’un certain nombre de notions, à savoir son champ propre d’opérations (espace philosophique), sa typologie subjective, son organon (corps du système), ses opérations spécifiques (compossibilité, connexion, expropriation, recollement, transduction, production d’idées régulatrices, etc.), son langage (langue philosophique) et la typologie de ses productions (œuvres et effets philosophiques). Le déploiement effectif de ce programme s’effectuera au moyen d’un travail de lecture et de réévaluation de certaines thèses et positions propres à la philosophie allemande (notamment chez Kant, Hegel, Husserl et Heidegger) et à la philosophie française contemporaine (notamment chez Badiou, Deleuze, Derrida et Laruelle). La construction de l’idée régulatrice du savoir rendra également nécessaire de traiter certains matériaux fournis par les mathématiques et la physique contemporaines.
/ Bibliographie
" L’origine neurogeometrique de la géométrie " (compte rendu de l’ouvrage de J. Petitot, Neurogéométrie de la vision - Modèles mathèmatiques et physiques des architectures fonctionnelles (Paris : Les Éditions de l'École polytechnique, 2009), in Critique, Editions de Minuit, Paris , avril 2011.
" Outland Empire: Towards a Speculative Definition Modern Philosophy ", in The Speculative Turn: Continental Materialism and Realism, (dir) R. Bryant, N. Srnicek et G. Harman, re-press, Melbourne, pp. 334-367, 2011.
" On Philosophical Alchimery, or Why All Chimeric Compositions are Philosophical Stones ", in Collapse. Philosophical Research and Development, Volume VII, Urbanomic, Falmouth pp. 561-567.
/ Autres directeurs
/ Les directeurs de programme
L'activité philosophique, scientifique et de recherche est animée par une assemblée collégiale composée de 50 « Directeurs de programme » nommés pour six ans.
Une direction de programme est conçue comme la mise en oeuvre d'un programme de recherche original, cohérent, destiné à se développer sur une période de six ans. Expérimentation, consistance et progressivité sont les caractéristiques de cette activité.
En général, une direction de programme s'articule autour d'un séminaire qui définit la problématique générale de la recherche et assure à celle-ci une certaine publicité. Mais le séminaire ne représente qu'un noyau initial sur lequel se greffent d'autres éléments.
En effet, un Directeur de programme peut :
conduire un séminaire en invitant éventuellement intervenants et conférenciers
écrire des textes destinés à publication ; coordonner un numéro de la revue Rue Descartes
établir des relations tant avec d'autres organismes de recherche (CNRS, EHESS, MSH, ENS, Universités, Collège de France, etc.), qu'avec des institutions culturelles (CIté des Sciences et de l'Industrie, Instituts culturels étrangers, IRCAM, musées, etc.), ouvrir ainsi un espace de réflexion permettant de regrouper des personnes issues de milieux professionnels divers
prendre l'initiative de journées d'étude, de colloques, de samedis du livre
mettre en place un groupe de travail, un atelier (par exemple de lecture collective ou pour préparer des publications)
proposer et conduire des activités de formation continue
animer une activité de traduction et participer à la réflexion générale sur les enjeux philosophiques de la traduction, réflexion qui trouve au Collège une place privilégiée du fait de sa dimension internationale
diriger les travaux de candidats au Diplôme du Collège international de philosophie
participer aux instances du Collège (Conseil, Comité de lecture)
Il appartient à chaque directeur de programme de coordonner un certain nombre de ces activités selon son choix et le déroulement de son programme.
L'ensemble des directeurs de programme forme l'assemblée collégiale, qui définit et met en oeuvre les recherches menées au sein du Collège international de philosophie.
La charge de directeur de programme requiert la participation à la vie et aux tâches collégiales :
assemblées collégiales, commissions, participation éventuelle au conseil, examen des propositions de séminaires.
Les directeurs de programme disposent des moyens suivants :
mise à disposition de salles pour séminaires et conférences ;
accès sous certaines conditions à des crédits de fonctionnement
Une direction de programme peut se tenir à Paris, en province ou à l'étranger.
Le Collège international de philosophie confie aux directeurs de programme installés en province ou à l'étranger le développement de ses relations avec les institutions et collectivités locales.