« Inconnexion » traduit le néologisme anglo-saxon « notworking ». Dans la version originale de son texte, Geert Lovink s’explique sur cette notion en se référant au magnat George Soros, à qui il attribue sinon la paternité de la notion, du moins l’usage qu’il en a entendu faire au début des années 90 : « networking is notworking ».
Partant du constat que certaines pratiques réticulaires – en l’occurrence le regroupement en « réseaux » autour de la photocopieuse ou de la machine à café ! – ne favorisaient pas l’efficacité et la productivité du travail, George Soros en aurait conclu l’inanité des réseaux culturels en général, et notamment dans le cadre de ses propres organisations caritatives.
Il s’est évidemment avéré impossible de translitérer le jeu de mots anglo-saxon, qui associe « se mettre en réseau » (networking) à « fuir le travail » (notworking). Il fallait pourtant rendre compte de la tension que dénote ce dernier néologisme. L’économie morphologique et sémantique a finalement imposé « inconnexion », destiné à signifier aussi bien le travail de la mise en réseau et ses effets, que les soubassements problématiques de cette mise en réseau, et notamment l’idée d’un écart, voire d’un résidu à l’être-connecté qui ressortit à une forme de liberté elle-même problématique. « Inconnexion » permet ainsi de signifier que les pratiques réticulaires ne se résolvent ni en termes de connexion – contraintes par l’ordre du travail ou consenties à la faveur de la (post)modernité – ni en termes de déconnexion – soit refus des technologies, soit prise de liberté à l’égard des contraintes de la (post)modernité.
« Inconnexion » est ainsi le nom d’une expérience hybride des technologies de l’information et de la communication, où se donne à penser la participation à un univers informatique conjointement aliénant et libérateur.
(Note de Paul Mathias)