
Détails18h30-20h30
Salle 1, Centre Parisien d'Études Critiques, 37 bis rue du Sentier, 75002 Paris
Jeu 15 avr, Jeu 27 mai, Jeu 10 juin
Séminaire organisé avec le soutien du Centre Parisien d'Études Critiques.
À l’heure de ce que le philosophe Edmund Husserl a repéré en Grèce, aux entours du Ve siècle avant J.-C. comme « l’irruption de la philosophie », l’Occident s’est efforcé de congédier les vieilles valeurs orales, véhiculées par la culture homérique jusqu’alors dominante. Porté par l’écriture alphabétique, le sens abstrait des mots allait l’emporter sur la sonorité incarnée des paroles. Triomphant des bruissements de la phonê, la raison du logos pouvait dès lors faire oublier le « réson » de la langue qui allait rapidement perdre du terrain devant la prégnance de l’universel abstrait ; la Muse, comme le dit joliment Eric Havelock, allait « apprendre à écrire ».
Solidement établie sur des positions conquises grâce à l’impulsion de la dialectique, la « raison graphique » pouvait faire taire le chant des sirènes, ou du moins le vouer à l’anodin. Inventant au passage l’idée de l’art, l’Occident était en mesure de renégocier l’ensemble de sa relation au réel. Sur ce terreau fécond pouvait se constituer une anthropologie de l’universel qui allait s’imposer à l’échelon cosmopolitique, engrangeant les succès légitimes, mais également les abus.
Né avec les nouvelles technologies initiées à « l’ère électrique », qui conféraient soudain à l’expression orale une vigueur sans précédent, lui permettant de rivaliser avec l’écriture alphabétique, le jazz est à sa manière l’enfant naturel des abus de l’Occident.
Or, si, dynamisé par la culture afro-américaine, le monde occidental est justement devenu le creuset du jazz, c’est que le «champ jazzistique» permettait de renouer avec une lointaine mémoire, diffuse, latente, mais toujours féconde. En devenant ce qui pourrait être la première musique globale, le jazz offrait sur les terrains de l’esthétique, de la philosophie et de l’anthropologie des possibilités de questionnement jusqu’alors inédites. C’est à quelques-unes d’entre elles que ce séminaire voudrait s’atteler.
Détails18h30-20h30
Université Paris 6-Pierre et Marie Curie, 4 place Jussieu, 75005 Paris
Mar 9 fév, Mar 9 mars, Mar 6 avr, Mar 4 mai : Salle J16
Jeu 20 mai : Salle J25
Séminaire organisé dans le cadre de la convention avec l'INRP, Lyon (Institut national de recherche pédagogique) et avec le soutien de l'Université Paris 6-Pierre et Marie Curie.
La mémoire des traumatismes de l’histoire (Shoah, colonisation, « communisme réel », traites négrières…) occupe une place singulière dans les dispositifs éducatifs et civiques, comme si nous attendions de nos commémorations négatives qu’elles puissent refonder une morale fondamentale et supprimer les risques de perversion politique. Il s’agit d’examiner, dans ses contradictions et fragilités, cet ensemble composite tel qu’il s’est imposé dans le débat public et les pratiques sociales : devoir ou travail de mémoire, émergence des témoins et des victimes, identité nationale, identités minoritaires, reconnaissance des souffrances et réparations, « victimisme » et « repentance », luttes contre racisme, antisémitisme et discriminations, éducation à la citoyenneté, etc.
De quels enjeux de fond les questions mémorielles sont-elles l’effet et le symptôme ? L’appel à la mémoire est toujours traversé d’affects et s’efforce d’agir sur autrui, dans une tentative jamais certaine d’atteindre son but : qu’il émane du pouvoir politique ou de divers groupes sociaux, il se fait injonction, exhortation, revendication, intimidation, supplication, résolution… Il crée un nous, de périmètre incertain, qui englobe parfois l’universel, qui parfois fragmente, créant un « Nous et vous », « Nous et eux », et paradoxalement réveille la hantise du « Nous contre vous », « Nous sans eux ». Les mémoires blessées commandent des morales incertaines et régissent des identités fragiles – même si le ton péremptoire des controverses donne le change.
Que devient notre capacité à imaginer l’avenir, quand la formule de l’idéal se rétracte sur une injonction négative, tournée vers le passé : « ne pas recommencer les fautes du passé » ? L’imaginaire fixé sur « ce qu’il aurait fallu faire » ou « ce qu’il aurait fallu éviter » peut-il faire face aux défis du présent ?
