CIPh : Historique

Le Collège international de philosophie a été fondé en 1983, à l'initiative de François Châtelet, de Jacques Derrida, de Jean-Pierre Faye et de Dominique Lecourt, que Jean-Pierre Chevènement, alors Ministre de l'Industrie et de la Recherche, avait chargés de rédiger un rapport sur l'état de l'enseignement de la philosophie en France. Ces interrogations, cette initiative venaient après bien des débats qui depuis le début de années soixante-dix agitaient la communauté philosophique.

Jacques Derrida a dit un jour (c'était au Collège même, en novembre 2003, à l’occasion de l’anniversaire de ses vingt ans) que le Collège international de philosophie était né d’une suite d’échecs.

Il faut en effet rappeler, si l'on veut comprendre le sens de la démarche de Jean-Pierre Chevènement, que Jacques Derrida avait, dès 1972 ou 1973 lancé quelques pistes, jeté sur le papier quelques idées ayant trait à l’enseignement de la philosophie. Ces réflexions, auxquelles la proximité de 1968 donnait une grande partie de leur sens, le conduisirent à fonder, en 1974, le Groupe de Recherche sur l’Enseignement Philosophique (Greph) dont les travaux devaient aboutir, en 1979, aux États généraux de la philosophie, qui se tinrent en juin 1979 à la Sorbonne et qui réunirent plus de 1000 personnes.

De quoi était-il question alors ? En gros : des conditions dans lesquelles était enseignée la philosophie dans les lycées et à l'université. Les travaux du Greph eurent lieu selon deux axes essentiels : décloisonnement de la discipline « philosophie » dans les établissements d'enseignement ; extension de l’enseignement de la philosophie hors de la classe de Terminale.

Le principe de l'intersection, sur lequel repose le fonctionnement du Collège depuis son origine, est une trace de cette volonté ancienne du Greph de croiser les approches théoriques. La philosophie, loin de se cantonner à l'histoire de sa discipline ou à l'étude d'un corpus qu'elle aurait pour charge exclusive de transmettre, devait dans l'esprit de ces chercheurs collaborer avec toutes les disciplines susceptibles de stimuler la pensée et de renouveler ses schèmes théoriques : philosophie et littérature, philosophie et sciences, philosophie et arts, philosophie et sciences humaines, philosophie et droit, etc.

Quant au second axe, il impliquait que la philosophie, c'est-à-dire les enseignants de philosophie, acceptassent de considérer que les enfants ou les adolescents, quelle que soit leur orientation, leur établissement, ou leur excellence avaient un droit égal à la pensée et à la réflexion théorique. On parlait alors d’un enseignement de la philosophie dès la seconde, ou même dès la sixième – voire dès l'école primaire.

Il ne serait pas inexact de prétendre que le seul reste de ces ambitions est le Collège international de philosophie. Car les projets de réforme rencontrèrent sur leur chemin, on le sait, non seulement le pouvoir politique d'alors, qui y était peu enclin, mais une grande partie de la corporation des enseignants de philosophie, dont Derrida a dit souvent qu'ils avaient sans doute été les plus pugnaces, dans leur force de résistance ou d'opposition.

Au Collège international de philosophie, qui n'a jamais été conçu comme une institution concurrente de l'université, on a donc entendu, dans les premières années, des propositions, des incitations, des invites, on a beaucoup expérimenté, sans jamais perdre de vue que le monde contemporain, ses traits caractéristiques, ses contradictions, ses richesses devaient être au centre de la réflexion et des débats.

Si le Collège a su évoluer et rester, en gros, fidèle à ses principes, c’est qu'ils étaient au fond en petit nombre : ne pas privilégier une école de pensée, un courant philosophique ; pratiquer décisivement l'intersection ; dialoguer avec les philosophes du monde entier.

S'agissant de son fonctionnement, le Collège a su se garder de ce qui fait souvent la faiblesse des institutions : le goût et la pratique du pouvoir. On ne peut pas faire carrière au Collège international de philosophie puisque les 50 directeurs de programme y sont élus pour 6 ans seulement, et que le président, qui est l'un d'entre eux, est soumis à la même règle. Le renouvellement de la moitié de l'assemblée tous les trois ans fait que le Collège élit un nouveau président tous les trois ans. Depuis son origine, aucun président n'a exercé son mandat plus de 3 ans.

Les présidents du Collège ont été : Jacques Derrida, Jean-François Lyotard, Miguel Abensour, Liliane Escoubas, Philippe Lacoue-Labarthe, Michel Deguy, Paul Henry, François Jullien, Jean-Claude Milner, François Noudelmann, Bruno Clément et Evelyne Grossman. Le président actuellement en exercice est Mathieu Potte-Bonneville.

Bibliographie :

Greph – Qui a peur de la philosophie ? Flammarion, coll. « Champs », 1977

Les États généraux de la philosophie, Paris : Flammarion, coll. « Champs », 1979

François Châtelet, Jacques Derrida, Jean-Pierre Faye, Dominique Lecourt, Le Rapport bleu, les sources historiques et théoriques du Collège international de philosophie, PUF, Bibliothèque du Collège international de philosophie, 1998.



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