
Détails20h-23h30
Cinéma Le Méliès, centre commercial de la Croix de Chavaux, 93100 Montreuil.
Mer 17 fév, Mer 24 mars, Mer 7 avr, Mer 19 mai, Mer 9 juin
Cycle conçu et organisé avec la Maison Populaire de Montreuil et le cinéma Le Méliès.
Le Collège international de philosophie a toujours eu comme ambition de permettre les « intersections » entre la philosophie et les autres modes de la pensée. La réflexion sur le cinéma est un aspect important de la philosophie contemporaine. Les « Écrans philosophiques », organisés en partenariat avec La Maison Populaire et le cinéma Le Méliès de Montreuil, sont une nouvelle occasion d’un philosopher qui se déploie en un dialogue avec une oeuvre d’art déterminée. Carte blanche est donnée à un philosophe (directeur de programme ou invité) qui choisit un film, et propose, après sa projection, la réflexion qu’il lui inspire.
Pour des raisons relatives à la disponibilité du film, le public est invité à vérifier que les séances ont bien lieu auprès du cinéma Le Méliès (01 48 58 90 13) ou de la Maison Populaire de Montreuil (01 42 87 08 68 ou www.maisonpop.fr). La projection commence à 20 heures. Le prix de la séance, conférence comprise, est de 5,50 euros pour le plein tarif, 4,35 euros pour le tarif réduit et 3,90 euros par carnet de 10, carnet non nominatif, utilisable sur toutes les séances. Pour ces séances, merci de vérifier l'horaire qui peut varier selon la durée de la projection précédente, auprès du cinéma Le Méliès. L’entrée à la conférence qui suit est libre et gratuite dans la limite des places disponibles.
Mercredi 17 février
Los Olvidados ou le défoulement des oubliés
Film : Los Olvidados de Luis Buñuel (Mexique, 1950, 1h20) avec Alfonso Mejía, Estela Inda, Miguel Inclán, Roberto Cobo, Alma Delia Fuentes, Francisco Jambrina.
Présenté par Ariel Suhamy, docteur en philosophie, secrétaire de rédaction de la revue en ligne « laviedesidees.fr » (partenaire du CIPh).
« Film social comme on en produisait beaucoup à l'époque, Los Olvidados (les oubliés, mais comiquement traduit en France par "Pitié pour eux", comme si les distributeurs avaient voulu compenser ce dont le film faisait l'économie) ne se distingue au premier regard en rien de la production courante, et c'est pourquoi son succès fut, comme d'autres films du même auteur, dû au malentendu. Pourquoi cependant produit-il un effet de réalisme si intense et, pour reprendre une image bien bunuelienne, donne-t-il le sentiment de crever les yeux par son évidence et son impitoyable cruauté ? Il faut voir comment le film, dans sa forme mi-documentaire, mi-surréaliste, bourre, l'air de rien, de coups de pieds les bornes de la bien-pensance, secoue la niaiserie des sociologues et autres utopistes et renvoie aux orties (en l'occurrence, au dépotoir d'ordures) le mythe du bon sauvageon. Et avec cela, pourtant, une imperturbable confiance en l'homme. »
Ariel Suhamy
Mercredi 24 mars
La fille du désert, ou le territoire du temps
Film : La fille du désert (Colorado Territory), de Raoul Walsh (États-Unis, 1949, 1h34) avec Joel McCrea, Virginia Mayo, Dorothy Malone, Henry Hull, John Archer.
Présenté par Eric Méchoulan, professeur et directeur du département des Littératures de langue française à l’université de Montréal, directeur de programme au CIPh.
« Le film de Raoul Walsh ("Colorado Territory", dans la version originale de 1949) est une reprise de "High Sierra", un film noir plus connu qu’il avait tourné avec Bogart en 1941. Pourquoi passer du film noir au western avec un scénario très proche ? Peut-être parce que le genre même du western offrait à Walsh des possibilités d’élévation mythique sur le passé des États-Unis. En effet, cette gestion du passé cinématographique touche aussi aux usages de l’oubli et de la mémoire dans le film lui-même : de façon classique, un voleur de train cherche à échapper à son histoire et à repartir à neuf. Dans le désert envoûtant du Colorado, sous la présence presque spectrale des indiens, ce film parle de deux grands mythes américains : le temps et l’espace, ou plus précisément la dissolution du passé par l’éloignement dans l’espace. Or, ce que dit le film jusque dans la stylisation du western et les personnages distants qui le traversent, c’est l’impossibilité de créer une nouveauté absolue, un départ innocent, et l’impuissance à sortir de son territoire. Le nom que porte la femme finalement aimée par le bandit sympathique, "Colorado", est aussi le nom de l’État dans lequel ils vont trouver la mort. Nous pourrons alors nous demander ce que c’est qu’un territoire lorsque le décor lunaire trouve son répondant dans le final tragique de la "cité de la lune", ultime reste de la civilisation indienne et départ vers un autre monde. »
Éric Méchoulan
Mercredi 7 avril
L'image-machine : The General
Film : Le mécano de la General (The General) de Buster Keaton (États-Unis, 1927, 1h34) avec Buster Keaton, Marion Mack, Charles Smith.
Présenté par Frédéric Vengeon, directeur de programme au CIPh.
« The General exploite de manière magistrale la puissance esthétique de la machine, et met en scène sa capacité à configurer et animer un monde.
La locomotive est le centre mobile de l'action. Elle est objet d'amour au même titre qu'une femme, elle condense sur elle toute la puissance dramatique, elle est vecteur de désordre, elle est rythme, puissance, vitesse.
Son apparition a changé le cours de la guerre, qui est maintenant une affaire de logistique tout autant que de prouesse guerrière. C'est la locomotive qui achemine les troupes et les armes ; c'est le long de ses voies que se décident les victoires et que s'écrit l'histoire.
Sur la linéarité des rails, circulant en tous sens, la General traverse les lignes, se joue de l'identité des personnages et des uniformes. Par elle, s'organise le destin, qui fait et défait les héros.
La locomotive est la muse du cinéma, de cet art "moteur", qui enregistre et produit le mouvement par l'oeil mobile de la caméra, et par la cadence du montage. Pour le tournage du film, une caméra était d'ailleurs montée sur une réplique de la General : la locomotive-caméra poursuit, devance, enregistre la locomotive-action. Selon ce dispositif paradigmatique, la visibilité au vingtième siècle se jouerait dans la différence entre deux régime-moteurs. »
Frédéric Vengeon
Mercredi 19 mai
Georges Perec et l'étrangeté du monde
Film : Un homme qui dort de Georges Perec et Bernard Queysanne (France, 1974, 1h17) avec Jacques Spiesser, voix Ludmila Mickaël.
Présenté par Nicolas Piqué, professeur de philosophie à l’IUFM de Grenoble, directeur de programme au CIPh.
« Dans ce film se donne à voir et à entendre une expérience radicale : renoncer au monde, à tout ce à quoi la quotidienneté nous habitue et nous entraîne. Dès lors l'évidence de ce monde, de nos habitudes, de la réalité même se suspend. Cette vacance du monde laisse la place à une déambulation, à une remise en doute de tout ce qui apparaît comme le socle de notre vie et de nos conduites. Proche cousin du Bartleby de Melville, le personnage de Perec semble renoncer aux illusoires certitudes, prolongeant l'une des questions inaugurales de la philosophie, "dans quel monde vivons-nous ?". Perec nous laisse devant le spectacle d'une incertitude essentielle, sans qu'aucun point fixe ne s'offre pour nous sauver. »
Nicolas Piqué
Mercredi 9 juin
The Servant ou l'art du renversement
Film : The Servant de Joseph Losey (Grande-Bretagne, 1963, 1h52) avec Dirk Bogarde, James Fox, Sarah Miles, Wendy Craig, Catherine Lacey, Richard Verno.
Présenté par Céline Surprenant, chercheur en philosophie, enseignante à l'université de Sussex (Brighton, UK).
« À la question de savoir de quoi traite le film de Joseph Losey, son scénariste, Harold Pinter répondait laconiquement qu’il s’agit du rapport entre deux hommes et de ce qui se passe entre eux, qu’il s’agit, disait-il génériquement, d’un homme et de son valet. Nous y trouvons en effet les thèmes du pouvoir et du ressentiment, de la domination et de la servitude propres au système des classes qui prévaut dans la société britannique au moins jusqu’au début des années soixante lorsque Losey, cinéaste américain chassé par le maccarthysme, réalise The Servant à Londres. L’argument narratif du film nous entraîne évidemment vers la réflexion hégélienne sur la dialectique du maître et de l’esclave, qui accède à la conscience de soi grâce au travail que son maître lui impose d’accomplir. Or, les rapports de domination et de servitude d’un homme et de son valet forment ici la matière du film préparant un dénouement spectaculaire, qui advient grâce à ce qui est demeuré implicite jusque-là : la ruse du valet et l’aveuglement du maître, l’ambiguïté du désir, le plaisir de faire le mal. Car tout l’art du réalisateur est d’installer le renversement à notre insu dès le début, à coup d’allusions, par petites touches discrètes, au niveau de l’image, des décors, et des ellipses du dialogue. Il n’est donc pas que discursif, il n’appartient pas seulement au motif du maître et de l’esclave, mais est véritablement cinématographique, c’est-à-dire, concret et vertigineux. »
Céline Surprenant
Détails18h30-20h30
Salle JA05, Carré des Sciences, 1 rue Descartes, 75005 Paris
Mar 6 avr, Mar 4 mai (séance annulée)
Dans la foulée de la comparaison initiée au premier semestre entre la Science de la logique de Hegel et le singulier néo-platonisme d’Albert Lautman, à la fois sur ce qu’ils disent et font des mathématiques, mais aussi concernant la dialectique elle-même, son statut, sa fonction et ses modes opératoires, on s’appesantira sur la question centrale de la contradiction et de la négativité à partir des apories soulevées par les formalisations qui ont été respectivement tentées des deux dispositifs. Après l’examen de celle de Doz et Dubarle (Logique et dialectique, 1972), ce sont deux versions de la paraconsistance qui nous intéresseront : le « dialéthéisme » de Graham Priest, et celle de Newton Da Costa. Leur volonté convergente de « justifier » Hegel, précisément d’attester qu’il peut exister des contradictions vraies dans (et par) les cadres de la logique formelle, sera mise en lumière au travers des paradoxes certains qu’elle soulève, comme des extensions instructives du concept de « négation » et des formes techniquement utilisables de cette dernière que leurs optiques non-classiques ont instituées.
DétailsJeu 4 fév : New York University, 19 University Place, 400, New York, NY 10003 (USA)., 14h-16h
Jeu 17 juin :( séance annulée) Salle JA05, Carré des Sciences, 1 rue Descartes, 75005 Paris, 18h30-20h30
Séminaire organisé en collaboration avec la New York University.
