Pratiques de pouvoir et formes de représentation.
Fonction du coup d’État
Ce projet se propose d’analyser les rapports entre pratiques de pouvoir et formes de représentation du pouvoir ; la représentation du pouvoir étant un élément structural de son fonctionnement, de son efficacité et de sa performativité. A partir de l’âge classique une nouvelle économie des rapports de pouvoir se met en place ; elle va définir un mode de fonctionnement de l’art gouvernemental dont nous ne nous sommes probablement pas encore débarrassés. La théâtralisation du pouvoir comme manifestation de l'État et du souverain, du souverain comme dépositaire du pouvoir d'État, est un élément structural du mode de fonctionner du pouvoir. Il en va de même pour les mouvements sociaux, pour les manifestations de rue, pour les pratiques de contre-conduite : leur pouvoir ne peut pas être séparé des formes de sa mise en scène. De plus, l’analyse des mécanismes de pouvoir ne peut pas être disjointe d’une étude des formes de violence et de représentation de la violence. Ainsi, on a affaire à trois concepts qui ne peuvent se comprendre que les uns par rapport aux autres et ne peuvent pas se comprendre les uns sans les autres : pouvoir, violence, et représentation.
Cette recherche doit beaucoup aux analyses de Foucault au sujet d’une l’histoire de la gouvernementalité. Ses études portant sur les mécanismes de fonctionnement du pouvoir, sur les rapports entre le dicible et le visible, sur les liens entre exercice du pouvoir, production de vérité et de subjectivité, constituent des points de référence incontournables pour le développement de ce projet. D’un autre coté, l'œuvre de Louis Marin nous aide considérablement aussi, car elle permet de démêler les rapports entre pouvoir, images et représentation. En fait, elle montre comment des institutions, des individus, des sujets, des groupes sociaux émergent et se reconnaissent à travers les différentes modalités de la représentation. Ceci implique aussi un changement important des formes de la violence et des luttes. Les luttes ne se manifestent plus seulement dans la forme de la violence nue et physique, mais elles deviennent des luttes symboliques, des luttes de/pour la représentation. A l'âge moderne, les affrontements qui ont pour enjeux et pour instruments les formes symboliques ont acquis une importance de plus en plus croissante. A ce sujet, les analyses de Bourdieu sur la violence symbolique et sur les luttes symboliques nous seront sans doute très utiles pour définir les relations qu'entretiennent les discours et les pratiques sociales.
Ce projet se développe entièrement dans une dimension historique. Pour étudier les rapports esquissés jusqu’ici, je partirai d’un exemple précis : celui de la théorie du coup d'État, inscrite dans l'horizon général de la raison d'État entre la fin du 16e et le 17e siècle. Au 17e siècle, le coup d’État n’a pas encore acquis la signification qui lui sera attribuée suite aux révolutions du 18e et 19e siècles, lorsqu’il indiquera l’entreprise violente par laquelle un individu ou un groupe s’empare du pouvoir ou la mesure par laquelle un gouvernement change, violemment et en dehors des lois, la constitution. Au 17e siècle, au contraire, on appellera coup d’état l’action qui décide quelque chose d’important pour le bien de l’état et du prince, l’acte extraordinaire auquel un gouvernement a recours pour ce qu’il conçoit être le salut de l’État. Le coup d'État est une forme particulière d'art de gouverner qui s'inscrit dans l'horizon général de la raison d'État. Il est un acte de violence qui excède les lois, bien qu’il ne soit pas pour autant en rupture avec la raison d'État. Cependant, il y a des moments où la raison d'état ne peut plus se servir des lois, où elle est obligé par quelque événement pressant et urgent de s'affranchir de ces lois au nom du salut de l'État : c'est le moment où le coup d'État éclate. Mais pour que le coup d'état soit efficace il doit éclater sur la scène, il doit se faire reconnaître : c'est le caractère nécessairement théâtral du coup d'état. Ainsi, dans la théorie baroque du coup d’état se font jour des questions qui tiennent à l’exercice du pouvoir, à ses formes de manifestation et de représentation et à l’éclat de la violence.
