La pensée à l'oeuvre : Écritures de la pensée, du XVIIIe au XXe siècle
L’idée organisatrice de ce projet, c’est que la littérature pense, sous des modalités qui ne son pas de l’ordre du concept, et que l’étude de cette pensée engage chez le chercheur un geste aux dimensions herméneutiques, esthétiques et éthiques. L’on aimerait, se démarquant des approches qui réduisent l’œuvre des mots à un travail du négatif, mettre en relief une certaine pensivité active de la littérature. C’est que celle-ci rend la pensée sensible, la “ met en chair ” au fil d’illuminations, méditations, ruminations, “ images de pensée ” (les Denkbilder de Walter Benjamin). Ce procès peut se faire tragique lorsque se profile l’incapacité à penser, énigmatique, lorsque ce qui parle, c’est la “ voix du dehors ”, l’autre pensée . Étudier la pensivité à l’œuvre dans la littérature peut donc nous mener à reposer la fameuse question kantienne “ Qu’est-ce que s’orienter dans la pensée ? ”, fût-ce pour mettre en jeu une féconde désorientation.
S’attachant à étudier cette écriture de la pensée qui est celle de la littérature dans son rapport conflictuel ou amoureux à la philosophie posée comme discipline du concept, mon projet s’articule autour de trois axes majeurs :
- Il s’agit tout d’abord de tenter une historicisation des questions. Un certain différend entre littérature et philosophie se joue principalement autour du partage et l’assignation de l’activité de pensée, de son aire et de ses prérogatives. On tentera de faire l’histoire de ce partage, à partir du tournant des Lumières, moment où les disciplines littéraire et philosophique se constituent comme telles.
- Dans un deuxième temps, on développera l’idée d’une littérature apparaissant, au tournant des Lumières, comme “ cogito sensible ”. La modernité philosophique et littéraire aurait-elle mis fin à une certaine représentation de l’intériorité, lui substituant une “pensée du dehors ” ? Comment penser l’évolution des représentations mêmes de l’activité de pensée ?
- On s’interrogera, enfin, sur ce corps de la pensée auquel nous donne accès la littérature. Pensée incarnée, voire pensée “ dérobée ”, la littérature met en figures “ gestes de pensée ”, vitesses et phrasés singuliers. On interrogera l’effet heuristique que produit l’écriture littéraire sur l’écriture philosophique, lorsque le philosophe se met à penser l’invention à l’œuvre dans son propre acte de pensée, à se faire écrivain penseur, poète pensif. On croisera le propos du philosophe réfléchissant la pensée à l’œuvre dans l’écriture et l’entreprise de l’écrivain, lorsque celui-ci, se livrant à une forme de méta-réflexion, tente de définir son rapport de sujet écrivant avec cette pensée qu’il s’agit de capturer, d’épouser, d’inscrire, jusqu’aux limites parfois du visible, du pensable et du représentable. L’écrivain pensif semble ramener le langage à sa source imaginale, c'est-à-dire vivifier la langue spéculative de cette ressource sensorielle dont elle tend à se couper dans la philosophie “ pure ”, laquelle privilégie les “ représentations de chose ” au détriment des “ représentations de mot ” : notre investigation sur les écritures de la pensée devra compter avec la psychanalyse.
/ Bibliographie
Figures du dehors, autour de Jean-Luc Nancy, (dir) Gisèle Berkman et Danielle Cohen-Levinas, actes du colloque sur Jean-Luc Nancy organisé par le Collège international de philosophie et Paris-IV-Sorbonne, avec une postface de Jean-Luc Nancy, 2012
L’Effet Bartleby, philosophes lecteurs, Hermann, «fictions pensantes », mai 2011.
" L'Âge de la traduction. "La tâche du traducteur " de Walter Benjamin, un commentaire " in Clair/Obscur, n°65 de la Revue Rue Descartes, ed P.U.F, 2009
Archéologie du moi, (dir) Gisèle Berkman et Caroline Jacot-Grapa, Presses Universitaires de Vincennes (PUV), coll. la philosophie hors de soi, 233 p. déc. 2009
" Filiation, origine, fantasme, les voies de l’individuation " in Monsieur Nicolas ou le coeur humain dévoilé de Rétif de la Bretonne, Champion, « Les dix-huitièmes siècles », 2006.
" Pas-rien: à propos « des » Rousseau de Jacques Derrida ", Europe,numéro spécial « Jacques Derrida », coordonné par Évelyne Grossman, mai 2004, p. 92-108
/ Autres directeurs
/ Les directeurs de programme
L'activité philosophique, scientifique et de recherche est animée par une assemblée collégiale composée de 50 « Directeurs de programme » nommés pour six ans.
Une direction de programme est conçue comme la mise en oeuvre d'un programme de recherche original, cohérent, destiné à se développer sur une période de six ans. Expérimentation, consistance et progressivité sont les caractéristiques de cette activité.
En général, une direction de programme s'articule autour d'un séminaire qui définit la problématique générale de la recherche et assure à celle-ci une certaine publicité. Mais le séminaire ne représente qu'un noyau initial sur lequel se greffent d'autres éléments.
En effet, un Directeur de programme peut :
conduire un séminaire en invitant éventuellement intervenants et conférenciers
écrire des textes destinés à publication ; coordonner un numéro de la revue Rue Descartes
établir des relations tant avec d'autres organismes de recherche (CNRS, EHESS, MSH, ENS, Universités, Collège de France, etc.), qu'avec des institutions culturelles (CIté des Sciences et de l'Industrie, Instituts culturels étrangers, IRCAM, musées, etc.), ouvrir ainsi un espace de réflexion permettant de regrouper des personnes issues de milieux professionnels divers
prendre l'initiative de journées d'étude, de colloques, de samedis du livre
mettre en place un groupe de travail, un atelier (par exemple de lecture collective ou pour préparer des publications)
proposer et conduire des activités de formation continue
animer une activité de traduction et participer à la réflexion générale sur les enjeux philosophiques de la traduction, réflexion qui trouve au Collège une place privilégiée du fait de sa dimension internationale
diriger les travaux de candidats au Diplôme du Collège international de philosophie
participer aux instances du Collège (Conseil, Comité de lecture)
Il appartient à chaque directeur de programme de coordonner un certain nombre de ces activités selon son choix et le déroulement de son programme.
L'ensemble des directeurs de programme forme l'assemblée collégiale, qui définit et met en oeuvre les recherches menées au sein du Collège international de philosophie.
La charge de directeur de programme requiert la participation à la vie et aux tâches collégiales :
assemblées collégiales, commissions, participation éventuelle au conseil, examen des propositions de séminaires.
Les directeurs de programme disposent des moyens suivants :
mise à disposition de salles pour séminaires et conférences ;
accès sous certaines conditions à des crédits de fonctionnement
Une direction de programme peut se tenir à Paris, en province ou à l'étranger.
Le Collège international de philosophie confie aux directeurs de programme installés en province ou à l'étranger le développement de ses relations avec les institutions et collectivités locales.