Kant décrit le bouleversement qu’il appelle « loi morale » comme quelque chose que l’on se donne et à laquelle on obéit librement. En obéissant à la loi qu’on se donne, on est autonome. Kant affirme néanmoins que cette loi nécessaire est inconditionnée (causa sui), car étant sa propre cause, elle se trouve hors des liens de causalité. Quelle est alors la vraie origine de la loi ? Bien que Kant soutienne qu’elle vient du fait de la raison (factum rationis), il n’y a pas moyen de savoir ce que la Loi prescrit, parce que comme Kant le signale lui-même, la loi est incompréhensible..Si la loi excède les limites de la raison humaine et sa capacité de synthétiser, comment le sujet peut-il se donner une loi qu’il ne comprend pas ? Ou dans d’autres mots, d’ou vient la loi, du sujet ou d’un ailleurs ? À moins que la loi ne vienne d’un ailleurs dont la trace – la loi elle-même – se trouve dans le sujet.
Faisant attention à cette suspension de l’écart entre dehors et dedans, et s’inspirant de la pensée de Kant, de Levinas et de Lacan, ce séminaire exprimera l’autonomie comme « être inspiré ».
Détails18h30-20h30
1 rue Descartes, 75005 Paris
Lun 1 fév, Lun 15 fév, Lun 15 mars : Salle JA01
Lun 10 mai : Salle JA05
Lun 17 mai : Salle JA01
Lun 31 mai : Salle JA05
Lun 7 juin Salle JA01, Lun 21 juin (18h-20h) CPEC, 37 bis rue du Sentier 75002 Paris
L'objet de ce séminaire est cette « écriture de la pensée » qui se déploie, sous des formes diverses, du tournant des Lumières à l'extrême contemporain. Qu'est-ce qui pousse certains écrivains-penseurs à tenter de capter illuminations, méditations, ruminations, éclairs ou « images de pensée » (Benjamin) ? Pensée incarnée, voire « pensée dérobée », la littérature figure des gestes de pensée, des vitesses, des phrasés singuliers. Sur l'autre versant, il arrive que le philosophe réfléchisse l'invention à l'oeuvre dans son travail, tienne journal de sa pensée, se fasse écrivain, poète pensif. On croisera sans les confondre le propos du philosophe et l'entreprise de l'écrivain aux prises avec cette pensée qu'il s'agit d'inscrire jusqu'aux limites, parfois, du représentable.
La troisième année du séminaire s’attachera à poursuivre l’enquête menée sur les figures et les formes de l’intériorité, telle que celle-ci s’établit au XIXe siècle. Plus largement, il s’agira, à travers la lecture de textes issus de champs aussi divers que la psychologie, la philosophie, la clinique, la linguistique, la littérature, de reposer la question de l’espace de la pensée. Hypothèse : la représentation de cet espace serait ce qui remet en mouvement et en fable les discours du savoir. Ainsi, de Melville, chantant dans Moby Dick, « la merveilleuse et rare efficace de la vastitude de l’espace intérieur », et déployant, comme tant d’autres au XIXe siècle, le roman de la pensée-monde…
La modernité philosophique et littéraire aurait-elle mis fin aux représentations diverses de l'intériorité, déployant cette «pensée du dehors» que Foucault lit en 1966 chez Blanchot ? La pensée se serait-elle, un temps, incarnée, pour se dissoudre ensuite en extériorité pure ? Et la topique du dehors est-elle toujours en vigueur en notre extrême contemporain fasciné par des neuro-sciences qui prétendent localiser la pensée se faisant ? Telles seront les questions posées.
Intervenants:
- Lundi 7 juin : Laurent Zimmermann
- Lundi 21 juin : Caroline Sagot-Duvauroux
Détails18h30-20h30
Carré des Sciences, 1 rue Descartes, 75005 Paris
Mar 2 fév : Salle JA05
Mar 11 mai : Salle JA01
Mar 1 juin : Salle JA05 (séance annulée)
Séminaire organisé avec le soutien du SHADYC, UMR 8562, EHESS-CNRS, Marseille.
L’émergence de la problématique de la société civile est un fait majeur des dernières décennies. Cependant, le concept de société civile a une longue histoire, indissociable de celle de la modernité politique. Comment cette résurgence contemporaine s’inscrit-elle dans une perspective de long terme, à travers quelles continuités, quelles transformations ? En quoi notre compréhension de cette histoire en est-elle modifiée ?
Cette tâche d’histoire conceptuelle concerne au premier chef la philosophie politique mais ne peut s’y enfermer. La formation du concept de société civile (la societas est d’abord une notion de droit privé) et son usage contemporain (il brouille les frontières entre droit privé et droit public) l’inscrivent dans la discursivité juridique. Le XVIIIe siècle anglo-écossais l’a associé à la naissance de l’économie ; aujourd’hui, société civile et marché sont dans un rapport dynamique et problématique. La sociologie s’est constituée, au XIXe, en héritant de la problématique classique de la société civile ; en retour, elle contribue à son renouveau. Penser la société civile demande de travailler sur ces frontières.
Malgré des conditions brutalement aggravées par le désengagement du ministère de l’Éducation nationale, on s’efforcera de poursuivre ce programme de recherche engagé en 2007. Poursuivant le travail entrepris en 2007-2008 et 2008-2009, respectivement consacrées aux strates les plus anciennes (dans l’antiquité, la période médiévale et la première modernité), les séances de l’année 2009-2010 seront principalement consacrées à la formation du couple société civile/société politique au cours des XVII et XVIIIe siècles.
Ce séminaire se tiendra également à Marseille, où il sera accueilli par le SHADYC (École des Hautes Études en Sciences Sociales), Centre de la Vieille Charité, les mercredis 20 janvier, 24 février, 24 mars, 21 avril, 26 mai, de 17h30 à 19h30.
Détails18h30-20h30
Salle JA05,1 rue Descartes, 75005 Paris
Mer 5 mai, Mer 19 mai, Mer 2 juin, Mer 16 juin
Je m’adresse donc à vous dans la nuit comme si au commencement était le rêve. Qu’est-ce que le rêve ? Et la pensée du rêve ? Et la langue du rêve ? Jacques Derrida à Francfort, 22 septembre 2001
Dans l’un de ses derniers écrits (Fichus, Galilée, 2002), Derrida inscrit dans la fermeté d’un « non » prononcé quant au rêve la définition de l’essence de la philosophie. Par quelle négation, au juste, la philosophie constitue-t-elle son essence ? Elle nie que l’on puisse parler en vérité sans veiller ; l’accès du philosophe à la possibilité de la philosophie s’ouvre par un éveil, passe impérativement par son réveil. La difficulté est de comprendre de quel sommeil un tel éveil nous réveille et ce à quoi il nous éveille. Une forme de lucidité onirique peut-elle néanmoins advenir au rêveur sans dissiper son sommeil ? Le rêveur peut-il gagner un regard scrutateur et analytique, et tenter de déterminer les structures de la phénoménalité onirique – par exemple démêler les trajectoires des superpositions d’époques, le chevauchement des modes de temporalisation (solidaire de la dynamique de l’aventure), ou le style de contiguïté des multiples tensions d’espacement qui traversent la scène onirique ? Peut-il appréhender, d’écoute et de regard libres, les connexions de signifiance par lesquelles du monde fait sens et du sens fait monde – puisque sans terre et sans ciel il en est réduit au seul examen des modalités d’une production-de-monde ? Peut-il comprendre les positions à l’oeuvre dans les séquences du discours onirique, soliloque ou conversation, et entendre d’où parlent les personnages qui y prennent voix ? Et de tout cela peut-il garder mémoire à travers l’éveil ?
De quelque façon qu'on se tourne vers son rêve au réveil, surgit cependant l'étrange insaisissabilité du quoi vers lequel se tourner.
Nous interrogerons cette année les écritures du rêve, dans le roman et la poésie, le théâtre et le cinéma, pour y chercher comment y sont traduits et transposés en régime d’éveil les tonalités et structures de l’expérience onirique.
Détails9h30-15h
Grande salle, Maison Heinrich Heine, Fondation de l'Allemagne, 27 C bd Jourdan, 75014 Paris
Sam 13 fév, Sam 13 mars, Sam 27 mars, Sam 15 mai, Sam 12 juin
Séminaire organisé avec le soutien de la Maison Heinrich Heine.
Le séminaire sera la scène du « Songe d’une nuit d’étéléphone ».
Sachant, depuis Orphée et depuis Proust, qu’on voudrait toujours pouvoir téléphoner, nous appellerons le téléphone. Le téléphone sera notre ultime recours et notre invité. Mais comme on ne peut pas toujours téléphoner ou téléphoner toujours, (nous rappelle Proust) alors on lit. Reste à lire. Il ne nous reste plus qu’à lire à la dernière extrémité.
Lectures :
Chateaubriand : Les Mémoires d’Outre-Tombe
Hélène Cixous : Hyperrêve, Ciguë, Philippines, Eve s’évade
Jacques Derrida : Résistances de la psychanalyse, Circonfession, Demeure, Athènes
États d’âme de la psychanalyse, Foi et Savoir, Télépathie
Freud : L’Interprétation des rêves, Psychopathologie de la vie quotidienne,
Nouvelles Conférences
Kafka : Récits, fragments
Nerval : Les Filles du feu
Proust : À la recherche du temps perdu, Contre Sainte-Beuve
Shakespeare : Hamlet, Le Songe d’une Nuit d’été
Détails18h30-20h30
Salle JA05, Carré des Sciences, 1 rue Descartes, 75005 Paris
Mar 9 fév, Mar 16 mars (séance annulée), Mar 13 avr, Mar 11 mai, Mar 25 mai
En disant notre dette à l’égard de la psychologie historique de Jean-Pierre Vernant, mais aussi en prenant des distances critiques vis-à-vis d’elle, nous tenterons de sortir du cercle d’interprétation dans lequel la cité et le politique s’engendrent mutuellement et engendrent du même coup une forme d’humanité particulière, grosse de l’individu, du sujet et de la personne. Le point de vue doit, semble-t-il, être inversé et il convient plutôt d’essayer de comprendre comment la logique des modes d’action et de présence au monde des membres du groupe social ont permis à celui-ci de se donner, à tel moment, tel mode d’agir et de vivre en commun. Cela suppose de mener une analyse anthropologique et historique fine, non seulement des catégories de pensée et des modes de perception, mais aussi, en essayant, au moins pour un temps, de se passer des notions, opaques pour les analystes eux-mêmes, de sujet, de personne ou d’individu, de comprendre les écarts entre l’intérieur corporel et la portée de l’acte dans l’espace des relations entre acteurs. Les dimensions historique et philosophique sont essentielles pour définir les diverses configurations de la structure de l’acte qui se sont succédées au cours de l’hellénisme mais une large pluridisciplinarité est et sera nécessaire, car il ne s’agit pas de trouver le fin mot de tout dans les philosophies politiques ou de l’action des Grecs, mais de replacer ces formes de réflexion dans le mouvement plus vaste des autres productions culturelles et de pratiques de tous ordres.