Quel univers moral et politique cherchons-nous à constituer, dans ce rapport au temps inédit ? Une approche philosophique attentive à la variété concrète des discours et des pratiques peut permettre d’éclairer ces configurations nouvelles.
Détails18h30-20h30
Université Paris 6-Pierre et Marie Curie, 4 place Jussieu, 75005 Paris
Ven 16 oct : Salle J7
Ven 6 nov : Salle J25
Ven 20 nov : Salle J7
Ven 4 déc, Ven 8 jan : Salle J25
Ven 22 jan : Salle J7
Séminaire organisé avec le soutien de l'Université Paris 6-Pierre et Marie Curie.
Ce séminaire explicite certains thèmes fondamentaux des deux années précédentes, tels que celui d’une mise de la philosophie sous condition générique (unité ou fusion de la science et de la philosophie « sous » la science) ou comme pratique non-philosophique de la philosophie. La nouveauté est l’introduction dans cette matrice générique de la quantique, non comme science physique mathématisée des particules élémentaires mais comme pensée de l’immanence radicale et des particules de transcendance qu’elle « pilote ». Il y a une pensée quantique à extraire de la mécanique quantique, elle est faite de deux principes (de superposition et de non-commutativité) fondés sur des propriétés algébriques et dont on postule qu’ils peuvent être investis dans une matérialité conceptuelle ou dans les énoncés philosophiques des plus fondateurs aux plus particuliers. La dualité obtenue est celle d’une fonction d’onde vécue et de particules de matérialité conceptuelle « guidée » par la fonction d’onde. L’objet « philosophie » introduit de modifications profondes dans l’usage de la quantique, la substitution par exemple d’une dualité unilatérale « imaginaire » aux nombres imaginaires. Et dans l’usage de la philosophie avec la substitution d’une pensée « immanentale » au mécanisme « transcendantal » (en un sens élargi) qui est le cœur de toute philosophie. Sous réserve de ce transfert de la pensée quantique à la philosophie, on obtient une science-sans-nombres et une philosophie-sans-transcendantal corrélés comme dualité ou complémentarité unilatérale.
Détails18h30-20h30
Salle 1, Centre Parisien d'Études Critiques, 37 bis rue du Sentier, 75002 Paris
Lun 1 fév, Lun 15 mars, Lun 17 mai
Séminaire organisé en collaboration avec le Pôle d'Histoire de l'Analyse et des Représentations Économiques (Université Paris 1) et avec le soutien du Centre Parisien d'Études Critiques.
Dans la continuité du séminaire « Pensée économique et philosophie » organisé en 2007-2008, il s’agit de faire intervenir des économistes et des philosophes s’intéressant aux relations qu’entretiennent l’économie et la philosophie, soit en se focalisant sur les influences de la pensée philosophique sur la pensée économique, soit en développant des analyses économiques qui prennent place dans les débats philosophiques.
Il s’inscrit ainsi dans une problématique qui s’est fortement développée depuis une vingtaine d’années, avec l’émergence de deux grands axes de recherche. Le premier concerne l’épistémologie de l’économie : en partant des théories économiques, contemporaines ou anciennes, les travaux qui s’y rattachent s’efforcent d’analyser les théories économiques – contemporaines ou anciennes – dans une perspective descriptive mais aussi évaluative ou, en d’autres termes, critique. Le deuxième axe relève de l’économie normative : au sein de ce domaine, ce sont principalement les théories économiques de la justice pour lesquelles l’interaction entre économie et philosophie apparaît la plus forte, avec des interrogations portant sur la définition, sur une base éthique, de critères d’évaluation applicables à des situations ou à des politiques économiques.
Intervenants :
- Lundi 1er février : Serge-Christophe Kolm (directeur d'études, EHESS, CREM, IDEP) : La théorie des Règles et le financement moral des biens publics
- Lundi 15 mars : Axel Gosserie (chercheur en philosophie politique. Université de Louvain, Chaire Hoover) : La primauté de l’actionnaire. Un défi pour la philosophie politique
- Lundi 17 mai : Patrick Mardellat (maître de conférence à Sciences Po Lille, CLERSE) : La notion d’économie chez Arendt
Détails19h-21h
Salle J16, Université Paris 6-Pierre et Marie Curie, 4 place Jussieu, 75005 Paris
Mer 10 fév, Mer 24 mars, Mer 12 mai
Séminaire organisé avec le soutien de l'Université Paris 6-Pierre et Marie Curie.
