Au mieux, nous pouvons dire à partir des sciences sociales que l’utilisation de l’Internet accroît le contact que les gens ont avec ceux qu’on considère traditionnellement comme formant une « communauté » autour de cette personne : la famille, les amis, et les voisins. De plus, on utilise aussi l’Internet comme une plateforme pour forger de nouvelles relations, en sus de celles qui préexistent. Ces relations sont de nature plus limitée que les liens qu’on entretient avec les amis ou la famille. Ils sont détachés des contraintes d’espace, et même des contraintes temporelle de synchronie ; ils ont à l’ordinaire l’intérêt ou la pratique pour base, et jouent de ce fait un rôle plus limité dans la vie des gens que les relations plus exigeantes de l’entourage de la famille ou des amis intimes. Chaque connexion séparément, ou chaque agrégat de connexions qui forment un réseau social, ou un réseau de relations sociales, joue un certain rôle, qui n’est pas définitif, dans la vie de chaque participant. Il y a peu de désaccord parmi les chercheurs sur le fait que ces formes de liens faibles ou de relations sociales à responsabilité limitée sont plus faciles à créer sur l’Internet, et que nous voyons se renforcer leur prévalence parmi les utilisateurs de l’Internet. Le désaccord porte surtout sur l’interprétation de ce fait : en d’autres termes, est-ce, en fin de compte, une bonne chose que nous bénéficions de relations émotionnelles multiples, entrecroisées, et limitées, ou bien cela mine-t-il l’intégration de notre être social ?

The Wealth of Networks
Yale University Press, 2006, p.365-366
(trad. Thierry Leterre
)