Détails18h30-20h30
Salle JA05, Carré des Sciences, 1 rue Descartes, 75005 Paris
Mer 23 juin (séance reportée au vendredi 25 juin), Mer 30 juin
Le mot « fondation » a un double sens, celui d’une base sur laquelle on construit quelque chose, mais aussi celui de l’action même de fonder, de bâtir et de créer. Notre séminaire aura pour tâche d’éclairer la fondation du quotidien à la lumière de ce double sens : le quotidien se fonde et se refonde constamment, se sédimente en se transformant, mais le quotidien sert en même temps de fondement et forme une base pour des activités censées le transcender : la création, l’expression artistique, l’amour, soit toute activité et tout événement ayant un sens qui échappe à la « banalité ».
Notre hypothèse est que le quotidien moderne ou postmoderne se caractérise par la dissolution de ces deux sens du quotidien. L’effondrement dramatique de l’ancienne fondation au cours des deux derniers siècles n’a pas su en engendrer une nouvelle, de sorte que la société occidentale contemporaine se caractérise par une méfiance profonde envers n’importe quelle forme d’institution. Or c’est justement cette méconnaissance de la fondation comme création continue du quotidien qui entérine la rupture entre la fondation et l’activité porteuse de sens censée s’appuyer sur elle. L’activité ne trouve donc aucune base solide et devient dès lors flottante et gratuite.
Cette hypothèse sera examinée cette année par une synthèse des trois approches que nous avons utilisées dans les années précédentes : la phénoménologie, la psychanalyse et la théorie critique de l'École de Francfort. Nous tenterons de montrer comment l'approche théorique influe sur la pratique quotidienne et quelle méthode doit être adoptée pour comprendre le quotidien de nos jours.
Ce séminaire est la suite du séminaire entamé en 2008 au CIPh et poursuivi à l'Université de Ben-Gurion, Israël. Pour plus de détails, consulter la page personnelle d'Eran Dorfman sur le site du CIPh www.ciph.org/recherche.php?idDP=73
Détails19h-21h
Salle J16, Université Paris 6-Pierre et Marie Curie, 4 place Jussieu, 75005 Paris
Lun 1 fév, Lun 15 fév, Lun 8 mars, Lun 29 mars, Lun 12 avr, Lun 3 mai, Lun 31 mai, Lun 14 juin
Séminaire organisé dans le cadre de la convention avec l'Université Paris 8.
On aimerait croire que les idées descendent à nous selon le geste de l'Annonciation ; qu’elles nous soient ainsi personnellement destinées, marquées au sceau de ce que nous sommes irremplaçablement… Il n’en est évidemment rien. C’est au contact d’autres idées que naissent les nôtres ; à la croisée de mille chemins déjà maintes fois parcourus, à la rencontre de personnages eux-mêmes composites et triviaux – les pensées d’autrui – que germe et lève notre propre pensée. Le lieu de ces croisements fertiles est la lecture.
Le séminaire de cette année s’intéressera à cette opération complexe chez quatre auteurs qui en montrent mieux que d’autres la fécondité : Montaigne, Leopardi, Nietzsche et Valéry. Il s’agira d’étudier, à partir des textes, les processus d’appropriation, de résonance, de déplacement et de développement que mettent en œuvre les lectures les plus diverses ; de voir aussi comment se forment les malentendus ; comment s’inventent enfin des chemins de traverse dans cet empirisme orienté qui définit toute pensée.
La bibliographie sera fournie lors de la première séance.
Détails18h30-20h30
Amphithéâtre 45 A, Université Paris 6-Pierre et Marie Curie, 4 place Jussieu, 75005 Paris
Mar 9 mars, Mar 16 mars, Mar 23 mars, Mar 30 mars, Mar 6 avr, Mar 4 mai, Mar 11 mai, Mar 18 mai
Séminaire organisé dans le cadre de la convention avec l'Université de Paris 8.
Pour la dernière année de notre programme intitulé « Paideia et post-modernité », nous ferons retour sur la proposition centrale produite par Jean-François Lyotard en 1979 dans La Condition post-moderne. Elle se rapportait, rappelons-le, à l'hypothèse de l'entrée dans une période nouvelle marquée par la fin des grands récits théologicopolitiques, de salut, de salvation ou d'autonomie par l'accès à la raison critique ou d'émancipation sociétale.
Nous examinerons les différentes déclinaisons de cette thèse, et notamment la version dite de la « sortie de la religion » (Marcel Gauchet). Et nous essaierons de montrer que cette proposition n'est qu'en partie vraie. Nous croyons en effet être en mesure aujourd'hui de faire l'hypothèse que nous ne sommes alors sortis des grands récits et de la religion que… pour entrer dans un autre grand récit et une nouvelle religion. Bref cette thèse, si elle a bien rendu compte d'une modification historique décisive, est restée, pour une autre part, aveugle à ce qui se mettait en place à l'époque où elle s'énonçait. Soit celle des années Thacher-Reagan où s'est installé un autre système religieux que celui de la transcendance, mais un système religieux quand même, nouveau, marqué par l'immanence, où le plan divin se réalise tout seul (cf. le providentialisme de la « main invisible », cher à la pensée libérale).
Ce nouveau récit se caractérise par deux éléments : 1/ il a entraîné de profondes modifications dans toutes les économies humaines, qu'elles soient marchande, politique, sémiotique, symbolique et psychique et 2/ il a fait long feu : ce dogme, celui de l'ultralibéralisme et de son pendant philosophique, le pragmatisme, n'en finit de plus de s'effondrer sous nos yeux depuis 2008. Il serait donc analysable comme une fausse bonne nouvelle ou comme un récit fondé sur une promesse apparaissant rapidement comme intenable ou mensongère.
Gageons qu'il serait temps de savoir ce sur quoi il pose au juste si l'on souhaite un jour en être vraiment quitte.
Détails13h-17h
Université de Genève, 40 boulevard du Pont d'Arve, 1211 Genève 4 (Suisse)
Ven 5 mars : Salle P2 (Bât. Uni-Pignon)
Ven 26 mars : Salle M 5193 (Bât. Uni-Mail)
Ven 16 avr, Ven 28 mai : Salle M 5189 (Bât. Uni-Mail)
Au centre du séminaire se trouvent des auteurs qui dans la première moitié du 20e siècle ont étudié, chacun dans son domaine, un type de réalité qu’on pourrait désigner comme phénoménologique ou phénoménal. Le débat a été déclenché en psychologie par la découverte des nouvelles qualités sensibles, des dites qualités de la Gestalt et par la question : s’agit-il de contenus sensoriels ou ces qualités constituent-elles une réalité bien spécifique ? Dans les discussions autour de l’art du théâtre un questionnement semblable émerge quant aux phénomènes de l’expression. En mettant en question la conception classique qui opposait l’expression comme l’extériorité à ce qui est exprimé, à savoir l’intériorité (l’état cognitif ou moral de l’individu), l’expression est identifiée avec la production de la présence (Vergegenwärtigung) qui, elle, témoigne d’un type de réalité ne faisant partie ni des phénomènes physiques ni des phénomènes psychiques. En biologie et en anthropologie cette même impossibilité de penser les faits de la vie à l’intérieur des dualités comme celle entre sujet et objet, amène à l’idée qu’il existe une relation sensée ou autrement dit une compréhension immédiate (Eintracht) entre l’organisme et le monde, les auteurs parlent même d’une intentionnalité environnementale.
Dans ce séminaire seront abordés d’une part la découverte, faite dans les différentes sciences, de ces réalités «étranges», et d’autre part la réinterprétation des concepts de qualité, d’expression, de vie, d’expérience et de désir qui a été suscitée par ces découvertes sur le plan philosophique. Les auteurs qui vont être lus et discutés sont Karl Bühler, Kurt Lewin, Kurt Goldstein, F.J.J. Buytendijk, Helmuth Plessner, Jacob v.Uexküll, Georges Canguilhem et Maurice Merleau-Ponty.
Intervenants :
- Vendredi 5 mars : Giuseppe Di Salvatore (Fondazione Centro Studi Campostrini, Vérone) et Niccolò Argentieri (Université de Rome II)
- Vendredi 26 mars : Stefan Kristensen (Université de Genève)
- Vendredi 16 avril : Franco Paracchini (Université de Genève)
- Vendredi 28 mai : Janette Friedrich
Détails18h30-20h30
Salle JA01, Carré des Sciences, 1 rue Descartes, 75005 Paris
Lun 8 mars, Lun 12 avr, Lun 10 mai
Ludwig Wittgenstein est traditionnellement considéré comme le partisan d’une dissolution du concept de sujet, qui l’opposerait en tous points à la thématisation cartésienne de l’Ego cogito. Sa critique radicale, dans le Cahier bleu notamment, du sujet métaphysique de Descartes comme produit d’une confusion grammaticale, serait ainsi exemplaire de cet antagonisme entre deux perspectives théoriques : l’une (cartésienne) au principe de ce qu’on a appelé une « philosophie du sujet », l’autre (wittgensteinienne) caractérisée par le refus de l’intériorité. Mais précisément, l’on peut se demander si cet apparent antagonisme ne recèle pas une affinité paradoxale entre les deux démarches.
La thèse de l’anti-cartésianisme de Wittgenstein engage en effet deux postulats, qui se révèlent tous deux contestables. Le premier impliquerait que la philosophie de Wittgenstein ne laisse pas véritablement de place à la subjectivité, réduite à un « rien » ; mais les Recherches philosophiques, ou les Remarques sur la philosophie de la psychologie, révèlent une approche complexe de cette question de la subjectivité et de l’expérience en première personne qui, si elle ne doit pas être identifiée à un « quelque chose », ne se confond pas non plus avec un « rien ». Le second postulat concerne la philosophie de Descartes : la conceptualisation cartésienne du Je pense devrait se comprendre dans les termes univoques d’une égologie assignant au sujet pensant le statut de substance d’un genre particulier, en l’espèce métaphysique. Or cette lecture ne paraît pas prendre en compte le vide initial du sujet cartésien dont la certitude n’équivaut d’abord à aucune connaissance objective, ni le fait que ce sujet se présente d’abord comme sujet de parole, suivant la célèbre formule du « Ego sum, ego existo » de la deuxième Méditation. Cette question d’une subjectivité dans le langage, au croisement des perspectives cartésienne et wittgensteinienne, constituera l’un des principaux enjeux du séminaire.
