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En quel sens le CIPh est-il « international » ? À cette question parfois posée, le programme des activités organisées entre février et juin 2012 apporte plusieurs réponses. On se permettra ici de les formuler en forme d’inventaire.

International, le CIPh l’est tout d’abord en ce qu’il rassemble et accueille au sein de son assemblée collégiale des chercheurs dits « en France » et « à l’étranger » – cette qualification renvoyant, non à leur nationalité, mais au lieu d’exercice principal de leur activité. Aussi le Collège compte-t-il des chercheurs « en France » et qui sont étrangers, et inversement ; aussi convie-t-il, pour achever de semer un trouble salutaire dans les assignations géographiques, ses chercheurs « à l’étranger » à venir régulièrement en France conduire ou présenter une partie de leur recherche. C’est notamment le cas, ce semestre, d’Eran Dorfman, Natalia Smolianskaïa, Ashley Thompson, Hent de Vries, Yuji Nishiyama, Gabriel Rockhill, Diogo Sardinha, Paolo Quintili, dont les interventions parisiennes contribueront à mettre le public français à l’écoute de recherches conduites aussi dans d’autres parties du monde – non pas « ici ou là », mais bien ici et là, à l’image du séminaire nomade porté, de Suisse en Argentine, par Marie-Claire Caloz-Tschopp, cependant que d’autres directeurs de programme (Laura Odello, Julie Saada) conduiront certaines de leurs séances de travail à la New York University, à Columbia ou à l’Université de Montréal.

International, le CIPh l’est ensuite en ce qu’au fil de ces rencontres et de ces événements, il s’efforce de multiplier les partenariats avec des universités, centres de recherches et institutions étrangères ; depuis des années, au fil des conventions et des échanges, il contribue ainsi à adosser la libre circulation des hommes et femmes philosophes à un maillage scientifique qui traverse allègrement frontières et océans. Le CIPh se réjouit ainsi, ce semestre, de voir les Écrans philosophiques devenir Philosophical screens avec la London Graduate School, tout comme il s’honore des échanges et activités communes organisés autour de la théorie critique (avec l’université américaine Villanova), des avant-gardes esthétiques (avec le centre « Proekt Fabrika » et le Centre National de l’Art Contemporain de Moscou), du bouddhisme (avec l’Université de Leeds), de Virginia Woolf (avec les universités de Glasgow et de Keele), de l’exil (avec l’Université de la Plata) du droit (avec l’Institut de philosophie de Belgrade, la Fondation Erste Stiftung, le German Marchall Fund)... L’American University of Paris accueillera certains débats, et le Centre Parisien d’Études Critiques, bien connu des étudiants américains, un grand nombre de nos séminaires. Bien entendu, de telles relations seraient impossibles sans le soutien des institutions françaises qui travaillent activement à faire voyager les idées, telle l’ambassade de France au Maroc ou en Russie, tel aussi l’Institut Français, qui apporte un soutien précieux au cycle « Les Lumières au présent » organisé avec l’Odéon-Théâtre de l’Europe. Qu’ils en soient ici, en de multiples langues, remerciés.

International, le CIPh l’est enfin en ce que ces initiatives témoignent d’un souci du monde qui ne saurait s’arrêter aux frontières, ni éviter de faire un peu trembler les identités. Interroger les théories voyageuses (Seloua Luste Boulbina), les traductions de l’exil (Joëlle Marelli), la part prise par les femmes dans la révolution égyptienne (Safaa Fathy), ou le concept d’Afrique (Salim Abdelmadjid), c’est marquer la manière dont l’identité à soi de la théorie ou de la langue est traversée d’altérité, comme l’identité supposée inamovible des cultures, des continents et des genres est exposée à l’histoire. Pour cette même raison, le n° 72 de la revue Rue Descartes (désormais accessible en ligne : www.ruedescartes.org) propose un vaste panorama des transformations qui affectent la philosophie en Chine aujourd’hui ; coordonné en France par Pierre Carrique et à Shanghaï par Dandan Jiang, ce numéro prolonge les enquêtes menées par la revue, ces dernières années, au Portugal, en Tunisie, au Mexique ou en Grèce.

Faire circuler des passeurs de concepts, rapprocher les lieux de pensée pour mieux comprendre, à travers leurs travaux et leurs voix, ce qu’il en est de notre présent : c’est encore, exemplairement, ce qu’entend proposer Ali Benmakhlouf, en coordonnant le double cycle « Éclats de la pensée arabe » et « Enjeux contemporains de la philosophie française » dans un jeu d’échanges entre Paris, Rabat, Marrakech et Fès. Le « motif de l’intersection » avancé dès 1983 par J. Derrida, J.-P. Faye, D. Lecourt, F. Châtelet pour définir le CIPh, vaut aussi entre latitudes et longitudes. La vocation internationale, cosmopolitique, du Collège fait partie de ses principes fondateurs ; elle est, ce semestre, plus que jamais d’actualité.

 

Mathieu Potte-Bonneville
Président de l’assemblée collégiale



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