Dans un tel contexte, mais en ayant principalement à l’esprit
les crises sanitaires et environnementales qui, selon elle, «
agissent de la même manière que les guerres ou les
révolutions », Marie-Angèle Hermitte a posé
l’hypothèse d’un nouveau pacte social, fondé sur l’aveu.
De même que des sociétés déchirées
par les guerres civiles se sont reconstruites autour de l’aveu devant
les commissions de « vérité et
réconciliation », de même, pense-t-elle, mieux vaut
avouer que cacher les crises sanitaires ou environnementales, et
construire par consensus sur la nécessité d’en sortir,
«un nouveau peuple caractérisé par
l’assemblage de citoyens, politiques, scientifiques et industriels
capables de mettre un instant leurs divergences de côté
pour refonder le pacte social en intégrant les parts de nature
et de culture des artefacts qui nous environnent1».
A condition d’éviter toute dérive
moralisatrice, voire religieuse, de « l’aveu » promu
rédempteur universel et d’élargir la réflexion
à l’ensemble des biens communs, cette idée de retisser le
lien social autour d’une réorganisation savoirs/pouvoirs est
séduisante, mais techniquement complexe car elle passe notamment
par des limitations aux droits de propriété
intellectuelle.
Au-delà de la clause générale
qui exclut de la brevetabilité les inventions contraires
à la dignité humaine, à l’ordre public ou aux
bonnes mœurs (ADPIC art. 27-2, directive UE 1998, art.6, CPI art. L
611-17), et indépendamment des exclusions spécifiques
comme celle du corps humain (art. 5-1 directive UE et art. art. L
611-18 CPI), la protection de la santé comme bien commun est,
comme on l’a vu, au centre du débat mondial à l’OMC sur
les brevets pharmaceutiques et les médicaments. De l’accord de
Doha (2003) à celui de Hong Kong (2005), la question n’est qu’en
partie résolue par l’octroi de licences pour la fabrication des
génériques à bas prix.
Ainsi en Europe une proposition de règlement
organisant le régime des licences obligatoires est en cours
d’élaboration pour mettre en œuvre la déclaration de
Doha. Une mise en oeuvre confiée aux autorités nationales
compétentes en matière de licences obligatoires, ainsi
chargées de gérer le système pour le compte de la
communauté internationale en vérifiant tout à la
fois le respect du droit européen et du droit de l’OMC afin
d’éviter les trafics.
1 M.-A. Hermitte, «
La fondation juridique d’une société des sciences et des
techniques par les crises et les risques », précité
; également « Bioéthique et brevets : le nouveau
contrat social issu du système international », in La Société internationale et
les enjeux bioéthiques, dir. S. Maljean-Dubois, Pedone,
2006, pp. 111-164.