Détails18h30-20h30
Salle JA01, Carré des Sciences, 1 rue Descartes, 75005 Paris
Ven 5 fév, Ven 12 mars, Ven 9 avr, Ven 21 mai, Ven 11 juin
Après un état des lieux de la question au XVIIIe siècle (I - État des lieux), puis le tracé de la frontière mouvante de l’homme et de l’animal (II - Mouvances de la frontière homme/animal) et enfin l’actuelle dernière phase (III - Généalogies des interrogations contemporaines), nous entrons dans l’ultime moment, celui de la clôture de ces six années de réflexion et d’échanges, à nouveau face aux questions premières.
Plus que jamais les points de vue seront divers, tendant à s’accaparer la question, qu’il s’agisse des approches phénoménologiques, des réinvestissements idéologiques et politiques, des représentations des animaux et de l’humain se croisant sur fond d’histoire du vivant, ou enfin des difficiles complémentarités des éthiques environnementale et animale contemporaines, signes des contradictions de nos nouveaux défis moraux et politiques…
Cette récurrente pluralité des voix montre à quel point l’animal constitue un lieu fondamental de l’interrogation de l’homme sur lui-même dans le geste où il s’efforce pourtant, souvent avec sincérité, de se décentrer de lui-même, tant – s’alimentant de l’animal dans son être, son imaginaire, sa pensée – il y retrouve la matière même de sa problématique humanité.
Sans doute notre temps – où s’est étonnamment précipité ce retour de l’animal se tramant depuis les Lumières – se donne-t-il lui-même à réfléchir à travers cette singulière polarisation.
Pourquoi aujourd’hui la question humaine de l’animal est-elle plus que jamais la « question animale de l’homme » ? Et, dans cette interrogation, où est passé l’animal en quelque sorte en personne ? Son immédiateté si humainement médiatisée est-elle seulement l’appui de cette confrontation de soi à soi du sujet humain, ou davantage : son épreuve, voire sa vérité ? Si l’animal est le passé immémorial de l’homme, seul animal qui – étrangement étourdi – ne saurait pas qu’il l’est, pourquoi le premier ne serait-il pas aussi l’avenir du second, et l’heure a-t-elle sonné – dans le retrait des dieux dont celui-là même de l’homme pour l’homme – de ce ré-aiguillage de soi vers soi de l’animal humain ?
Intervenants :
- Vendredi 5 février : Françoise Dastur : Réflexions sur la question anthropologique
- Vendredi 12 mars : Elsa Dorlin : Zootechnie, genotechnie : la production du peuple comme espèce (XVIIe-XVIIIe s.)
- Vendredi 9 avril : Hicham-Stéphane Afeissa : Éthique de l’environnement et éthique de l’animal
- Vendredi 21 mai : Claudine Cohen : Préhistoire et animalité
- Vendredi 11 juin : Table ronde avec : Florence Burgat, Corine Pelluchon, Ruwen Ogien et Pierre Guenancia puis synthèse finale du séminaire
Détails18h30-20h30
Salle JA01, Carré des Sciences, 1 rue Descartes, 75005 Paris
Mar 2 fév, Mar 9 fév, Mar 16 mars, Mar 23 mars, Mar 6 avr, Mar 4 mai
Séminaire organisé avec la revue Transeuropéennes.
Nous nous intéresserons à la traduction contextuelle en tant que politique. Toute traduction relève d’une politique, explicite ou non. C’est une activité contradictoire : elle « arrête » des identités, des frontières, des définitions. En même temps, elle invite à leur dépassement. L’« identité » est quelque chose de provisoire qui tente infatigablement de s’imposer comme fixe, stable et immuable. Or une identité est construite, déconstruite, reconstruite. Les identités, figées ou fluides, ne se pensent que dans le cadre de frontières qui les délimitent et qui répondent à cette même description : une frontière étant également quelque chose de provisoire qui tente de s’imposer comme fixe, stable et immuable. Tracer des frontières, construire des identités est à la fois une stratégie de pouvoir et de subjectivation en résistance ; ces stratégies apparaissent – bien que différemment – aussi bien dans les tentatives de dépossession de soi que d’affirmation du sujet. Les frontières ainsi que les identités ne concernent pas seulement des territoires géographiques, mais également d’autres espaces et dimensions, ainsi que le temps, l’esprit et la raison. Elles sont des opérateurs politiques. « Soft » ou « hard », les frontières et les identités traversent les individus et les collectivités, les embrassent, les dépassent et invitent à la traduction, à la translation et au transfert. J’appelle alors « traduction » la négociation de la violence nécessaire pour changer d’identité, pour s’y arracher, pour s’en construire une, pour ériger ou abattre des frontières. Traduction contextuelle, s’entend, et non seulement textuelle. La traduction est une traversée des frontières révélant le partage de la raison qui, lui, appelle la traduction. Cette dernière est à la fois inévitable et impossible. Nous essayerons également de poursuivre la métaphore langagière pour tout ce qu’elle peut apporter de double sens. La traduction est un défi à la désémantisation à laquelle certaines de ses politiques peuvent, cependant, mener. La traduction est à la fois le poison et l’antidote, d’où l’importance de sa politique.
Intervenants :
- Mardi 2 février : Rada Ivekovic
- Mardi 9 février : Marc Bernardot, avec le Réseau de recherche TERRA
- Mardi 16 mars : Yuan-Horng Chu, Professeur au Center of Humanities and Social Theory (National Chiao Tung University, Hsinchu, Taiwan)
- Mardi 23 mars : Ghislaine Glasson Deschaumes, directrice de la revue Transeuropéennes (www.transeuropeennes.eu) ; Julie Mostov, professeure à l'Université Drexel (Philadelphie)
- Mardi 6 avril : Orazio Irrera, philosophe ; Mira Kamdar, écrivaine, philosophe "Gandhi : la traduction du politique"
- Mardi 4 mai : Rada Ivekovic
Détails18h30-20h30
Salle J25, Université Paris 6-Pierre et Marie Curie, 4 place Jussieu, 75005 Paris
Ven 19 fév, Ven 19 mars, Ven 16 avr, Ven 21 mai
Séminaire organisé avec le soutien de l'Université Paris 6-Pierre et Marie Curie.
La spécificité humaine est rapportée à l’esprit, l’âme, la pensée, le langage, le sens, la signification, la représentation, l’imagination, la symbolisation, le psychique, l’intellect, la cognition, la conation, etc. Ces manières de voir ne sont pas homogènes et même contraires les unes aux autres. Nous essaierons de surseoir à ces oppositions et de montrer que ces aspects diversement désignés appartiennent à un même champ.
Comment nommer ce champ ? Représentationnel, informationnel, significationnel, symbolique ? Chaque terme a de lourdes connotations qui orientent la pensée vers une conception ou une autre. Nous chercherons comment éviter que le « piège à mouche du langage » ne se referme sur nous. Pour cela, nous ferons un choix en nous guidant sur le fondement ontologique du champ considéré et sur les traditions philosophiques existantes, ce qui aboutira à proposer le terme de champ représentationnel.
Ce champ peut-il être un référent possible pour la science. Pour cela il faut montrer qu’il constitue une partie du monde ayant une cohérence et une pertinence suffisante pour faire l’objet d’une étude scientifique. Nous avons, dans les années précédentes du séminaire, défini une épistémique fondée sur les concepts d’organisation, émergence, complexité, champ et objet de la connaissance. Nous essaierons cette année d’appliquer cette épistémique au domaine de la représentation et montrerons qu’elle permet une étude scientifique non réductrice de ce champ.
Au cours de l’année, nous passerons en revue les différentes connaissances qui s’en occupent (directement ou indirectement), de la neurobiologie à la psychanalyse en passant par l’anthropologie culturelle et la théorie de l’information et essaierons d’en tirer le meilleur parti possible.
L’horizon de notre recherche est d’asseoir solidement la spécificité humaine. En effet, en arrière plan se trouve le problème préoccupant, de son élimination dans les démarches matérialistes et naturalistes, ou de sa surélévation transcendantale dans les démarches idéalistes. À l’écartèlement de l’humain entre « l’homme neuronal » et « l’homme transcendantal », nous essaierons, avec les participants au séminaire, de substituer l’unité d’un « homme représentationnel ».
Détails18h30-20h30
Salle JA01, 1 rue Descartes, 75005 Paris
Ven 28 mai, Lun 31 mai, Mer 2 juin
Séminaire organisé avec la Pontificia Universidade Católica do Rio de Janeiro.
Il sera question, dans ce séminaire, d'étudier des images et des écrits chez Antonin Artaud, Georges Bataille et Glauber Rocha, selon l’hypothèse suivante : si, pour Artaud et pour Bataille le corps est le lieu où se refait une poétique vivante et «vibratile», c’est dans la mesure où il permet au langage lui-même de se défaire, aussi bien dans sa dimension référentielle (en tant que représentation du monde), que dans sa dimension autoréférentielle (scène arbitraire du signifiant et du signifié). Leur « étourderie » résiderait précisément dans la revendication d’un langage autre, ou tout autre (selon Bataille), qui renverserait les dichotomies unissant et séparant les corps des choses. La chair serait l’un des indices de ce langage autre, un indice relationnel de ces termes dichotomiques. Le « langage parti », comme l’a nommé Artaud, se fait par le geste radical d’une coupure, et il faut entendre ici la coupure de la chair même.
C’est en ce sens que nous proposons de rapprocher, tout en les distinguant, la « position de la chair » chez Antonin Artaud, l’« expérience intérieure » chez Bataille et l’« esthétique de la faim » chez Glauber Rocha.
Intervenant :
- Lundi 31 mai : Marcelo Jacques de Moraes (Université Fédérale de Rio de Janeiro)
Détails18h30-20h30
Salle 1, Centre Parisien d'Études Critiques, 37 bis rue du Sentier, 75002 Paris
Jeu 11 mars, Jeu 18 mars, Jeu 1 avr, Jeu 8 avr, Jeu 6 mai, Jeu 20 mai
Séminaire organisé avec le soutien du Centre Parisien d'Études Critiques.
Prendre au sérieux l’idée d’« écologie politique », c’est reconnaître que le sens de cette expression ne peut se réduire ni à une collection de problèmes environnementaux, qu’il reviendrait au pouvoir politique de prendre en charge, ni à une doctrine susceptible d’être rangée aux côtés d’autres conceptions du monde et de la société, dans l’espace homogène et neutralisé d’une « histoire des idées politiques » dont les coordonnées, au fond, n’auraient guère changé. Tout au contraire, le propre des questions écologiques contemporaines comme des élaborations théoriques qui entendent les prendre en charge, est de ne laisser intact aucun des grands repères qui organisent l’horizon même de l’action et de la pensée politique : alors même que les problèmes posés par le dérèglement climatique, l’épuisement des ressources ou la réduction de la biodiversité donnent une urgence neuve au souci de l’intérêt général et du bien commun, ils dessinent un horizon dans lequel la définition de la citoyenneté, les échelles de temps et d’espace, le rapport au possible, la place conférée au savoir, l’articulation entre consensus et conflit prennent des formes largement inédites. Paradoxe de cette métamorphose : si, en un sens, toute la pensée politique moderne s’est située dans l’horizon du changement (de la transformation par l’homme de ses propres conditions d’existence, du progrès sous ses acceptions réformiste ou révolutionnaire, de la croissance comme vecteur de paix et de prospérité), l’écologie politique redouble cet impératif, nous enjoignant collectivement de changer tout en mettant en cause les formes jusqu’ici prises par cette dynamique transformatrice.
