Le Collège International de Philosophie : activité

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Ce qui mérite chaque fois d’être interrogé

Sans doute n’est-il pas possible de fréquenter les activités du Collège (celles recensées dans cette brochure), ni de les organiser et animer, sans qu’une question, toujours la même, s’impose à l’esprit : pourquoi le Collège ? La simple impossibilité de ne pas revenir chaque fois à la même interrogation marque la singularité de ce qui a lieu ici, dans des séminaires, des colloques, des séances de débat certes, mais aussi et avant tout – dans la pensée. Que se passe-t-il donc, dans la pensée et par la pensée, lorsqu’on vient au Collège ? Voilà une question qu’on ne se pose guère, pas en tout cas avec la même intensité, quand on va au cinéma, à l’école, à l’université, au musée, à la bibliothèque, qui n’en sont pas moins des lieux du savoir et de la culture, mais qui ont tous l’air « plus évidents ». Or, outre que le Collège est aussi dans les bibliothèques et les musées, qu’il organise des rencontres à l’université et avec elle, qu’il va dans des lycées et travaille avec eux tout comme il fait résonner la parole questionnante dans des salles de cinéma (souvenons-nous des « Écrans philosophiques », qui se poursuivent), il reste encore aujourd’hui, trente et un ans après sa constitution, une entité originale, qui ne ressemble à aucune autre et dans l’espace de laquelle on jouit d’une liberté rare, pour ne pas dire qu’elle est sans égale dans le champ de la philosophie. Où, en effet, cinquante personnes (poètes, réalisateurs, écrivains, artistes, essayistes, professeurs, chercheurs, enseignants, médecins, historiens de l’art...) se parlent-elles comme des pairs qu’aucune hiérarchie ne subordonne, partagent le statut de philosophes, choisissent presque sans contraintes (du moins, philosophiques) leurs objets, méthodes et perspectives de travail, côtoient des collègues venus des quatre coins de la planète, vivent six années dans ce régime, et puis partent vers d’autres horizons ?
Soient les universités en France aujourd’hui. Leurs membres nous disent qu’elles sont mises à mal par les politiques budgétaires restrictives, la soumission de la recherche aux financements sur projets, la vision immédiatement utilitaire du travail théorique, le tout-évaluation qui donne à ceux qui le subissent le sentiment de ne plus compter pour grand chose. (Attention ! Un Samedi du livre international y sera explicitement consacré, portant sur le volume collectif Derrière les grilles, le 17 janvier prochain, à Paris.) Il s’ajoute à cela les remaniements entre institutions, qui transforment l’« autonomie » en un poids à gérer au lieu d’en faire une liberté accrue, au point que ces structures, malgré leur puissance, vivent avec l’impression que leur destin leur échappe progressivement. Le Collège, né à côté des universités, continue de penser avec elles et s’applique à abattre les cloisons qui séparent ce qui est universitaire de ce qui ne l’est pas ; ce qui est culturel ou artistique de ce qui est scientifique ou de l’ordre de la recherche ; ce qui est français et ce qui ne l’est pas ; ce qui est institutionnel et ce qui appartient à la « société civile ». Contre les divisions qui compartimentent l’exercice de la pensée, nous imaginons des osmoses.
Ce dynamisme est notre façon d’être et nourrit nos réalisations les plus tangibles, dans lesquelles nous nous appliquons à faire croiser la société civile et l’université, en France et dans le monde. Ainsi, dans un colloque sur Marx et Foucault coorganisé avec des collègues de l’Université Paris Ouest au mois de décembre, nous réfléchirons aux tentatives de conjugaison, d’hybridation et d’articulation des travaux de Foucault et des analyses de Marx dans la critique sociale actuelle et dans les mouvements sociaux, en même temps que nous transporterons cet événement du campus de Nanterre aux salles du Lycée Henri IV (où Foucault a étudié), au cœur de Paris. Un mois plus tôt, en novembre, au Brésil, une initiative à composantes multiples rapprochera la recherche spéculative des préoccupations des gens : c’est le colloque « Révoltes urbaines : politique et poétiques », à Rio, où des tables rondes seront menées à l’Université Fédérale de la ville, mais aussi dans le salon Mangueira, l’école de samba située dans la favela homonyme, le tout accompagné d’expositions et de performances artistiques dans quelques importants musées cariocas et de projections de films dans la Maison de France. Ici comme ailleurs, ce sont les préoccupations, les structures, les lieux, les publics et les paroles que nous combinons et mélangeons.
Nos séminaires sont guidés par les mêmes principes. Leurs programmes se situent à la frontière de la philosophie et d’autres pratiques et savoirs, du management à la psychanalyse, des mathématiques à la littérature... Leur rôle : innover par rapport aux perspectives privilégiées dans les institutions académiques de formation ; insuffler du concept philosophique, là où les approches restent plutôt « empiricistes » ; introduire de la chair et du concret, là où elles ne sont qu’abstraites. Il leur arrive ainsi de devenir des lieux de rencontre et de discussion originale et inédite entre des philosophes, des enseignants-chercheurs, des praticiens, des étudiants et le public habituel du Collège, creusant des champs d’investigation encore trop peu explorés ailleurs.
Bien plus, ces cycles d’ordinaire conduits par des Directeurs et Directrices de programme en exercice, peuvent l’être aussi par des responsables extérieurs, parmi eux d’anciens membres du Collège qui reviennent, puisqu’au fond ils ne l’ont jamais totalement « quitté ». Voilà comment nous accueillons ce semestre des séminaires originaux de Bruno Clément, sur « Bergson, prix Nobel de littérature » ; de Monique David-Ménard, sur la fonction des objets dans l’élaboration psychanalytique et les configurations sociales ; de Rada Ivekovic (et de deux autres collègues) sur le « sud global » qui « aide à penser et dire le monde commun ». Nous renouons ainsi, ou tout simplement prolongeons la coopération, avec d’anciens membres du Collège qui ayant poursuivi leurs travaux ont accumulé d’autres expériences d’ouverture au monde et aux transformations des théories et des pratiques.
Pourquoi donc le Collège ? Parce qu’étant de taille bien inférieure à celle d’établissements éminents, et de création récente à côté des institutions classiques, il possède et exerce une liberté qui l’autorise à décloisonner les espaces et explorer de nouveaux chemins. Ce n’est donc pas une « puissance de l’impuissant », ce qui contredirait tout ce qui vient d’être dit, mais une souveraineté de ce qui est mineur, une puissance de ce qui est petit, une hardiesse de ce qui est jeune. Comme le voulaient leurs promoteurs (on commémore cette année les dix ans de la disparition de Jacques Derrida), le Collège n’a jamais été fondé. Vivre radicalement, et néanmoins sans fondations, voilà une condition exaltante pour la philosophie.

Diogo Sardinha

 

 



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