L’objet de ce séminaire commencé en 2007-2008 est de tenter d’analyser les causes et conséquences de la disparition – ou tout au moins la désopérabilité – d’un philosophème fondamental de la pensée occidentale : l’Autre.
On y poursuivra la figure qui donne corps à l’ontologie de l’individu démocratique contemporain ayant atteint le stade de l’an-altérité (déprise de la catégorie de l’Autre). Dans sa singulière nouveauté, cet individu peut en effet être appréhendé à travers sa capacité d’être décrit comme un être tendanciellement dépourvu d’altérité : un homme sans Autre.
Ainsi, on continuera d’appréhender le type d’espace individuel, social, politique, culturel, économique, intersubjectif (ou plutôt : interindividuel), écologique, ontologique – si tant est que la distinction rigoureuse de ces termes ait encore un sens – dont la conformation inédite résulte d’un mouvement d’éviction de toutes les occurrences de l’altérité ; et on amorcera un essai d’éclairage des perspectives ouvertes par cette an-altérisation dans la reconfiguration fondamentale que cela opère de l’être au-monde des êtres humains.
Il sera donc question de cerner la généalogie, l’ontologie et les modes d’existence de cette forme an-altérisée, fondée sur la disparition tendancielle de la négativité.
À partir de la critique du concept d’Autre, analysé comme catégorie essentiellement liée à l’aliénation du sujet, associée à la conception métaphysique de l’Être comme entité définie essentiellement à partir de la division et du manque (ce n’est pas parce qu’il y a de l’Autre qu’il y a du manque, c’est parce qu’il y a du manque qu’il y a de l’Autre) ; à partir d’une remise en question du manque comme nécessité anthropologico-ontologique et du refus d’un essentialisme de l’Autre, il s’agira alors d’esquisser une approche de l’être humain comme être non lacunaire.
Le projet sera donc de tenter d’établir les bases de ce que pourrait être une ontologie an-altérisée, une conception de l’Être ne nécessitant plus l’Autre comme pilier ou passage obligé.
Détails18h30-20h30
Salle JA01, Carré des Sciences, 1 rue Descartes, 75005 Paris
Mar 25 mai, Mar 1 juin, Mar 8 juin (ce séminaire est annulé)
Dans sa « logique du lieu » (basho no ronri), le philosophe japonais Nishida (1875-1945) entend octroyer à la position transcendantale (instaurée dans le sillage de Descartes, Kant et Husserl) une nouvelle dimension – moins théorétique, plus éthique et religieuse –, inspirée, en toute vraisemblance, par le noyau le plus spéculatif de la tradition bouddhiste. Quoique Nishida ne soit jamais très explicite quant à ses références orientales, cette source bouddhiste réside manifestement – plusieurs chercheurs japonais le confirment aujourd’hui – dans l’Abhidharma, tel qu’il a été reformulé dans la tradition mahâyâniste, au sein des écoles Madhyamika et surtout Yogâcâra. Nishida lui-même avait une bonne connaissance des auteurs classiques de l’Abhidharma mahâyâniste, tels que Vasubandhu, Asanga ou encore Nâgârjuna. Cette littérature est cependant excessivement vaste et complexe. Afin de nous y orienter, nous choisirons essentiellement de suivre la vision synthétique qu’en a proposé le penseur tibétain Yeshe Gyaltsen (1713-1793) dans la Guirlande de l’intelligence pure, en nous basant sur son commentaire éclairé par Sangharakshita dans Know your Mind. The Psychological Dimension of Ethics in Buddhism (1998), ainsi que d’autres ouvrages du même auteur. Nous utiliserons également plusieurs traductions et commentaires de la Trimsika de Vasubhandu.
Cette investigation comparative de la philosophie transcendantale occidentale et de l’Abhidharma bouddhiste, autorisée par l’œuvre médiatrice de Nishida, nous poussera à nous interroger sur la position transcendantale (comprise comme la description du fonctionnement des actes de conscience), en tant que site possible pour une universalité philosophique effective qui ne soit pas limitée par des particularités linguistiques et culturelles insurmontables.