Détails18h30-20h30
Salle JA01, Carré des Sciences, 1 rue Descartes, 75005 Paris
Mer 16 juin, Mer 23 juin (séance avancée au mardi 22 juin)
Séminaire organisé en collaboration avec l'Université Nouvelle de Bulgarie.
Exposés que nous sommes aux effets de l’exigence d’une croissance permanente, d’une effectivité totale, notre condition actuelle est une condition sur-esthétique. Aujourd’hui, nous sommes jetés dans un flux intense d’images, de sons, d’écrans numériques, de prothèses techno-esthétiques ; nous en sommes bombardés, nous y sommes absorbés. Toutefois, cette intensité est-elle aisthétique – relève-t-elle de l’ordre de l’expérience sensible (aisthésis) – avant d’être sur-esthétique ? Or, s’il s’agit d’une aisthétique, ce ne serait qu’une aisthétique esthétisante, réactive : le flux altérant de l’aisthétis est toujours gouverné par un champ transcendant, la « consommation », qui n’est pas autre chose que l’obsession par la présence totale de la Chose dont le nom privilégié aujourd’hui est le globe de la globalisation – la totalisation privative de la multiplicité irréductible du monde. Si les tekhnai aisthétiques – les savoir-faire ou les modes d’agir sensibles – sont les modes propres de la singularisation et de la trans-formation des formes de vie ou des modes du monde, ce qu’on est en train de vivre aujourd’hui, c’est le durcissement de régimes de pouvoir techno-politico-économiques qui tentent de monopoliser le champ tekhno-aisthétique pour le soumettre à l’exigence d’une per-formance totale : il s’agit de politiques du sensible réactives voire réactionnaires, totalisantes voire totalitaires, qui réduisent le rythme politique immanent à l’aisthétique. La bataille pour le monde aujourd’hui est donc d’abord une bataille aisthétique, ou bien une bataille pour l’aisthétique.
À partir de la lecture des textes théoriques de Georges Bataille des années trente, et plus particulièrement à travers la reprise critique de son concept d’altération, qui se trouvait au centre du séminaire de l’année dernière, nous tenterions d’avancer, au bout de ce parcours conceptuel de longue haleine, dans la voie de l’ontologie de l’actualité – ou plutôt de l’onto-aisthétique de l’actualité, ce qui veut dire de la praxis méta-transformationniste des concepts : de la transformation de la transformation.
Détails18h30-20h30
Salle JA01, 1 rue Descartes, 75005 Paris
Jeu 11 mars, Jeu 8 avr, Jeu 20 mai, Jeu 17 juin
Dans l’art, la plante est reléguée à la place décorative de l’ornement. Il faudrait donner sa chance à une force végétale de l’art, aux côtés d’une formation cristalline (juxtaposition de parties éclatant toute totalité), et d’une forme animale de la représentation organique (subordination des parties sous le chef d’une totalité). En partant de la cathédrale gothique et de l’arabesque musulmane, on dégagera les premiers traits d’une force végétale, comme poussée de fractalisation, où un même motif se ramifie sur plusieurs plans, sans hiérarchie aucune. Chaque partie devient totale, la notion d’ornementation perd son sens : l’accessoire est l’essentiel.
Pour montrer la fécondité de cette hypothèse végétale, nous partirons de l’oeuvre proustienne, qui pousse bien plus comme une fleur que comme une cathédrale : tout croît selon la même poussée d’une cellule germinale se ramifiant à tous les niveaux de l’écriture, composition, rythmes, personnages. Avec l’oeil de Proust, nous relirons la trinité hégélienne de la pyramide égyptienne, du temple grec et de la cathédrale romantique, comme pressentiment de ce trio de la formation cristalline, de la forme animale et de la force végétale.
Nous esquisserons les bases d’une esthétique de la force végétale en littérature : la dissémination anagrammatique chez Joyce, le bourgeonnement du rythme par ramification acéphale dans les romans de Claude Simon, l’inachèvement du poème de Ponge progressant par ramifications successives, dessineront une force végétale de l’art, opérant par variation continue plutôt que par figuration d’une forme animale fermée et hiérarchisée.
Cet opérateur végétal permettra de saisir le vif du discord sur la littérature entre Gilles Deleuze et Jacques Rancière : là où Deleuze frayait l’exploration de cette nouvelle force végétale, pour en montrer la fécondité par rapport à la forme organique, Rancière rabat cette force tantôt sur la morte formation cristalline, tantôt sur la vieille forme animale, qu’elle n’est pas.
Détails18h30-20h30
Carré des Sciences, 1 rue Descartes, 75005 Paris
Mer 17 mars, Mer 24 mars : Salle JA05
Jeu 25 mars, Jeu 1 avr : Salle JA01
L’Internet n’est pas un outil, il constitue un « phénomène total » et un monde. Cela implique de l’interpréter et de le comprendre non en termes de maîtrise technique et de typologie des usages, mais comme l’ambiance dans laquelle nous déployons désormais nos pratiques intellectuelles, sociales, privées ou publiques.
Les dernières séances de notre séminaire de diktyologie seront consacrées à l’élucidation de cette thèse. Dans ses grandes lignes, elle signifie que les réseaux ne sont pas de simples voies de communication informationnelle. Il y est plutôt question d’une reconfiguration de notre horizon cognitif et pratique. Notre intercompréhension aussi bien que nos interactions sont traversées et déterminées par les offres de possibilité ou affordances que renferment les réseaux. Nous ne sommes par conséquent plus tout à fait neutres par rapport aux structures informationnelles, c’est-à-dire aussi bien scientifiques et industrielles, qui conditionnent de plus en plus profondément nos modes d’existence. Percolé de machines et de données informatiques, le réel n’est pas seul hybridé. L’hybridation concerne notre être même et la façon que nous avons d’envisager notre devenir dans ses dimensions sociales et politiques mais aussi intellectuelles, esthétiques, culturelles. Dimensions incontestablement diverses mais qui forment, dans l’ambiance des réseaux, un nouvel écosystème dont nous souhaiterions décrire les propriétés les plus significatives.
Le principal de notre travail du printemps 2010 portera donc sur la façon dont les réseaux forment une totalité. Non pas sur le plan technique de leur interconnexion mais sur le plan ontologique de notre propre être-au-monde. Prolongement de nous-mêmes, l’Internet est comme un mode renouvelé d’existence de nos pensées, de leur réalité et de leur historicité.
Le détail des séances de ce séminaire sera publié au fur et à mesure de l’avancée de ses travaux sur le site : http://diktyologie.homo-numericus.net/
Détails18h30-20h30
Carré des Sciences
1 rue Descartes, 75005 Paris
Ven 12 mars : Salle JA05
Mer 17 mars, Mer 24 mars, Mer 7 avr : Salle JA01
Les développements contemporains de l’économie « postfordiste » posent toute une série de problèmes liés à l’esthétique et aux formes mêmes de l’échange social. Si, pour Adam Smith, le travail productif stocke du temps dans la marchandise et fait alors la valeur des biens, tandis que le travail improductif dépense du temps dans des performances et fait la valeur des services (dont l’exemple éminent est l’artiste), aujourd’hui c’est cette relation de service qui domine. Là où l’ouvrier vendait sa force de travail comme quelque chose qu’il possédait et dont il se trouvait, du coup, aliéné, l’homme de services échange ce qu’il est et qu’il doit constamment renouveler par la virtuosité de son style propre. De nouvelles formes d’aliénation se sont ainsi mises en place au nom même de l’autonomie et de la singularité des individus et en fonction de leur capacité à communiquer.
Ces dernières années, nous avons surtout réfléchi sur la temporalité esthétique, le travail immatériel et la valeur-travail dans l’aller-retour XVIIIe/XXe siècle. Cette année, nous tâcherons de nous concentrer plus spécifiquement sur une figure incontournable (et toujours étrange) dès que l’on essaye de thématiser les formes de l’échange dans nos sociétés : la monnaie. Nous reviendrons donc sur les problèmes historiques qu’elle a posés, sur son rapport à la violence de la capture ou à la régulation douce, aussi bien que sur les déplacements possibles générés par le phénomène de la fausse monnaie (en particulier à partir d’œuvres variées, romanesques chez Gide et Ramus, cinématographiques chez Giono et artistique chez Boggs). En revenant sur la figure du pervers, on pourra en particulier réexaminer les thèses de Pierre Klossowski dans La monnaie vivante, tout en évaluant son rapport aux économies néo-classiques du désir (Walras). Enfin, la question de la communication devra faire l’objet d’un examen à la lumière des rapports entre monnaie et langage.
- Vendredi 12 mars : Monnaie et fausse monnaie : « La fausse monnaie » de Baudelaire (I)
- Mercredi 17 mars : « La fausse monnaie » de Baudelaire (II)
- Mercredi 24 mars : Fausse monnaie : littérature et cinéma (Ramuz, Giono)
- Mercredi 7 avril : Fausse monnaie et peinture (Boggs)
Détails19h-21h
Salle J16, Université Paris 6-Pierre et Marie Curie, 4 place Jussieu, 75005 Paris
Jeu 18 fév, jeu 18 mars (annulée et reportée au jeu 6 mai) Jeu 15 avr, jeu 6 mai, Jeu 20 mai
Séminaire organisé en collaboration avec l'IUFM de l'Académie de Versailles (Université de Cergy Pontoise) et avec le soutien de l'Université Paris 6-Pierre et Marie Curie.
À l'heure où l'institution scolaire et universitaire connaît de nouvelles évolutions et remises en question qui suscitent interrogations et controverses, où en sommes-nous aujourd'hui collectivement dans notre compréhension des tâches d'enseignement, d'éducation et de formation et, au-delà, dans la représentation que nous avons du lien au passé, de l'inscription dans la culture ou du besoin de médiations symboliques ?
Dans une ligne qui se veut exploratoire et s'inscrit dans la continuité des travaux naguère menés au GREPH, on se propose dans ce séminaire, où seront conviés des intervenants venant de la philosophie ainsi que de l'histoire, de la sociologie et des sciences de l'éducation, d'interroger sous l'angle de leur pouvoir transformateur les évolutions actuelles des politiques de l'École et de l'Université, de l'assignation des missions éducatives, des orientations des pratiques didactiques et pédagogiques aussi bien que de la représentation sociale des figures de l'enseignant, de l'élève et de l'étudiant.
