L’objectif du programme est d’examiner à la lumière de travaux récents les rapports variés entre sciences et dialectiques, tels qu’ils peuvent se tramer en philosophie des mathématiques d’un côté, en philosophie des sciences sociales de l’autre.
On partira d’une double distinction comme hypothèse de travail. (a) L’on distingue d’une part les conceptions philosophiques du vrai des conceptions épistémologiques, les dernières rabattant la question du vrai à celle des conditions pour l’essentiel « correspondantistes » de l’objectivité du savoir, les premières redoublant a contrario cette formulation scolastique de la vérité par une méditation sur le vrai comme procès advenant au réel et à la pensée en et au-delà du champ de l’objectivation. (b) D’autre part, dans le rapport sciences-dialectiques, on rappelle que l’histoire nous lègue une opposition entre deux types de postures : entre celles qui, en faveur du régime du faire-science objectif, ou à l’opposé, du régime de la rationalité dialectique, militent pour une non-contamination mutuelle, et donc pour leur extériorité réciproque, et celles qui, au contraire, sous des modalités variables, plaident pour leurs mises à l’épreuve respectives, et donc pour un dialogue présumé fécond.
La charnière entre les deux séminaires du programme sera la méditation de la Critique de la raison dialectique de Sartre, avec au centre, une expérience de transfert conceptuel de son dispositif portant sur l’être social, dans le champ de la philosophie des mathématiques.
(I) Le programme, dans son premier séminaire de « philosophie des mathématiques », réouvrira d’abord le « dossier Hegel » pour examiner ce que nous livre la Science de la logique sur le mathématique. Cet examen sera ensuite poursuivi par celui des tentatives actuelles de sa formalisation logique, visant à la justifier en partie en opposition avec l’esprit hégélien lui-même. Enfin on relèvera ses instructifs écarts et ses proximités avec l’étonnante dialectique néo-platonicienne d’A. Lautman. Revenant à l’idée spinoziste de l’immanence du vrai aux pratiques théoriques, on procèdera donc à cette lecture transposante de la Critique de Sartre et du fétichisme de la marchandise pensé par Marx, pour voir si l’interprétation du devenir mathématique comme procès pratico-inerte sans objet ni sujet pourrait faire sens dans le débat actuel.
(II) La lecture, reprise en son sens « légitime », de la Critique où Sartre examine les conditions de l’appréhension de la vérité en histoire à partir d’une étude des formes structurelles et processuelles de la socialité, nous amènera au second séminaire de « Philosophie des sciences sociales » du programme. Entre Machiavel, Marx et Foucault, on examinera alors les réquisits attachés à l’idée d’une science de l’homme dûment refondée, et l’on s’interrogera en particulier sur cet exercice d’une « science de l’homme Flaubert » que représente l’immense L’idiot de la famille de Sartre. Le fil directeur sera toujours alors le statut et le rôle de la dialectique comme opérateur entre le philosophique et le scientifique, que l’on s’efforcera de poussera dans ses ressorts heuristiques par l’étude socio-anthropologique des phénomènes idéologique et utopique.
Peut-être fera-t-on finalement surgir, avec Foucault, l’idée selon laquelle le politique serait lieu de vérité, et avec Sartre, qu’il le serait comme manifestation d’un Etre social qui ne peut être Etre qu’en se faisant dépassement humain de ‘soi’ toujours déjà englué dans ses productions. Se demander si la rationalité dialectique, en cette hypothèse, pourrait œuvrer à une nouvelle interface entre sciences et politique, serait alors un objet de choix pour les débats attendus et souhaités dans ce programme.
Marx au pays des soviets ou les deux visages du communisme, La Ville Brûle, Montreuil, 2011 (Engagé-e-s).
Sartre et le marxisme, (dir) E. Barot, La Dispute, Paris, 2011, p. 404.
Camera Politica. Dialectique du réalisme dans le cinéma politique et militant, Vrin, Paris, 2009 (coll. Philosophie et Cinéma).
Avec Julien Servois : Kant face aux mathématiques modernes (dir.), Vrin, Paris, 2009 (coll. Histoire de la Philosophie).
La crise des fondements des mathématiques fut-elle révolutionnaire ? (Sur l’avènement du paradigme axiomatico-ensembliste), in O. Bloch (dir.), L’idée de révolution : quelle place lui faire au XXIe siècle ?, Presses de la Sorbonne, Paris, 2009, p. 167-179.
« En quoi la crise des fondements des mathématiques est-elle terminée ? », Philosophia Scientiae, n° 9(2), Aperçus philosophiques en logique et mathématiques, 2005, p. 23-39.
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/ Les directeurs de programme
L'activité philosophique, scientifique et de recherche est animée par une assemblée collégiale composée de 50 « Directeurs de programme » nommés pour six ans.
Une direction de programme est conçue comme la mise en oeuvre d'un programme de recherche original, cohérent, destiné à se développer sur une période de six ans. Expérimentation, consistance et progressivité sont les caractéristiques de cette activité.
En général, une direction de programme s'articule autour d'un séminaire qui définit la problématique générale de la recherche et assure à celle-ci une certaine publicité. Mais le séminaire ne représente qu'un noyau initial sur lequel se greffent d'autres éléments.
En effet, un Directeur de programme peut :
conduire un séminaire en invitant éventuellement intervenants et conférenciers
écrire des textes destinés à publication ; coordonner un numéro de la revue Rue Descartes
établir des relations tant avec d'autres organismes de recherche (CNRS, EHESS, MSH, ENS, Universités, Collège de France, etc.), qu'avec des institutions culturelles (CIté des Sciences et de l'Industrie, Instituts culturels étrangers, IRCAM, musées, etc.), ouvrir ainsi un espace de réflexion permettant de regrouper des personnes issues de milieux professionnels divers
prendre l'initiative de journées d'étude, de colloques, de samedis du livre
mettre en place un groupe de travail, un atelier (par exemple de lecture collective ou pour préparer des publications)
proposer et conduire des activités de formation continue
animer une activité de traduction et participer à la réflexion générale sur les enjeux philosophiques de la traduction, réflexion qui trouve au Collège une place privilégiée du fait de sa dimension internationale
diriger les travaux de candidats au Diplôme du Collège international de philosophie
participer aux instances du Collège (Conseil, Comité de lecture)
Il appartient à chaque directeur de programme de coordonner un certain nombre de ces activités selon son choix et le déroulement de son programme.
L'ensemble des directeurs de programme forme l'assemblée collégiale, qui définit et met en oeuvre les recherches menées au sein du Collège international de philosophie.
La charge de directeur de programme requiert la participation à la vie et aux tâches collégiales :
assemblées collégiales, commissions, participation éventuelle au conseil, examen des propositions de séminaires.
Les directeurs de programme disposent des moyens suivants :
mise à disposition de salles pour séminaires et conférences ;
accès sous certaines conditions à des crédits de fonctionnement
Une direction de programme peut se tenir à Paris, en province ou à l'étranger.
Le Collège international de philosophie confie aux directeurs de programme installés en province ou à l'étranger le développement de ses relations avec les institutions et collectivités locales.