L'importance de ce projet est ainsi double : d'un coté, il représente un chapitre important pour la philosophie politique en tant que reconstruction historique du débat autour de la raison d'État et du coup d'État; d'un autre coté, il s’interroge sur l’économie générale du fonctionnement du pouvoir et essaie de tracer une généalogie qui pourrait aboutir à considérer la fonction politique de la communication, des mass-médias et des images dans nos sociétés contemporaines.
- 'Quelques remarques sur les enjeux d’une confrontation entre Foucault et Marx', in Cahier de l'Herne, Michel Foucault, Édition de l’Herne, Paris, 2011.
- Michel Foucault, Introduction to Kant's Anthropology, edited, with an Afterword and Critical Notes, by Roberto Nigro; Translated by Roberto Nigro and Kate Briggs, Semiotext(e)/MIT, Los Angeles, 2008.
-‘The Question of the Subject in the Trajectory of the Death of God as Veritable Critique of the Anthropological Illusion», in ‘ Coincidentia. Zeitschrift für europäische Geistesgeschichte’ : Kulturphilosophie, Diskursanalyse und Alterität bei Foucault und Certeau, Aschendorff Verlag Münster, 2013, p. 393-414.
L'activité philosophique, scientifique et de recherche est animée par une assemblée collégiale composée de 50 « Directeurs de programme » nommés pour six ans.
Une direction de programme est conçue comme la mise en oeuvre d'un programme de recherche original, cohérent, destiné à se développer sur une période de six ans. Expérimentation, consistance et progressivité sont les caractéristiques de cette activité.
En général, une direction de programme s'articule autour d'un séminaire qui définit la problématique générale de la recherche et assure à celle-ci une certaine publicité. Mais le séminaire ne représente qu'un noyau initial sur lequel se greffent d'autres éléments.
En effet, un Directeur de programme peut :
conduire un séminaire en invitant éventuellement intervenants et conférenciers
écrire des textes destinés à publication ; coordonner un numéro de la revue Rue Descartes
établir des relations tant avec d'autres organismes de recherche (CNRS, EHESS, MSH, ENS, Universités, Collège de France, etc.), qu'avec des institutions culturelles (CIté des Sciences et de l'Industrie, Instituts culturels étrangers, IRCAM, musées, etc.), ouvrir ainsi un espace de réflexion permettant de regrouper des personnes issues de milieux professionnels divers
prendre l'initiative de journées d'étude, de colloques, de samedis du livre
mettre en place un groupe de travail, un atelier (par exemple de lecture collective ou pour préparer des publications)
proposer et conduire des activités de formation continue
animer une activité de traduction et participer à la réflexion générale sur les enjeux philosophiques de la traduction, réflexion qui trouve au Collège une place privilégiée du fait de sa dimension internationale
diriger les travaux de candidats au Diplôme du Collège international de philosophie
participer aux instances du Collège (Conseil, Comité de lecture)
Il appartient à chaque directeur de programme de coordonner un certain nombre de ces activités selon son choix et le déroulement de son programme.
L'ensemble des directeurs de programme forme l'assemblée collégiale, qui définit et met en oeuvre les recherches menées au sein du Collège international de philosophie.
La charge de directeur de programme requiert la participation à la vie et aux tâches collégiales :
assemblées collégiales, commissions, participation éventuelle au conseil, examen des propositions de séminaires.
Les directeurs de programme disposent des moyens suivants :
mise à disposition de salles pour séminaires et conférences ;
accès sous certaines conditions à des crédits de fonctionnement
Une direction de programme peut se tenir à Paris, en province ou à l'étranger.
Le Collège international de philosophie confie aux directeurs de programme installés en province ou à l'étranger le développement de ses relations avec les institutions et collectivités locales.