On mettra d'autre part ces évolutions en rapport avec celles qui touchent les autres pratiques et institutions éducatives : éducation parentale et familiale, formation professionnelle, formation continue, politiques socioéducatives, etc.
On se demandera alors si ces diverses évolutions présentent ou non des convergences et si elles peuvent être mises en corrélation avec des mutations beaucoup plus générales et profondes atteignant l'ensemble des représentations et des pratiques sociales, éthiques, politiques... et incitant le cas échéant à concevoir quelque chose comme un « changement d'époque ». Les modèles ne manquent pas pour soutenir une telle perspective : révolution des modes et des rapports de production capitalistes, passage de la modernité à la post-modernité, mutation des régimes de sociétés disciplinaires en régimes de sociétés de contrôle, apparition de nouveaux processus de subjectivation, sortie de l’âge des conceptions du monde... Ces diverses interprétations permettent-elles de mieux appréhender ce qui advient au coeur du temps présent et nous désoriente ?
Intervenants :
- Jeudi 18 février : Bertrand Ogilvie (Université Paris 10) : La fin de l'École
- Jeudi 15 avril : Marc Goldschmit (Université de Lille 3, IUFM Nord-Pas de Calais) : L'école entre démocratie et démocratie
- Jeudi 6 mai : Jean-Luc Nancy (professeur émérite, Université Marc Bloch Strasbourg 2) : De l'École considérée comme un des beaux-arts
- Jeudi 20 mai : Hubert Vincent (Université de Lille 3, IUFM Nord-Pas de Calais) : École : institution du temps et de l'époque
NB : Le séminaire se poursuit en parallèle à l'IUFM de l'Académie de Versailles (Université de Cergy Pontoise). Pour tout renseignement, veuillez consulter le site :
www.versailles.iufm.fr/ismona/CatalogueFormationIUFM/DetailFormation?CODSTA=142PROF
Détails12h-14h
Salle Ay.2.117 (Bât. A), Université Libre de Bruxelles (ULB), Campus de Solbosch, Avenue F. Roosevelt 50,
1050 Bruxelles (Belgique)
Mer 10 mars, Mer 21 avr, Mer 19 mai
Séminaire organisé en collaboration avec Emmanuelle Danblon (Groupe de recherche en argumentation linguistique
- GRAL - ULB) et Yannis Thanassekos (Fondation Auschwitz).
Le nazisme et le génocide des Juifs ont acquis aujourd’hui une fonction paradigmatique dans notre évaluation de la modernité. Dans le même temps, les recherches des dernières décennies sur ces deux phénomènes ont réactivé et réactualisé les études sur la Grande Guerre. Certains historiens voient ainsi dans la guerre de 1914-1918 la matrice du XXe siècle. La Révolution française a également été pensée et interprétée dans des termes analogues. Considérés ainsi, ces événements sont généralement associés à la notion de rupture de civilisation, voire de régression du processus même de la civilisation occidentale.
En portant principalement notre attention sur les événements les plus violents et décisifs du XXe siècle – sans négliger pour autant ceux qui ont marqué les siècles précédents –, il s’agit de s’interroger sur les conditions faisant qu’un événement acquiert une fonction déterminante (en tant que paradigme, matrice, origine, modèle, schème… ) dans sa culture d’accueil – qui est généralement la culture de la société ou de la communauté dans laquelle a eu lieu l’événement et qui l’a, à des degrés divers, subi.
Cela engage à définir les concepts et les savoirs (discours, disciplines, champs) en jeu et à porter notre attention autant sur les événements en tant que tels (leurs conditions de possibilité, l’historicité dans laquelle ils s’inscrivent) que sur la reconnaissance de leur ampleur et les procédures d’institution de leur signification et de construction de leur(s) sens.
Intervenants :
- Mercredi 10 mars : Approche par la philosophie politique
Myriam Revault d’Allonnes et Jean-Marc Ferry
Modérateur : Philippe Mesnard
- Mercredi 21 avril : Approche historiographique
Laurence Van Ypersele et Frédéric Rousseau
Modérateur : Yannis Thanassekos
- Mercredi 19 mai : Approche rhétorique
Ekkehard Eggs et Alain Rabatel
Modératrice : Emmanuelle Danblon
Détails18h30-20h30
Salle JA05, 1 rue Descartes, 75005 Paris
Jeu 11 mars, Jeu 25 mars, Jeu 1 avr, Jeu 8 avr, Jeu 20 mai
Séminaire organisé en collaboration avec l'équipe de recherche EA 3458 « HAR » Histoire des Arts et des
Représentations (Université Paris 10-Nanterre).
Cent fois sur le métier… Savoir lire est une chose, savoir relire en est certainement une autre. Le sens peut résister à notre compréhension et nous-mêmes pouvons résister à ses appels. Nous lui opposons parfois les défenses de notre savoir qui est convaincu de les avoir compris. C’est pourquoi nous proposons de consacrer le séminaire de cette année à une (re)lecture de grands textes testimoniaux liés à la Shoah et aux camps nazis : Primo Levi, Charlotte Delbo, Jean Améry, Imre Kertész, les écrits des Sonderkommandos. Cet exercice sera mené avec un souci de transversalité qui nous portera également aussi bien vers Jean-Norton Cru que vers Varlam Chalamov.
Cette (re)lecture sera mise en convergence avec une critique des questions fondamentales du témoignage qui portent notamment sur : l’ancrage biographique ; la périodisation ; identité narrative ou identité énonciative ; le trauma ; genre ou non-genre du témoignage ; le récit et ses fonctions socialement partagées concernant le témoin ; la question de l’action et de ses figures ; incarnation et hypostases héroïques ; le document brut…
Ordre des séances :
- Jeudi 11 mars : Introduction générale, suivi de la résistance d’Imre Kertész : violence, mythe et langage
- Jeudi 25 mars : Primo Levi
- Jeudi 1er avril Charlotte Delbo (avec la participation de Luba Jurgenson)
- Jeudi 8 avril : Jean Améry (avec la participation de Régine Waintrater)
- Jeudi 20 mai : Les écrits des Sonderkommandos
Détails18h30-20h30
Salle JA05, Carré des Sciences, 1 rue Descartes, 75005 Paris
Mer 7 avr, Ven 9 avr
Séminaire organisé en collaboration avec l'Université de Buenos Aires et CONICET (Consejo Nacional de Investigaciones Cientificas y Tecnologicas).
La notion de crise a été importée des sciences médicales dans le vocabulaire des sciences sociales et dans celui de la philosophie. Au sens hypocratique, une crise est une phase critique de l’évolution d’une maladie. Dans ce cas de figure le plan objectif de la crise est indifférent au vécu subjectif du malade et sa souveraineté est mise en suspens par les médecins spécialistes, au profit d'un cadre téléologique, d'où s'ensuit guérison ou mort du patient. En sciences sociales, en revanche, les visions objectivistes rivalisent avec celles — herméneutiques — qui donnent la plus grande importance au vécu social des acteurs : ce que les acteurs disent sur leur crise est d’un point de vue herméneutique constitutif de la crise elle-même. Cependant, on semble toucher aujourd’hui en amont des sciences sociales à une dimension eschatologique et ontologique de la notion de crise, qui débouche sur la question du catastrophique en tant qu'ersatz du monde vécu historique hérité de la modernité classique. La crise semble ainsi enveloppée dans la plus grande indétermination théorique et dans une opacité qui n’est qu’aggravée par la dissémination globale simultanée et instantanée de ses effets les plus visibles médiatiquement. Nous pourrions dire en ce sens que nous sommes devant une crise de la crise, au sens où toute téléologie semble ruinée d'avance. Dans ce séminaire nous entendons analyser, depuis le lieu du politique, les enjeux conceptuels de ces manifestations de la crise de la crise, à l’aune d’une réflexion critique sur la mondialisation contemporaine. Ce séminaire est la continuation de notre séminaire d'hiver.
Intervenants : Maria Inés Mudrovcik (chercheuse au CONICET, Argentine) et Georges Navet (professeur à l’Université de Paris 8).
DétailsCSPRP, Université Paris Diderot-Paris 7, Dalle les Olympiades, Immeuble Montréal, Amphi 50, 105 rue de Tolbiac, 75013 Paris.
Mer 24 fév, Mer 10 mars, Mer 17 mars, Mer 24 mars, Mer 31 mars : 16h30-19h
Mer 7 avr, Mer 14 avr : 14h-18h
Séminaire en collaboration avec le CSPRP (Université Paris Diderot-Paris 7), l'ENS LSH (Triangle, UMR 5206) et NoSoPhi (Université Paris 1, EA 3562).
Ce séminaire portera sur le rôle de la justice et les transformations qu'elle opère dans les relations internationales, en particulier dans les sorties de guerre et l'après-guerre. Nous interrogerons les processus de pacification et de transition politique, tels qu'ils ont lieu au sortir des conflits internationaux ou civils. L'accent sera mis sur le rôle de la justice dans ces processus transitionnels, considérés dans leur double aspect : les sorties de conflits armés et les sorties de régimes autoritaires. Dans le sillage des travaux de Mark Osiel, nous interrogerons le rôle de la justice pénale dans la reconstruction du lien social et des institutions politiques, ainsi que les mécanismes de « solidarité discursive » en tant qu'ils favorisent l'émergence d'une démocratie délibérative faisant place au pluralisme des conceptions du bien. Dans cette optique, nous examinerons le rôle des procès dans la construction de l'histoire et de la mémoire collective. Seront aussi questionnés les rapports de la justice pénale et de la justice réparatrice, les différents modèles éthiques (déontologique ou conséquentialiste notamment) qu'elles sollicitent, ainsi que les présupposés des catégories de crimes codifiés (crime contre l'humanité, génocide...).
De manière plus générale, et en comparant avec la justice interne, la notion de peine sera également étudiée, à travers ses objectifs – vengeance, dissuasion ou réparation –, ses fonctions et son exécution. Nous nous intéresserons aux modèles de sanctions, liés aux différents modèles de justice, en particulier à celui de la justice réparatrice visant à réparer un préjudice et restaurer le lien entre les parties.
Intervenants :
Mercredi 24 février (16h30-19h) : Justice transitionnelle, justice pénale, justice réparatrice
- Sandrine Lefranc (science politique, CNRS)
- Christian Nadeau (philosophie, Université de Montréal)
Mercredi 10 mars (16h30-19h) : Justice et réparations
- Antoine Garapon (droit, IHEJ)
- Jean-Baptiste Jeangene Vilmer (science politique, EHESS)
Mercredi 17 mars (16h30-19h) : Le tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie et la réception de la justice pénale
- Isabelle Delpla (philosophie, Université Montpellier III)
- Joseph Krulic (droit, Université Marne la Vallée)
Mercredi 24 mars (16h30-19h) : Justice pénale et justice réparatrice au Rwanda. TPIR et gacaca
- André Guichaoua (sociologie, Université Paris 1)
- Benoît Guillou (sociologie, EHESS)
Mercredi 31 mars (16h30-19h) : Justice et sanctions
- Hélène Tigroudja (droit, Université d'Artois)
- Bertrand Guillarme (science politique, Université Paris 8) (sous réserve)
Mercredi 7 avril (14h-18h) : Juger les crimes de masse, écrire l'histoire. Autour de Mark Osiel
Journée organisée avec le soutien de la MSH Paris-Nord.
avec notamment :
- Mark Osiel (droit, University of Iowa)
- Christian Nadeau (philosophie, Université de Montréal)
- Liora Israel (sociologie, EHESS) (sous réserve)
- Isabelle Delpla (philosophie, Université Montpellier III)
- Martine Leibovici (science politique, Université Paris 7)
- Raphael Maison (droit, Université de Picardi) (sous réserve)
Mercredi 14 avril (14h-18h) : Frames of War. Autour de Judith Butler
avec notamment :
- Judith Butler (Berkeley)
- Etienne Tassin (philosophie, Université Paris 7)
(la liste complète des intervenants pour ces deux dernières rencontres sera établie ultérieurement, et consultable à : http://www.csprp.univ-paris-diderot.fr/seminaires.html).
Détails19h-21h
Salle N34, Lycée Henri IV, 23 rue Clovis, 75005 Paris
Mer 24 mars, Mer 31 mars, Mer 7 avr, Mer 14 avr
Articulé aux dernières séances du séminaire « Les affects esthétiques entre phénoménologie et philosophie des jeux de langage » du précédent semestre, cet Atelier est conçu comme un banc d'essai et un chantier ouvert où l'on repart des œuvres d'art et plus précisément des expériences affectantes des œuvres d'art pour se donner l'espace – et le temps – de travailler à la fois à leur description ou explicitation expressive-affectante et à leur caractérisation et différenciation phénoménologiques.
L'objectif est de susciter par là autant d'occasions d'appliquer et de mettre en oeuvre les instruments d'analyse produits dans le cours du séminaire, mais aussi, en sens inverse, de faire l'épreuve de nouvelles expériences (ici esthétiques-artistiques) qui nécessitent d'introduire et d'élaborer de nouveaux concepts et de nouvelles distinctions venant mettre en mouvement l'ensemble des thématisations et des interprétations qu'on a développées jusqu'ici.
En liaison avec la fin du séminaire, on reviendra spécifiquement sur la puissance d'affect et de création liée aux « événements de composition », opposés aussi bien aux « événements de figuration » (signification, imitation, apparition, fiction...) qu'aux « événements d'expression » (métaphorisation, projection dans l'imaginaire, représentation / réalisation fantasmatique, répétition / élaboration de traumatismes...). En s'appuyant sur des œuvres musicales des répertoires classiques d'Europe et d'Inde du Sud, on réfléchira à la composition comme auto-genèse de formes et d'organisations venant à naître au cœur du matériau sonore et temporel au terme d'un corps-à-corps spécifique qui engage tout le corps de l'artiste aux prises avec ce matériau. Ce sera par là aussi l'occasion de rendre manifeste l'inadéquation profonde de la compréhension de la musique comme art « abstrait » (compréhension induite par la conception traditionnelle de l'art comme mimèsis, représentation ou présentation) et de revenir sur le concept général d'« écriture » en introduisant l'idée d'« événements d'écriture » dans la création musicale comme dans celle des autres formes d'arts compositionnels.
- Mercredi 24 mars : J.-S. Bach - Partitas / Toccatas / Variations Goldberg - G. Gould (1)
- Mercredi 31 mars : J.-S. Bach - Partitas / Toccatas / Variations Goldberg - G. Gould (2)
- Mercredi 7 avril : L. van Beethoven - Sonates pour violon et piano - N. et I. Gotkovsky
- Mercredi 14 avril : Raga Jansammohini - H. Chaurasia et Z. Hussain
Détails20h30-22h30
Salle Paul Celan, École Normale Supérieure, 45 rue d'Ulm, 75005 Paris
Mar 30 mars (séance annulée), Mar 20 avr, Mar 18 mai, Mar 8 juin
Séminaire organisé en collaboration avec le CIEPFC (Centre International d’Étude de la Philosophie Française Contemporaine) de l’ENS-Ulm.
Il s'agira d'étudier le contexte et le destin des formules de La Boétie dont la complexité s'accroît au fur et à mesure qu'elles s'affrontent à de nouvelles théories du politique et du sujet. L'idée d'émancipation, ne pouvant plus s'appuyer sur une simple ontologie ni sur une éthique post-kantienne, doit chercher son contenu du côté d'une politique de la finitude dont les contours font l'objet de multiples tentatives.
On analysera aussi bien la thématique de l'insuffisance et de l'incomplétude (Blanchot/Lyotard/Nancy/Derrida) que le concept de désobéissance civique (Thoreau), le problème de l'anti-humanisme, théorique et pratique (Althusser/Deligny) et la question de la centralité du travail, économique et psychique (Dejours).
Détails18h30-20h30
Carré des Sciences, 1 rue Descartes, 75005 Paris
Mer 5 mai : Salle JA01
Mer 9 juin : Salle JA05
À la suite du séminaire de 2009, portant sur la notion de nouveauté, l’analyse des catégories de la philosophie de l’histoire se poursuivra cette année. Durant ces deux semestres, deux des conditions fondamentales d'intelligibilité de l'histoire seront étudiées, les notions de catastrophe et de visibilité.
On débutera par l'analyse du surgissement moderne de l'histoire dans la mise à distance de l'origine par la catastrophe. La catastrophe n’est pas uniquement ce à quoi peut paraître promise l’humanité, c’est également ce qui conditionne à la fois le caractère humain du monde historique et son intelligibilité. L’histoire échappe aux modalités religieuses d’interprétation par la reconnaissance de ce bouleversement initial, recréation perpétuée du monde d’où résulte l’ordre de l’histoire humaine. Condition paradoxale d’intelligibilité humaine du monde humain, la notion de catastrophe sera analysée dans le fonctionnement de textes historiographiques (Ibn Khaldûn, Voltaire par exemple), mais aussi dans ses enjeux ontologiques plus contemporains (C. Castoriadis, M. Merleau-Ponty).
C'est à cette condition que l'histoire devient déchiffrable. Elle le devient par l’étude des institutions socio-historiques mettant la catastrophe, le chaos en forme. Il nous faudra alors analyser le paradigme de la vision, selon lequel l’historien est celui qui est à même de rendre le monde passé visible dans ses dimensions les plus spécifiques, les plus éloignées donc de ses propres habitudes. On détaillera ce paradigme, en en retraçant la généalogie jusqu’à Hérodote, en en détaillant les enjeux méthodologiques (F. Hartog, C. Ginzburg), et en analysant le changement de statut du monde visible qui l’accompagne (H. Arendt, M. Merleau-Ponty).
Parti-pris méthodologique, les interventions du séminaire alterneront les études historiques et les analyses plus spéculatives, ces deux formes participant d’une dynamique que l’on espère féconde.
Détails15h-17h
Salle 677C, Bât. C, 6ème étage, Université Paris Diderot-Paris 7, UFR Lettres Arts et cinéma, Esplanade des
Grands Moulins, 75013 Paris
Jeu 4 fév, Jeu 11 fév, Jeu 18 fév, Jeu 11 mars, Jeu 18 mars, Jeu 25 mars, Jeu 1 avr, Jeu 8 avr, Jeu 15 avr
Séminaire organisé dans le cadre de la convention avec l'Université Paris Diderot-Paris 7.
La pitié naît à l’apparition de la douleur de l’autre – soit, mais comment donc cette douleur m’apparaît-elle ? Les descriptions d’Aristote quand il précise que j’éprouve la pitié face au « phénomène du mal qui frappe autrui » (Rhétorique II, 8 1385 b 10) nous ont servi de guide pour soutenir qu’une histoire de la pitié doit s’écrire des deux mains. Une histoire philosophique de la pitié ne peut aller sans une analyse des dispositifs, ou des scènes de la vie morale, s’il est vrai que le phénomène du mal qui frappe autrui n’est jamais tel que je puisse le soustraire à un dispositif. La phénoménalité de cette douleur est inscrite dans un dispositif qui met en jeu une sémiotique et une dramatique. Pas d’histoire philosophique de la pitié donc sans histoire des dispositifs. Les genres littéraires, mais aussi les beaux-arts en général offrent un formidable ensemble de variations de dispositifs. Pas d’histoire littéraire du théâtre (et aujourd’hui, du cinéma) sans une réflexion sur ce qui se joue dans la transaction pitoyable : la possibilité, donnée ou refusée, de se sentir en sentant l’autre.
On voudrait étudier une séquence historique exceptionnelle : les Lumières. Elles correspondent à un tournant de notre histoire : alors que les moralistes du XVIIe siècle avaient condamné la pitié jusqu’à la poursuivre pour son immoralité, les Lumières en font un « fondement de la vie morale » : c’est le cas de Rousseau, mais aussi de Hume ou de Smith. Encore faudra-t-il étudier la différence des lexiques, des intentions et des enjeux. À chaque fois aussi c’est la définition de ce qu’il faut entendre par « fondement de la moralité » qui nécessite répétition et méditation. À ce titre, l’opposition entre ces penseurs de la pitié et Kant est décisive. Mais c’est aussi que le lien entre sensibilité, raison et liberté change de sens entre les premiers et le second.
On sera enfin frappé par ce que notre réflexion ne peut plus considérer comme une simple coïncidence : tous ces penseurs de la pitié sont des théoriciens du théâtre.
Détails19h-21h
Salle N34, Lycée Henri IV, 23 rue Clovis, 75005 Paris
Mar 6 avr, Mar 13 avr, Mar 4 mai, Mar 11 mai, Mar 18 mai
L’idée directrice de cette confrontation entre la pensée spinoziste et les recherches en sciences humaines peut se formuler de la manière suivante : qu’en est-il du sujet et de ses normes – du sujet entendu comme corps à la fois assujetti et productif, et de ses normes entendues d’abord comme logiques affectives ? L’essence du corps, comprise par Spinoza dans son ordre propre, c’est-à-dire dans la positivité de son activité matérielle, n’est autre qu’une puissance : puissance d’être affecté et d’affecter, pouvoir affectif en réseau avec d’autres corps. Chez Spinoza, les activités physiques et sociales du corps ne sont donc pas évaluées en fonction de normes morales, qui prescriraient au corps la manière dont il peut et doit se discipliner ; mais à partir de la puissance immanente de ses propres normes, qui sont des normes affectives. Le modèle spinoziste du corps a une pertinence dans la mesure où, loin d'être un modèle moral, il invite à penser les activités vitales et sociales du corps par elles-mêmes, sans recours à une quelconque forme de transcendance. La pensée spinoziste a ceci de spécifique qu’elle envisage le corps vivant, dans ses rapports avec son milieu naturel ou social, comme corps désirant. Le « corps organique » se vit, à travers son effort de conservation (son conatus), et les connexions qu’il établit avec les autres corps, comme « corps affectif ». Que peut donc le corps, en tant que puissance sensible, puissance à la fois normative et affective ?
Cette interrogation sur la puissance sensible du corps, par laquelle se comprennent à la fois sa vitalité naturelle et sa socialisation politique, puise dans la réflexion épistémologique de G. Canguilhem sur la normativité du vivant, ainsi que dans les travaux de P. Bourdieu et M. Foucault sur la politique des corps en lutte. Nous voudrions cette année à la fois poursuivre le questionnement, élaboré l'année dernière, sur les rapports entre spinozisme et sociologie, et accueillir les réflexions sur l'affectivité du corps dans la confrontation entre Spinoza et la psychanalyse.
Intervenants :
- Mardi 6 avril : Pierre Zaoui (maître de conférences à l'Université Paris Diderot-Paris 7, directeur de programme au CIPh)
- Mardi 13 avril : Frédéric Lordon (directeur de recherche au CNRS, chercheur à l'EHESS)
- Mardi 4 mai : José Attal (psychanalyste, Ecole Lacanienne de Psychanalyse)
- Mardi 11 mai : Isabelle Ledoux (Professeur agrégé de philosophie, doctorante à l'ENS-LSH)
- Mardi 18 mai : Mathieu Trachman (doctorant en sociologie - Iris/EHESS)
Détails18h30-20h30
Centre Parisien d'Études Critiques, 37 bis rue du Sentier, 75002 Paris
Jeu 11 mars, Jeu 18 mars : Salle 2
Jeu 25 mars : Salle 1
Jeu 1 avr, Jeu 8 avr : Salle 2
Séminaire organisé en collaboration avec le Centre Parisien d'Études Critiques.
Comment expliquer que, malgré le caractère apparemment anachronique de toute notion d’avant garde, des philosophes et des critiques s’intéressent à nouveau à cette problématique ?
L’actualité de ces interrogations entre en correspondance avec la situation de « la crise du cadre », ou – selon les multiples façons de concevoir « le cadre » en question – de la crise « des cadres ». Il s’agit du format représentationnel permettant une modélisation efficace et adéquate d’un monde complexe et changeant. « Le cadre », selon sa focalisation sociale, esthétique, épistémologique, politique, etc., propose des repères d’argumentation critique et de constitution de ces modèles. « La crise du cadre » s’étend à la relation politique, sociale, éthique avec le monde dans la pluralité de ses effets. Le « retour » à la problématique d’avant-garde, si l’on reprend l’expression de Hal Foster (Le retour du réel, 2005), est lié au problème de constitution du champ critique dans la situation actuelle.
Comment cette critique est-elle liée avec des pratiques avant-gardistes ? Peut-on attribuer ce caractère critique au concept d’avant-garde ? On s’interrogera cette année sur le rôle de l’idée de progrès dans la formation du concept d’avant-garde. Dans quel sens les pratiques avant-gardistes relèvent-elles les questions de temporalité, d’historicité et de narrativité ? L’idée du progrès joue-t-elle le rôle du contrepoint à celle d’avant-garde ? Quel sens peut-on donner aux critiques du progrès chez les avant-gardes ?
Intervenants :
- Jeudi, 11 mars : Natalia Smolianskaïa : Avant-gardes et l'idée du progrès
- Jeudi 18 mars : Simona Cigliana (professeur à l’Université « La Sapienza » de Rome, auteur de nombreux essais, notamment sur Luigi Pirandello, la littérature féminine et l’histoire des avant-gardes) : Les utopies fondatrices et la démesure du sujet : irrationalisme, militantisme artistique et engagement politique chez les avant-gardes italiennes
- Jeudi 25 mars : Laurent Gayard (doctorant en Études Politiques à EHESS, travaille sur le sujet « De l'écrivain à l'intellectuel engagé : la Nouvelle Revue Française, une contribution à l'histoire intellectuelle contemporaine ») : Modernité, avant-garde et terreur dans les lettres : la relation à l’idée de progrès dans le champ littéraire du XXe siècle
- Jeudi 1er avril : Patrick Marcolini (laboratoire ERRAPHIS de l'Université de Toulouse-Le Mirail) :
L'avant-garde progressiste ? Représentations et usages du temps dans les avant-gardes du XXe siècle
- Jeudi 8 avril : Philippe Sers (philosophe, essayiste et critique d’art. Auteur de plusieurs livres sur les avant-gardes) : Le laboratoire des avant-gardes et le paradigme de la culture contemporaine
Détails18h30-20h30
Centre Parisien d'Études Critiques, 37 bis rue du Sentier, 75002 Paris
Lun 15 mars : Salle 2
Lun 29 mars, Lun 12 avr : Salle 1
Séminaire organisé avec le soutien du Centre Parisien d'Études Critiques.
L’art est une des formes de l’expérimentation du monde. L’art lui-même n’est pas un, il se distingue par la multiplicité de ses propres formes, des langages de l’art. L’histoire de l’art est l’histoire des changements de ces formes, des changements de regards qui se multiplient à notre époque. On s’interrogera sur les langages de l’art, en particulier, sur la théorie des langages de l’art de Nelson Goodman. On associera la multiciplicité des langages de l’art à la multiplicité des cadres (systèmes de coordonnées) pour expérimenter le monde. Les cadres se constituent par l’ajustement des éléments langagiers (symboles).
On interrogera comment le mode unique de fonctionnement des symboles selon Goodman permet de construire des systèmes symboliques (œuvres d’art) fondés sur des relations entre différents types de symboles (les relations trans-symboliques).
L’artiste qui devient son propre commentateur établit des relations trans-symboliques et dépasse les limites de son medium d’art en instaurant des relations méta-symboliques dans son commentaire, complémentaire à l’œuvre. Il s’agit d’activer la vision de l’art. Ce cadre conceptuel goodmanien est aussi celui de la métaphore dont les relations trans-symboliques permettent d’entendre la sonorité des images.
C’est ce mécanisme d’insertion par le cadre qui deviendra l’instrument et l’outil principaux de l’artiste, lui permettant ainsi de créer. Dans ce projet, il s’agira de distinguer la façon dont se construisent des cadres conceptuels de l’art, à travers le changement perpétuel des outils de l’art, provoqué en partie par les nouveaux médias. Ce changement de cadres, la re-modélisation et la modélisation de cadres seront observés selon la distinction de relations trans- et méta-symboliques.
Intervenants :
- Lundi 15 mars : Jean-Pierre Cometti (membre du Comité éditorial de la Revue Internationale de Philosophie, dirige la collection Tiré-à-part aux éditions de l’Éclat) : Langages de l'art et jeux de langage : Goodman et Wittgenstein
- Lundi 29 mars : Véronique Fabbri (ancienne directrice de programme au CIPh, membre du laboratoire « Logiques et langages contemporains de la philosophie » à l'Université Paris 8, enseignante associée à l’école d’architecture de Paris-La Villette) : Graphes et écritures
- Lundi 12 avril : Natalia Smolianskaïa dans le cadre de sa communication Voir et regarder. Temporalité abstraite, présentera, en présence de l'artiste, la recherche en image numérique interactive d’Anne-Sarah Le Meur (artiste, enseignante en image numérique à l'Université Paris 1-Panthéon Sorbonne, centre Saint-Charles)
Détails18h30-20h30
Carré des Sciences, 1 rue Descartes, 75005 Paris
Lun 1 fév, Lun 8 fév, Lun 15 fév, Lun 8 mars, Lun 15 mars, Lun 22 mars : Salle JA05
Lun 29 mars : Salle JA01
Lun 12 avr : Salle JA05
Après avoir traité de la virilité aristocratique, puis de la cité au masculin et de ses fondements islamiques, on s’attachera cette année au thème despotique, à ses acteurs, ses excès, ses antinomies. On revisitera pour l’illustrer le sérail des Ottomans selon une double perspective d’Orient et d’Occident, sur une périodicité longue (depuis la naissance de l’empire au XIVe siècle jusqu’au tournant du XVIIe). Il s’agira moins de revenir une fois encore sur les arcanes et les chicanes des appareils monarchiques d’Orient, que d’élucider dans son expression hyperbolique, au sommet d’un État et à la tête d’un empire-monde, la modalité despotique du viril : examiner les fondements juridiques et militaires de ce régime de souveraineté, son évolution depuis sa genèse conquérante et l’idéologie du ghaza jusqu’à sa fixation domestique, soulevant une crise plus constitutive que seulement durable. On montrera comment il bafoue l’idéalité califale et son modèle masculin ; et comment cette mutation qui renverse les prémisses de la maîtrise de soi et du pouvoir par le droit des armes, en vient à vérifier « l’effémination » dont parle Ibn Khaldûn à propos du déclin de l’État : en légitimant la violence au titre de la continuité dynastique, elle produit une sorte d’implosion interminable qui met aux prises, derrière le voile, le Sultan, sa mère et des esclaves-maîtres. La Maison triomphe, l’Unique s’amollit, l’Empire entame son déclin. On concluera sur quelques incidences contemporaines du viril despotique et de sa logique dévastatrice.
Détails19h-21h
Salle N34, Lycée Henri IV, 23 rue Clovis, 75005 Paris
Jeu 18 fév, Jeu 15 avr, Jeu 3 juin
Tenir, condenser, accélerer, tempérer, déposer... la machine séquence et rythme les opérations physiques, biologiques, psychiques ou mentales. Mais quelle force met-elle à notre disposition ? Dans quel usage de la force et de l'effectivité la faisons-nous intervenir ?
Nous poursuivons notre enquête, à la fois technique, anthropologique et métaphysique, sur l'usage des automatismes institués. Quel régime de puissance mettons-nous en oeuvre pour configurer notre monde ? Comment la machine intervient-elle dans la force de calcul, dans la fécondité et le désir de filiation, dans la production de la valeur économique, dans la communication des sons et des spectres, dans les fonctions vigiles et le déclenchement des alertes...
Interroger l'usage, c'est interroger l'homme : nous serons conduits à étudier les interfaces qui doivent (devraient) exister entre l'opérativité de la machine et celle de l'homme pour les coupler. Comment l'homme peut-il encadrer la façon dont les machines affectent son expérience ?
Par là, nous aborderons le bord interne et secret de l'opérativité humaine : la blessure. Exister, c'est être blessé, stabiliser, contenir et relancer une déchirure. Comment la machine se couple à la blessure, comment l'opératif se joint au déchirant, c'est ce qui se joue dans nos usages.